Mobilisations lycéennes : quand l’extrême gauche apprend à la jeunesse que la violence peut être « légitime » (carte blanche)
Marcela Gori défend le droit des lycéens français à manifester leur colère face à des difficultés bien réelles. Mais les violences contre policiers et pompiers et les déclarations de responsables de LFI légitimant la violence marquent, selon elle, un basculement dangereux de la contestation.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
Le texte distingue les revendications lycéennes, jugées légitimes, des violences commises lors des mobilisations en France. Il questionne ensuite le rôle de LFI et de l’extrême gauche dans l’envenimement du mouvement.
Vous avez vu la vidéo de cette jeune policière, jeudi, dans les rues de Paris ? Une lieutenante stagiaire qui tente d’échapper à plusieurs individus, qui est rattrapée, projetée au sol puis frappée. Et derrière elle, on entend ces cris glaçants : « Wallah, sale pute ! Wallah, tuez-la ! ». Oui, oui : « Tuez-la ».
Ou alors, vous avez peut-être plutôt vu cette photo du sapeur-pompier en train de brûler sous le regard de dizaines d’élèves, téléphones en main. Ou encore la vidéo de cette autre femme qui s’interpose courageusement avant d’être traînée par une dizaine de jeunes à terre. La France de 2026 qui vient de rentrer dans une campagne électorale capitale nous offre des images glaçantes de « chaos ».
Le droit de manifester, évidemment
Des lycéens qui se mobilisent parce qu’ils estiment que leurs classes sont surchargées, que leurs professeurs ne sont pas remplacés, que leurs bâtiments sont délabrés ou que leurs conditions d’étude se dégradent, en tant que jeune maman de trois enfants, je trouve cela plutôt sain et rassurant. Je préfère une jeunesse qui s’interroge, qui proteste, qui conteste parfois maladroitement, à une jeunesse qui ne s’intéresse plus à rien et qui semble désillusionnée.
Et les revendications exprimées ces derniers jours en France sont d’ailleurs bien réelles : manque d’enseignants, classes surchargées, infrastructures dégradées, pression de Parcoursup… Le gouvernement français lui-même reconnaît qu’une partie de ces préoccupations est légitime.
Ce qui l’est moins, c’est de brûler, de lancer des projectiles, de tirer au mortier sur des responsables d’autorité (pompier, policier, ambulancier, enseignant), d’insulter, de menacer de mort. Le jeudi 1er octobre, le ministère français de l’Intérieur faisait état de près de 2.000 interpellations en une seule journée et de centaines de policiers, gendarmes et pompiers blessés. Environ 400 établissements étaient fermés vendredi dernier.
La place de l’extrême gauche
Cette violence amène une deuxième question plus politique : que devient une colère étudiante lorsqu’elle est récupérée par ceux qui ont intérêt à ce qu’elle s’envenime ? Parce que vous l’avez peut-être vu également, dans de nombreux établissements, nous avons pu apercevoir des représentants de La France insoumise (LFI).
Le gouvernement français accuse d’ailleurs ouvertement ce parti d’extrême gauche d’attiser le mouvement. Reuters rapporte que, lors d’une réunion de crise, les services de renseignement ont eux aussi évoqué le rôle organisationnel de la gauche radicale, ce que conteste Jean-Luc Mélenchon, le président de LFI.
Mais certaines déclarations politiques posent tout de même question. Mélenchon a lui-même appelé ses militants à s’« interposer face à la sauvagerie policière ». Le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a défendu, quant à lui, une conception très contestée de l’usage de la violence dans la mobilisation. « La violence, à un moment donné, elle peut être légitime aussi. Le problème que l’on dit à tous ces jeunes-là, c’est oui, elle peut être légitime. Mais chaque fois qu’on peut l’éviter, c’est mieux ».
Un responsable politique peut comprendre la colère, soutenir des revendications, et/ou dénoncer une intervention policière s’il la considère disproportionnée. C’est légitime.
L’entendre publiquement parler de violence en la légitimant est, au contraire, inacceptable. La police, les pompiers, les enseignants ne sont pas des ennemis politiques, ce sont des représentants de l’autorité venus accomplir les missions pour lesquelles ils sont payés.
La philosophe Hannah Arendt le résumait avec force : « Le pouvoir et la violence sont opposés ; là où l’un règne absolument, l’autre est absent. » Et elle ajoutait que « la violence peut détruire le pouvoir ; elle est absolument incapable de le créer ». Une leçon qui devrait nous rappeler qu’une colère peut être légitime sans que la violence le soit jamais.
Cette attitude politique ne doit rien au hasard. Encourager la « révolution », c’est être parfaitement aligné avec le discours classique de l’extrême gauche sans cesse ânonné qui parle « de racisme systémique », « de société oppressive », de « forces de l’ordre démesurément répressives ».
À force d’expliquer à ces enfants/ados que toute autorité est nécessairement violente et que la confrontation constitue une réponse politique normale, il ne faut pas s’étonner de voir ces mêmes jeunes prendre des pierres et les lancer.
Une démocratie vivante doit accepter la colère, la contestation et même l’insolence de sa jeunesse. Mais elle cesse de se renforcer lorsque les pierres remplacent les mots et que celui qui porte un uniforme devient une cible : la violence n’est pas une opinion, et elle ne sera jamais un projet politique.