Violences à Liège : Elisabeth Deryse refuse de couper les vivres aux Antifascistes
La ministre-présidente de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Elisabeth Degryse (Les Engagés), refuse de suspendre les subsides accordés à des associations membres du Front antifasciste de Liège, malgré les violences dénoncées par le MR. Elle invoque la nécessité de distinguer les actes individuels du fonctionnement des structures subsidiées.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
Interpellée en commission par la députée MR Stéphanie Cortisse, la ministre-présidente Elisabeth Degryse a écarté toute sanction financière à l’encontre des associations liées au Front antifasciste de Liège. Bien que plusieurs incidents violents aient donné lieu à des plaintes et inculpations, la ministre estime qu’aucun élément ne permet d’imputer ces faits aux associations en tant que telles. Elle rappelle le principe de distinction entre comportements individuels et responsabilité institutionnelle, ainsi que le respect de la présomption d’innocence. Le MR plaidait pour une suspension préventive des subsides dans l’attente des décisions judiciaires.
La question agite les bancs du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles depuis plusieurs semaines. Faut-il continuer à subsidier des associations membres du Front antifasciste de Liège alors que plusieurs incidents violents ont émaillé des événements organisés par le Mouvement Réformateur dans la Cité ardente ? Interpellée en commission, la ministre-présidente Elisabeth Degryse (Les Engagés) a tranché : aucune sanction financière n’est envisagée à ce stade.
Une interpellation musclée de Stéphanie Cortisse
À l’origine du débat, une question orale de la députée MR Stéphanie Cortisse. La libérale a rappelé les « nombreux débordements » survenus lors de manifestations du Front antifasciste de Liège contre des événements du Mouvement Réformateur
Plaintes déposées, instructions ouvertes, inculpations pour association de malfaiteurs, rébellion en groupe ou coups et blessures : la parlementaire évoque un climat de tension durable. Elle a notamment relaté avoir été prise à partie le 18 septembre 2025, à Liège, en marge d’un événement organisé à la mémoire de Jean Gol.
Au cœur de son interpellation : la question des subsides publics. Selon elle, plusieurs associations membres ou proches du Front antifasciste – telles qu’Attac, les Femmes prévoyantes socialistes ou la Jeunesse ouvrière chrétienne – bénéficient de financements de la Fédération Wallonie-Bruxelles, notamment dans le cadre de l’éducation permanente, de la jeunesse ou de la culture.
La députée a dès lors demandé si des subsides avaient bien été octroyés à des structures liées directement ou indirectement au Front antifasciste de Liège et si oui sur base de quels critères. Enfin, Stéphanie Cortisse s'est demandée si, au vu des violences reprochées à certains membres du mouvement, une suspension ou suppression des financements publics était envisagée.
« Distinguer les associations des comportements individuels »
La réponse d’Elisabeth Degryse a été claire : il n’est pas question, à ce stade, de retirer ou suspendre les subsides.
Tout en déplorant les violences constatées lors de certaines actions, la ministre-présidente a insisté sur un principe fondamental : la distinction entre une association et les actes individuels de certaines personnes.
« Il est essentiel de distinguer la ligne philosophique des associations des comportements individuels isolés », a-t-elle affirmé en commission.
Selon elle, le fait qu’une association défende une cause – en l’occurrence la lutte contre l’extrême droite – ne signifie pas qu’elle cautionne l’ensemble des agissements de tous les individus qui gravitent autour de cette cause, « encore moins quand ceux-ci s’écartent du cadre légal ».
En d’autres termes, tant qu’aucune condamnation judiciaire ne vise formellement une association en tant que telle, il n’y a pas de base juridique pour remettre en cause les subsides octroyés dans le respect des dispositifs décrétaux existants.
La question de la responsabilité collective
Dans sa réplique, Stéphanie Cortisse a rappelé que plusieurs plaintes avaient été déposées et que des inculpations étaient en cours. Elle a plaidé pour une suspension préventive des financements, au moins jusqu’à ce que la justice se prononce sur les faits.
Un argument que la ministre-présidente n’a pas suivi, préférant s’en tenir au principe de présomption d’innocence et au respect des procédures. En toile de fond, c’est la question de la responsabilité collective qui se pose : peut-on sanctionner financièrement une organisation en raison d’actes commis par certains militants lors de manifestations ?
Le débat dépasse le seul cas liégeois. Il touche à l’équilibre délicat entre liberté d’association, financement public du tissu associatif et lutte contre les violences politiques.
Pour l’heure, la Fédération Wallonie-Bruxelles maintient sa ligne : les subsides sont octroyés sur base de critères légaux et de projets précis. Toute sanction ne pourrait intervenir que sur la base d’éléments établis et juridiquement fondés.
Mais au vu de la polarisation croissante du débat politique à Liège et ailleurs, la question pourrait rapidement revenir sur la table parlementaire.