Suppression du certificat médical : 54 % d'absences d'un jour en plus
Depuis la suppression partielle du certificat médical, les absences maladie d'un jour ont bondi de 54 % en Belgique. Mais une étude de Securex, la KU Leuven et l'ULB montre que l'absentéisme court global n'a pas augmenté significativement.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Les absences maladie d'une journée ont augmenté de 54 % depuis l'assouplissement du certificat médical.
- Les absences de deux à cinq jours restent stables et le nombre de jours de salaire garanti n'a pas augmenté.
- Securex met en garde contre une assimilation automatique à des abus : la réforme pourrait aussi avoir
Depuis la fin de l'année 2022, il est devenu plus facile de rester chez soi lorsqu'on est malade pour une seule journée. Dans les entreprises comptant plus de 50 travailleurs, il n'est en effet plus nécessaire de présenter systématiquement un certificat médical pour une absence d'un jour.
La mesure, adoptée sous le gouvernement De Croo, visait notamment à alléger la charge administrative et à éviter d'encombrer les cabinets des médecins généralistes pour obtenir un certificat couvrant une maladie de très courte durée.
Mais près de quatre ans après son introduction, une étude réalisée par Securex en collaboration avec la KU Leuven et l'ULB permet d'en mesurer les conséquences. Et un chiffre retient particulièrement l'attention : les absences pour maladie d'une seule journée ont augmenté de 54 % depuis l'entrée en vigueur du dispositif.
Un résultat qui risque inévitablement de relancer le débat sur le certificat médical et les éventuels abus.
54 % d'absences d'un jour supplémentaires
Initialement, les travailleurs concernés pouvaient recourir à cette possibilité trois fois par année civile. Le gouvernement De Wever a depuis réduit cette faculté à deux occurrences par an.
Dès l'adoption de la réforme, une partie du monde patronal avait redouté qu'une suppression du contrôle médical pour ces très courtes absences ne facilite l'absentéisme.
La hausse de 54 % pourrait, à première vue, leur donner raison.
Mais les autres résultats de l'étude viennent sérieusement nuancer cette conclusion.
Car si les absences d'une seule journée ont fortement progressé, celles d'une durée de deux à cinq jours sont restées stables. Plus intéressant encore pour les entreprises : le taux global d'absentéisme de courte durée, c'est-à-dire jusqu'à un mois, n'a pas enregistré de variation statistiquement significative.
Autrement dit, les travailleurs prennent davantage de journées isolées, mais cela ne se traduit pas nécessairement par davantage de jours d'absence au total.
Pas davantage de jours de salaire garanti
C'est l'un des enseignements importants de l'étude pour les employeurs.
« Autrement dit, le nombre de jours de salaire garanti, payés par l'employeur, n'a pas augmenté », souligne Heidi Verlinden, chercheuse en marché du travail chez Securex.
Sur le plan des coûts directs, l'effet de la réforme apparaît donc beaucoup moins spectaculaire que ne pourrait le laisser penser la hausse de 54 %.
Cela ne signifie toutefois pas que la multiplication des absences d'une journée soit totalement indolore pour les entreprises.
Les absences très courtes et parfois imprévisibles peuvent compliquer l'organisation des équipes, nécessiter des remplacements ou redistribuer temporairement la charge de travail. Elles peuvent également générer du travail administratif supplémentaire pour les services RH.
Le coût indirect pourrait donc avoir augmenté même si le nombre total de jours de salaire garanti n'a pas progressé.
Des abus ou moins de présentéisme ?
Reste la question qui risque d'alimenter le débat politique : les travailleurs profitent-ils de l'absence de certificat pour s'accorder plus facilement un jour de congé supplémentaire ?
Pour Securex, les chiffres ne permettent pas de tirer cette conclusion.
« Elles peuvent également indiquer que les travailleurs s'accordent plus rapidement le temps nécessaire pour récupérer, plutôt que de continuer à travailler malgré la maladie », relève l'étude.
C'est tout le débat autour du présentéisme, ce phénomène qui consiste à venir travailler alors que son état de santé justifierait de rester chez soi.
Heidi Verlinden avance ainsi l'hypothèse qu'un travailleur malade puisse désormais décider plus facilement de rester une journée à la maison, là où la contrainte de devoir consulter un médecin aurait auparavant pu l'inciter à se rendre malgré tout au travail.
« On ne l'invente pas de toutes pièces, puisqu'il existe plusieurs études sur le présentéisme, c'est-à-dire sur le fait de travailler quand on est malade. On peut y lire que les personnes qui ne prennent jamais de jour de maladie, et ce de manière structurelle, présentent un risque plus élevé de burn-out », explique la chercheuse.
Securex souhaite d'ailleurs poursuivre ses recherches afin de déterminer si cette possibilité de s'arrêter rapidement pourrait avoir des effets bénéfiques à plus long terme.
Cette lecture n'est cependant pas partagée par tout le monde.
L'économiste du travail Stijn Baert se montre dans une réaction à HLN nettement plus sceptique face aux résultats et estime que l'augmentation des absences d'un jour peut également témoigner de comportements opportunistes.
Le débat dépasse donc largement les seuls chiffres de l'absentéisme. Il touche à une question de principe : faut-il privilégier la confiance accordée au travailleur ou maintenir un contrôle médical pour limiter les abus ?
Le sujet est d'autant plus sensible que la Belgique tente parallèlement de réduire un absentéisme de longue durée devenu un enjeu majeur pour le marché du travail et les finances publiques.
Le patronat veut redonner la main aux entreprises
Du côté patronal, certains souhaitent aujourd'hui aller plus loin dans la remise en question du système. Le Voka plaide notamment pour que les entreprises puissent déterminer elles-mêmes leur politique concernant les certificats médicaux.
Securex invite au contraire les employeurs à ne pas interpréter automatiquement l'augmentation des absences d'un jour comme un problème de contrôle.
Le prestataire RH recommande d'utiliser ces données comme point de départ d'un dialogue sur l'organisation du travail et la prévention de l'absentéisme.
Car le paradoxe révélé par l'étude est bien là : la suppression du certificat médical a entraîné 54 % d'absences d'un jour supplémentaires, mais sans hausse statistiquement significative de l'absentéisme de courte durée dans son ensemble.
De quoi rendre beaucoup moins simple le procès en « journée de complaisance ».