Après treize essais, le Starship d’Elon Musk atteint enfin l’orbite
Après treize vols d’essai suborbitaux, le gigantesque Starship de SpaceX a atteint l’orbite terrestre pour la première fois lundi. Malgré l’arrêt prématuré d’un moteur, l’entreprise d’Elon Musk a poursuivi une mission décisive pour ses ambitions vers la Lune, Mars et la nouvelle génération de Starlink.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Starship a atteint l’orbite terrestre pour la première fois lors de son 14e vol. Malgré l’arrêt d’un moteur, la fusée géante de SpaceX poursuit une mission cruciale pour Starlink, la Lune et Mars.
Cette fois, Starship a véritablement fait le tour de la Terre. Après des années d’essais, d’explosions spectaculaires et de progrès successifs, la fusée géante développée par SpaceX a atteint lundi l’orbite terrestre pour la première fois.
Le mastodonte d’environ 120 mètres a décollé lundi matin de Starbase, dans le sud du Texas, pour le quatorzième vol d’essai du système formé par le gigantesque booster Super Heavy et le vaisseau Starship.
Les treize précédents vols avaient volontairement suivi des trajectoires suborbitales. Cette fois, l'objectif était autrement plus ambitieux : placer le vaisseau en orbite, effectuer plusieurs tours de la Terre, déployer de véritables satellites puis revenir dans l'atmosphère.
Un cap essentiel pour une fusée sur laquelle Elon Musk fait reposer une bonne partie de l'avenir de SpaceX.
Un moteur s'arrête, SpaceX continue
Le vol n'a pourtant pas été parfait. Après la séparation avec le booster Super Heavy, l'un des six moteurs Raptor du Starship s'est arrêté prématurément. SpaceX a brièvement envisagé de renoncer à l'insertion orbitale avant de finalement décider que les moteurs restants permettaient de poursuivre la mission.
Starship est alors entré en orbite à quelque 275 kilomètres au-dessus de la Terre.
Le booster Super Heavy avait de son côté accompli sa partie du vol avant de revenir effectuer un amerrissage contrôlé dans le golfe du Mexique. SpaceX n'avait pas prévu cette fois de tenter de le récupérer à l'aide des immenses bras mécaniques de sa tour de lancement, une manœuvre déjà réussie lors de précédents essais.
La mission doit durer près de dix heures et conduire Starship à effectuer environ six orbites avant une rentrée contrôlée dans l'atmosphère et un amerrissage dans le Pacifique, au large du Chili.
26 satellites Starlink à bord
Mais cette quatorzième mission n'est plus seulement un test de fusée. Pour la première fois, Starship transporte une véritable charge commerciale : 26 satellites Starlink V3, nouvelle génération du réseau internet spatial de SpaceX.
Ces appareils, plus grands et plus puissants que les générations précédentes, ont précisément été conçus autour des capacités de Starship et ne peuvent pas être lancés par les Falcon 9 ou Falcon Heavy actuellement utilisés par l'entreprise.
Leur déploiement constitue donc une étape importante pour SpaceX. Starship doit progressivement devenir le camion spatial de l'entreprise, capable d'envoyer en orbite des quantités de matériel sans commune mesure avec celles de Falcon 9.
SpaceX prévoit que les futures versions du lanceur pourront transporter plus de 100 tonnes en orbite et mise à terme sur une réutilisation complète et rapide de ses deux étages.
La fusée dont dépend la Lune
L'enjeu dépasse largement Starlink. La Nasa a choisi une version modifiée de Starship comme module d'atterrissage pour son programme Artemis. Les astronautes doivent rejoindre le vaisseau en orbite avant que celui-ci les transporte jusqu'à la surface lunaire.
Pour y parvenir, SpaceX devra encore résoudre plusieurs problèmes techniques majeurs, notamment démontrer la réutilisation régulière du vaisseau et surtout le transfert en orbite de grandes quantités d'ergols cryogéniques.
Cette dernière technologie est indispensable : Starship ne peut pas rejoindre directement la Lune avec le carburant embarqué lors de son décollage terrestre et devra donc être ravitaillé dans l'espace. Et derrière la Lune se trouve évidemment l'objectif ultime affiché depuis des années par Elon Musk : Mars.
Le milliardaire veut utiliser Starship pour transporter à terme des quantités considérables de fret puis des êtres humains vers la planète rouge.
Du prototype au véritable lanceur
Il reste donc un chemin considérable avant de voir des astronautes embarquer à bord. Mais le vol de lundi change néanmoins la nature du programme. Starship n'est plus seulement cet immense prototype capable de décoller, de séparer ses étages puis de revenir vers la Terre sur une trajectoire suborbitale.
Il vient de démontrer pour la première fois sa fonction la plus élémentaire : atteindre une véritable orbite terrestre.
Et SpaceX compte désormais accélérer. L'entreprise envisage de faire de Starship son principal système de lancement et, à terme, de réduire progressivement la place occupée par la famille Falcon, qui assure aujourd'hui plus d'une centaine de missions par an.
Après treize vols destinés à apprendre à faire voler le plus grand système de lancement jamais construit, le quatorzième vient donc d'ouvrir une nouvelle phase.
Starship sait désormais atteindre l'orbite. Il faudra maintenant démontrer qu'il peut en revenir, être réutilisé rapidement et recommencer suffisamment souvent pour tenir les promesses démesurées qu'Elon Musk a bâties autour de lui.