« Jean-Luc Mélenchon prépare l’élection, mais aussi l’insurrection », affirme Dominique Reynié
Pour Dominique Reynié, les violences autour des blocages lycéens s’inscrivent dans une stratégie plus large de Jean-Luc Mélenchon : mobiliser des électorats fortement abstentionnistes, notamment les jeunes, pour 2027. Le politologue estime que le leader insoumis prépare à la fois « l’élection » et « l’insurrection ».
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Invité d’Europe 1, Dominique Reynié estime que Jean-Luc Mélenchon cherche à mobiliser les jeunes abstentionnistes en vue de 2027 et affirme que le leader de LFI prépare à la fois « l’élection » et « l’insurrection ».
« Jean-Luc Mélenchon prépare l'élection. Jean-Luc Mélenchon prépare en plus l'insurrection. » Invité vendredi matin d'Europe 1, le politologue Dominique Reynié a livré une analyse particulièrement sévère de la stratégie du leader de La France insoumise, alors que les blocages de lycées ont dégénéré ces derniers jours en violences dans plusieurs villes françaises.
Pour le professeur des universités à Sciences Po et directeur général de la Fondapol, ces événements ne peuvent plus être analysés indépendamment de la présidentielle de 2027.
« Ça fait partie de la stratégie de Jean-Luc Mélenchon. On n'est pas surpris parce qu'il l'a toujours dit. Il suffit de reprendre ses discours », affirme-t-il. Il attribue ainsi au triple candidat à l'Élysée une stratégie à deux dimensions. « L'élection, parce qu'on ne sait jamais. Il peut être au second tour et puis après on verra. Et l'insurrection, parce qu'il sait que le pays est fragile et que ça peut l'aider à mobiliser des électorats. »
"Tous les candidats préparent l'élection, Jean-Luc Mélenchon prépare en plus l'insurrection" assure @DominiqueReynie, dir. général de la @Fondapol #Europe1Matin @dimitripavlenko #Europe1 pic.twitter.com/ZCiv9yUdqN
— Europe 1 (@Europe1) October 2, 2026
Après les musulmans, mobiliser les jeunes abstentionnistes
Dominique Reynié considère que la stratégie électorale de Jean-Luc Mélenchon repose notamment sur la mobilisation de catégories de population susceptibles de s'abstenir davantage.
Le politologue prend d'abord l'exemple de l'électorat musulman. « Je vois qu'il fait un effort particulier depuis quelques années, et avec succès, sur un premier électorat, qui est l'électorat musulman, qui a voté pour lui à 69 % en 2022 au premier tour », explique-t-il.
Ce chiffre est effectivement celui mesuré par l'Ifop après le premier tour de la présidentielle de 2022 : 69 % des électeurs se déclarant musulmans ayant voté avaient choisi Jean-Luc Mélenchon.
La Fondapol, dirigée par Dominique Reynié, constatait encore en juin 2026 une très forte proximité de cet électorat avec LFI : 72 % des musulmans interrogés déclaraient avoir déjà voté pour le mouvement, contre 23 % de l'ensemble des Français. Selon les scénarios testés par l'institut, le potentiel électoral de Jean-Luc Mélenchon au second tour atteignait entre 62 et 74 % parmi les répondants musulmans.
Pour Dominique Reynié, le leader insoumis chercherait désormais à reproduire cette dynamique auprès d'une autre population électoralement moins mobilisée : les jeunes.
« Une réserve pour lui »
« Maintenant, il voudrait avoir l'électorat des jeunes », poursuit le politologue. Il rappelle que 42 % des 18-24 ans se sont abstenus au premier tour de l'élection présidentielle de 2022. Le chiffre provient d'une enquête Ipsos-Sopra Steria réalisée auprès de 4.000 électeurs inscrits : l'abstention mesurée atteignait effectivement 42 % chez les 18-24 ans et 46 % chez les 25-34 ans.
Dominique Reynié y voit un potentiel électoral considérable. Selon lui, Jean-Luc Mélenchon chercherait actuellement un « levier » permettant de « précipiter, accélérer, forcer la politisation des jeunes générations qui ne votent pas ». — « Il y voit une réserve pour lui pour assurer son passage au second tour », analyse-t-il.
« Créer un tel désordre dans une France si fragile »
C'est ici que Dominique Reynié établit le lien entre stratégie électorale et désordre social. Ce qui pourrait sembler politiquement contre-productif à d'autres formations ne le serait pas nécessairement pour Jean-Luc Mélenchon, estime-t-il.
« Ce qui nous paraît, nous, pratiquement suicidaire, de créer un tel désordre dans une France si fragile et si désolée, est pour lui une des conditions de son passage au second tour », affirme le politologue.
Il prédit plus largement une longue période de tensions jusqu'à l'été prochain. Dans le même entretien, Dominique Reynié estime que la France est entrée dans « une très longue séquence de grande instabilité sociale, politique, manifestante », susceptible selon lui de se prolonger jusqu'aux élections législatives suivant la présidentielle de 2027.
Son diagnostic intervient alors que les blocages de lycées ont été accompagnés cette semaine de nombreuses violences et que le rôle de militants de gauche radicale et de La France insoumise dans certaines mobilisations fait l'objet d'une vive controverse.
Mais l'affirmation la plus lourde de Dominique Reynié reste celle concernant personnellement Jean-Luc Mélenchon : à ses yeux, le leader insoumis ne chercherait pas seulement à transformer la colère et l'abstention en bulletins de vote. « Jean-Luc Mélenchon prépare l'élection », résume-t-il. « Jean-Luc Mélenchon prépare en plus l'insurrection. »