Aux États-Unis, une Française de 85 ans arrêtée en pleine nuit sur fond de guerre d’héritage
L’histoire avait tout d’un dernier amour tardif entre deux octogénaires réunis après une vie entière. Elle a basculé en quelques semaines dans un imbroglio judiciaire et migratoire aux allures de drame. Installée en Alabama après avoir épousé son compagnon américain, une Française de 85 ans a été arrêtée par les services de l’immigration, sur fond de conflit d’héritage et de soupçons d’abus d’influence.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
— Une Française de 85 ans, installée en Alabama après un mariage tardif, a été arrêtée par les services de l’immigration.
— Cette interpellation intervient sur fond de conflit d’héritage avec les fils de son mari décédé.
— Une juge américaine évoque un possible abus d’influence et demande l’ouverture d’une enquête.
Marie-Thérèse Ross-Mahé pensait vivre une seconde vie. Après avoir renoué avec Bill Ross, rencontré dans sa jeunesse lorsque celui-ci était stationné en France, elle avait quitté la région nantaise pour s’installer en Alabama et l’épouser en 2025. Tous deux veufs, ils avaient reformé, à plus de 80 ans, un couple tardif, entre voyages, projets et retrouvailles familiales.
NEW: An 85-year-old French widow moved to Alabama to marry a long-lost friend. But when he died, she got into a messy inheritance dispute with his sons.
— Nicholas Bogel-Burroughs (@NickAtNews) April 16, 2026
A judge says one of them — a retired cop — is the reason ICE arrested her two weeks ago.
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Mais cette parenthèse s’est brutalement refermée en janvier, lorsque Bill Ross est décédé à 85 ans. Sans testament, sa succession a immédiatement donné lieu à un conflit entre ses deux fils et sa nouvelle épouse. En vertu du droit local, celle-ci pouvait prétendre à la moitié du patrimoine, modeste — une maison estimée à environ 173.000 dollars, deux véhicules et un compte bancaire limité.
Très vite, les tensions ont dégénéré. Les fils du défunt ont proposé à la veuve une somme de 10.000 dollars en échange de l’abandon de ses droits successoraux. Celle-ci a refusé. Selon des éléments versés au dossier, des biens ont été retirés du domicile, le courrier redirigé, et certaines charges coupées, la laissant dans une situation matérielle précaire.
Une arrestation controversée
Le 1er avril, l’affaire a pris une tournure bien plus grave. Des agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) ont arrêté Marie-Thérèse Ross-Mahé à son domicile, alors qu’elle se trouvait en tenue de nuit. Elle a ensuite été transférée dans un centre de détention en Louisiane, à plusieurs centaines de kilomètres, sans que ses enfants restés en France puissent entrer en contact direct avec elle.
Officiellement, les autorités américaines invoquent un dépassement de visa touristique de quelques mois. Mais la juge en charge de la succession dans le comté de Calhoun, Shirley A. Millwood, a exprimé de sérieux doutes sur les circonstances de cette arrestation. Dans une décision rendue publique, elle évoque la possibilité que l’un des fils du défunt ait utilisé ses relations pour provoquer l’intervention des autorités fédérales.
Selon la magistrate, ce dernier — ancien policier aujourd’hui employé dans un tribunal fédéral — aurait été informé à l’avance de l’arrestation et aurait reçu une confirmation peu après celle-ci. Deux heures plus tard, son frère aurait changé les serrures du domicile familial. La juge a demandé qu’une enquête soit ouverte sur ces faits, dans un contexte plus large de défiance envers certaines institutions fédérales.
Une affaire à la croisée du droit et de la morale
Au-delà de la question migratoire, c’est toute la gestion de la succession qui se trouve désormais sous tension. La juge a désigné un administrateur indépendant et ordonné aux fils de restituer leurs clés, marquant ainsi sa volonté de reprendre le contrôle d’un dossier devenu explosif.
L’affaire soulève des interrogations plus larges sur la vulnérabilité de certains profils dans les litiges familiaux transnationaux. Isolée, privée d’accès à des ressources financières et désormais détenue, Marie-Thérèse Ross-Mahé dépend aujourd’hui du soutien de voisins mobilisés et de l’action du consulat français.
Dans le centre de détention où elle est retenue, elle aurait trouvé un soutien inattendu auprès d’autres détenus, qui l’ont surnommée « Unsinkable Molly », en référence à une survivante du Titanic. Une image presque ironique, tant son histoire oscille entre résilience et naufrage administratif.
Entre droit des successions, droit de l’immigration et rivalités familiales, le dossier illustre jusqu’à la caricature la manière dont une affaire privée peut basculer dans une mécanique institutionnelle lourde — et laisser, au milieu, une femme âgée prise dans un engrenage qui la dépasse.