Nucléaire : la Belgique négocie la reprise des centrales d’ENGIE
C’est un tournant majeur pour la politique énergétique belge. L’État belge a annoncé l’ouverture de négociations exclusives avec ENGIE en vue de reprendre l’ensemble de ses activités nucléaires en Belgique. Une opération potentielle d’ampleur, qui pourrait redessiner durablement le rôle du nucléaire dans le mix énergétique du pays.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- L’État belge entre en négociations exclusives avec ENGIE pour racheter l’ensemble de ses activités nucléaires en Belgique.
- L’opération inclut les 7 réacteurs, le personnel et les obligations de démantèlement.
- Un accord pourrait être conclu d’ici octobre 2026, sous conditions réglementaires et financières.
Coup de tonnerre dans la politique énergétique du pays. Le gouvernement belge a annoncé ce mercredi l’ouverture de négociations exclusives avec ENGIE en vue de reprendre l’ensemble de ses activités nucléaires en Belgique, aujourd’hui exploitées via Electrabel. Une opération potentielle d’ampleur qui pourrait redéfinir le paysage énergétique du pays.
Une reprise globale du parc nucléaire
Selon le communiqué conjoint publié ce 30 avril, les trois parties ont signé une lettre d’intention encadrant ces discussions exclusives. L’ambition est claire : permettre à l’État belge de reprendre « l’intégralité des activités nucléaires » du groupe.
La transaction envisagée couvre un périmètre particulièrement large. Elle inclut « l’intégralité du parc nucléaire composé de sept réacteurs, le personnel concerné, toutes les filiales nucléaires, ainsi que tous les actifs et passifs associés », y compris les obligations liées au démantèlement des installations.
Une décision stratégique pour l’avenir énergétique
Derrière cette initiative portée par le ministre de l'Energie Mathieu Bihet (MR) et le Premier ministre Bart DeWever, se dessine un choix politique fort. Le gouvernement entend reprendre la main sur un secteur jugé stratégique, dans un contexte de tensions énergétiques et de transition climatique.
Le communiqué souligne que cette démarche « reflète la décision stratégique du gouvernement belge d’assumer la propriété directe des actifs nucléaires du pays ».
L’objectif est multiple : garantir la sécurité d’approvisionnement, soutenir les objectifs climatiques et renforcer la résilience industrielle du pays. Le gouvernement affiche également son ambition de « bâtir une activité financièrement et économiquement viable », inscrite dans le long terme.
Un calendrier serré… mais incertain
Concrètement, l’État belge va désormais entamer une phase de due diligence approfondie afin d’évaluer l’ensemble des actifs nucléaires concernés. Les discussions doivent aboutir, si tout se déroule comme prévu, à un protocole d’accord d’ici le 1er octobre 2026.
Les parties indiquent vouloir « négocier de bonne foi » pour définir les modalités de cette transaction complexe.
Mais prudence : la signature de la lettre d’intention « ne constitue pas un engagement ferme ». La finalisation de l’opération reste conditionnée à plusieurs facteurs, dont la conclusion d’accords définitifs et l’obtention des autorisations réglementaires nécessaires.
Suspension du démantèlement pour garder toutes les options ouvertes
Dans l’attente de l’issue des négociations, les parties ont convenu de mesures transitoires. Parmi celles-ci, la suspension des travaux de démantèlement actuellement en cours. Objectif : « préserver la valeur et l’intégrité des activités nucléaires » et s’assurer que « toutes les options restent ouvertes pour l’État belge ».
Un signal fort qui confirme que la Belgique envisage sérieusement une prolongation, voire un redéploiement de son parc nucléaire.
Les travailleurs au cœur des discussions
Du côté d’ENGIE, le groupe insiste sur l’accompagnement des équipes concernées. Il affirme son engagement à soutenir les travailleurs tout au long du processus, notamment via « un dialogue continu avec les représentants du personnel » et des mesures adaptées.
Un tournant historique en perspective
Si elle aboutit, cette opération marquerait un tournant historique pour la politique énergétique belge. Après des années de débats sur la sortie du nucléaire, l’État pourrait devenir directement propriétaire de ses centrales, avec toutes les responsabilités industrielles, financières et environnementales que cela implique.
Reste désormais à voir si les négociations aboutiront à un accord concret dans les mois à venir — et à quelles conditions.