À l’aube du changement annoncé, Caracas s’est tue. Là où certains observateurs attendaient des manifestations de joie après la capture de Nicolás Maduro par un commando américain, la capitale vénézuélienne a choisi le silence, un silence lourd, contraint, traversé par le grondement régulier de motos. Car si le chef du régime a disparu, ses instruments de contrôle, eux, n’ont pas baissé les armes. Dans les rues, ce sont les colectivos — milices progouvernementales — qui incarnent désormais l’après-Maduro. Leur présence, leur méthode et leur brutalité dessinent les contours d’une transition qui pourrait n’en être pas tout à fait une.
Depuis l’opération américaine, l’état d’urgence en vigueur depuis plusieurs mois a été renforcé. Toute expression publique pouvant être interprétée comme un soutien à l’intervention étrangère est désormais assimilée à un acte de trahison. Dans les faits, cette extension juridique sert de couverture à une reprise en main immédiate de l’espace public. Les autorités ont mobilisé des forces régulières, mais surtout des acteurs non officiels, plus flexibles, plus dissuasifs et moins exposés politiquement : les colectivos.
Dans plusieurs quartiers de Caracas, des checkpoints improvisés sont apparus. Ils ne portent pas toujours de signes distinctifs de l’État. Les hommes qui les tiennent sont souvent casqués, armés, circulent en groupe et à moto. Leur simple présence suffit à figer les passants. Ils contrôlent les flux, observent, interrogent parfois, menacent souvent. Le message est clair, que la rue n’est pas un espace de célébration, ni même de commentaire.
Le visage concret de la peur
Pour les habitants, la terreur ne s’exprime pas par des décrets, mais par des gestes simples et répétés. Des motos qui surgissent à plusieurs, s’arrêtent brutalement, repartent. Des hommes « scrutent les files devant les boulangeries ou les magasins d’alimentation, ils regardent les téléphones, tirent sur ceux qui protestent ». Certaines informations sont exagérées, d’autres parfaitement fondées. Leur efficacité tient précisément à cette incertitude.
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