Parler d’annexion du Groenland n’est pas une provocation anodine ni une hypothèse théorique sans conséquences. Ce serait, si elle se concrétisait, une violation grave du droit international et une atteinte directe à la souveraineté européenne. Le Groenland n’est ni une terra nullius ni un actif stratégique à céder : c’est un territoire autonome relevant du Royaume du Danemark, État membre de l’Union européenne.
Remettre en cause son statut reviendrait à piétiner un principe fondamental de l’ordre international contemporain : l’interdiction de l’acquisition de territoires par la contrainte, qu’elle soit militaire, diplomatique ou économique. Depuis la Seconde Guerre mondiale, ce principe constitue l’un des piliers de la stabilité mondiale. Le fragiliser dans l’Arctique, sous prétexte de rivalités géopolitiques ou d’accès aux ressources, ouvrirait une brèche dangereuse ailleurs dans le monde.
L’enjeu dépasse largement le seul Groenland. Même s’il ne fait pas partie de l’Union européenne en tant que telle, son rattachement à un État membre confère à toute tentative d’annexion une portée européenne. Toucher au Groenland, c’est toucher à l’intégrité territoriale d’un pays de l’Union, et donc à la crédibilité collective du projet européen en matière de souveraineté et de sécurité.
Une souveraineté européenne non négociable
L’Europe ne peut se permettre une souveraineté à géométrie variable. Elle ne peut défendre fermement le droit international lorsqu’il est bafoué à ses frontières orientales, tout en se montrant ambiguë ou silencieuse lorsqu’un territoire relevant de son espace politique est menacé dans l’Arctique. Une telle incohérence affaiblirait durablement sa parole diplomatique.
Il y a également une dimension démocratique incontournable. Le peuple groenlandais ne saurait être réduit à un enjeu de rapports de force entre grandes puissances. Son avenir politique, institutionnel et économique ne peut relever que de sa propre volonté, exprimée librement, sans pressions extérieures ni marchandages stratégiques. Défendre la souveraineté du Groenland, c’est défendre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Face à ces risques, l’Union européenne et ses États membres doivent adopter une position claire et unifiée. Aucune remise en cause de la souveraineté danoise, aucune négociation sur l’intégrité territoriale européenne, aucune complaisance envers des logiques de prédation territoriale, quelle qu’en soit l’origine. L’Arctique doit rester un espace de coopération et de droit, non un nouveau théâtre d’expansionnisme.
Le Groenland n’est pas une périphérie oubliée. Il est un test. Un test de la capacité de l’Europe à défendre ses principes, son droit et sa souveraineté dans un monde où la tentation du rapport de force ressurgit. Sur ce point, il ne peut y avoir ni ambiguïté ni recul.
Carl-Alexandre Robyn, ingénieur-conseil en valorisation de startups et fondateur du Mouvement Droite Moderniste
(Photo: Patrick Pleul/dpa)