120.000 malades de longue durée en moins et 5,14 milliards économisés d’ici 2029
Le nombre de malades de longue durée pourrait fortement reculer en Belgique. Les nouvelles projections de l'INAMI tablent sur près de 120.000 travailleurs en invalidité de moins qu'initialement prévu en 2029, avec des milliards d'euros d'économies à la clé.
Publié par Demetrio Scagliola
C’est l’un des problèmes les plus préoccupants de la sécurité sociale belge depuis des années : la hausse continue du nombre de personnes absentes du marché du travail pour cause de maladie de longue durée. Mais la tendance pourrait être en train de s’inverser.
Selon de nouvelles projections de l’INAMI, relayées par De Tijd, le nombre de travailleurs bénéficiant d’une indemnité d’invalidité devrait diminuer sensiblement au cours des prochaines années.
Les chiffres sont spectaculaires. Au début du gouvernement De Wever, en 2025, l’INAMI estimait encore que le nombre de travailleurs en invalidité dépasserait 611.000 personnes en 2029.
Dans les nouvelles projections réalisées en juin, ce chiffre tombe à 489.289 personnes.
Cela représente plus de 120.000 personnes de moins que ce qui était initialement redouté. Le nombre de travailleurs en invalidité serait même environ 9 % inférieur à celui enregistré en 2025.
Attention toutefois : ces projections portent sur les travailleurs salariés et ne prennent pas en compte l’ensemble des indépendants et fonctionnaires en maladie de longue durée.
Vandenbroucke parle d’une « rupture de tendance »
Pour le ministre fédéral de la Santé Frank Vandenbroucke (Vooruit), ces chiffres montrent que les différentes réformes engagées ces dernières années commencent à produire leurs effets.
Le ministre évoque une véritable rupture de tendance.
« Au début du gouvernement, l’INAMI prévoyait une augmentation continue et explosive. Mais, dans les prévisions budgétaires actuelles pour les prochaines années, le nombre d’invalides diminue année après année. Nous voyons directement dans ces prévisions l’impact de la politique de prévention et de réintégration », explique-t-il.
Une partie des mesures avait déjà été lancée sous le gouvernement Vivaldi. Elles reposent notamment sur un suivi plus étroit des personnes en incapacité de travail et sur la volonté d'intervenir plus rapidement afin d'éviter qu'une incapacité temporaire ne se transforme en invalidité de longue durée.
Durant la première année de maladie, des contacts sont notamment prévus avec le médecin-conseil de la mutualité aux quatrième, septième et onzième mois.
L'objectif est double : accompagner davantage les personnes capables de reprendre progressivement une activité professionnelle et limiter les entrées dans l'invalidité, qui intervient après plus d'un an d'incapacité.
Plus de 5 milliards d'euros de dépenses en moins
La baisse attendue du nombre de malades de longue durée aurait également des conséquences considérables pour les finances publiques.
Selon les nouvelles projections, entre 2026 et 2029, l'État devrait dépenser 5,14 milliards d'euros de moins en indemnités de maladie que ce qui était prévu au début du gouvernement De Wever.
Pour la seule année 2029, les dépenses seraient ramenées à environ 10,6 milliards d'euros, alors que les premières estimations tablaient sur quelque 13 milliards.
Le montant total des indemnités diminuera cependant moins rapidement que le nombre de bénéficiaires, notamment en raison de leur indexation.
En tenant compte également du coût des contrôles et du suivi renforcé des malades, Vooruit estime que l'économie nette pourrait dépasser 1,5 milliard d'euros par an en 2030.
Une légère remontée en 2030
La trajectoire ne serait toutefois pas parfaitement linéaire.
Après plusieurs années de baisse, l'INAMI prévoit une légère remontée en 2030. Le nombre de bénéficiaires d'une indemnité d'invalidité augmenterait alors d'environ 12.400 personnes pour repasser légèrement au-dessus de 501.000.
Cette évolution s'expliquerait notamment par le relèvement de l'âge légal de la pension à 67 ans à partir de 2030. Certaines personnes qui seraient auparavant sorties du régime d'invalidité pour partir à la pension y resteront donc plus longtemps.
D'autres modifications de la sécurité sociale pourraient également avoir une incidence statistique, notamment la réforme des allocations de chômage et l'intégration de certaines pensions médicales de fonctionnaires dans les chiffres de l'invalidité.
Malgré cette remontée, le nombre de travailleurs concernés resterait en 2030 inférieur à son niveau de 2025.
Des chiffres à confirmer
Frank Vandenbroucke se montre néanmoins prudent. Il s'agit encore de projections et non de résultats définitivement acquis.
« Évidemment, nous devons encore confirmer ces estimations à l'aide des chiffres effectifs de cette année et de l'année prochaine. Mais la voie que nous avons empruntée avec cette politique réformée est la bonne », indique son cabinet.
Une nouvelle série de mesures doit par ailleurs poursuivre le travail engagé. Elle vise notamment à responsabiliser davantage les différents acteurs : le malade lui-même, mais également les employeurs, les médecins et les mutualités.
L'objectif affiché du gouvernement reste de favoriser le retour au travail lorsque celui-ci est médicalement possible, tout en évitant que les personnes ne restent durablement éloignées du marché de l'emploi faute d'accompagnement.
Les chiffres tombent en plein bras de fer budgétaire
Ces nouvelles projections sont loin d'être politiquement anodines. Elles sont publiées alors que le gouvernement De Wever tente toujours de boucler son exercice budgétaire et que la question des économies à réaliser dans la sécurité sociale et les soins de santé constitue l'un des principaux points de friction au sein de l'Arizona.
La dernière proposition budgétaire du Premier ministre Bart De Wever prévoit plusieurs milliards d'euros d'efforts dans le secteur de la santé. Un scénario qui suscite une forte opposition de Vooruit, mais aussi des réserves du CD&V et des Engagés.
Pour Frank Vandenbroucke, les nouvelles projections de l'INAMI constituent donc également un argument politique : les réformes déjà engagées permettraient précisément de réduire fortement la facture liée aux malades de longue durée.
Vooruit estime dès lors que l'effort demandé à la santé est déjà considérable et qu'il serait difficilement acceptable d'y ajouter de nouvelles économies massives.
À l'inverse, la N-VA, le CD&V et le MR souhaitent encore renforcer certaines mesures concernant les malades de longue durée.
Derrière les projections de l'INAMI se joue donc aussi une partie essentielle du conclave budgétaire : faut-il encore durcir la politique envers les malades de longue durée pour dégager de nouvelles économies, ou les réformes déjà décidées commencent-elles précisément à produire les résultats attendus ?