Fermez tous les bureaux commerciaux bruxellois à l'étranger (Carte blanche)
Bruxelles doit-elle continuer à se vendre à l’étranger à coups de bureaux coûteux ? En pleine pression budgétaire, le débat revient sur la table. Pour Jan Wostyn, la réponse est radicale: il faut tout fermer.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
Bruxelles ferait mieux de fermer tous ses bureaux à l’étranger et de s’appuyer sur la Flandre et la Wallonie, estime l’économiste Jan Wostyn.
Ces dernières semaines, le gouvernement bruxellois a annoncé vouloir fermer au moins 14 des 33 bureaux commerciaux à l'étranger. Cette mesure s'inscrit dans le cadre des efforts budgétaires nécessaires pour rétablir l'équilibre budgétaire d'ici 2029.
Il semble de toute façon inévitable de réaliser des économies dans ce domaine, car il est clair que le développement de ce réseau n’a pas toujours été mûrement réfléchi. L’exemple le plus emblématique en est le bureau de La Havane, à Cuba, dont la création était purement motivée par des considérations idéologiques. L'expansion à l'étranger s'est d’ailleurs principalement fondée sur l'idée que Bruxelles, en tant que troisième région à part entière, devait, elle aussi, se faire connaître à l'étranger. À tout prix. Le fait qu'il y ait même eu des bureaux à La Haye, Lille et Luxembourg était tout simplement absurde.
Il est désormais clair que la Région de Bruxelles-Capitale n'a ni l'envergure ni les moyens de maintenir un tel réseau de bureaux à l'étranger. Connaissez-vous d'ailleurs d'autres grandes villes qui ouvrent des bureaux partout dans le monde pour se promouvoir ? C'est pourquoi la décision de fermer un peu moins de la moitié de ces bureaux apparaît comme particulièrement timide. Pourquoi fermer le bureau de Shanghai alors que les représentants à Mumbai et Tokyo restent en poste ? Pourquoi fermer celui de Copenhague alors que celui de Stockholm reste ouvert ? On peut sans doute aligner quelques chiffres dans un tableur pour étayer ces décisions, mais il est difficile d’y déceler une véritable vision.
L’extension irréfléchie du réseau de bureaux à l’étranger est avant tout le résultat d’une autonomie mal comprise. La plupart des responsables politiques bruxellois (surtout francophones) souhaitent que Bruxelles s’affirme pleinement comme une troisième région à part entière et, ce faisant, courent aveuglément après la Flandre et la Wallonie C’est absurde pour une région urbaine comme Bruxelles, dont l’économie et les atouts diffèrent profondément de ceux de ses deux régions voisines. En tant que capitale européenne, Bruxelles jouit par exemple d'une notoriété qui ne nécessite aucune promotion supplémentaire, alors que la Flandre et la Wallonie restent, elles, peu connues à l’étranger. De plus, la Flandre est le champion incontesté des exportations belges, tandis que Bruxelles est avant tout un centre de services international, avec des exportations de marchandises très limitées.
C’est pourquoi il serait bien plus judicieux de fermer l’ensemble du réseau des bureaux de représentation bruxellois à l’étranger et de conclure des partenariats avec le FIT (Flanders Investment and Trade) et l’AWEX (Agence wallonne à l’exportation et aux investissements étrangers). De cette manière, les entreprises bruxelloises qui souhaitent exporter pourraient bénéficier d’un réseau international bien plus vaste que celui que Bruxelles pourrait entretenir de manière financièrement viable, et ce à un coût bien moindre, via des accords avec les deux régions voisines.
La crainte que Bruxelles soit ainsi « mise à l’écart » dans l’attraction des investissements étrangers semble exagérée. La Flandre, en particulier, met de toute façon tout en œuvre à l’étranger pour également mettre Bruxelles en avant, consciente que sa valeur de marque est infiniment supérieure à la sienne. La décision d’une entreprise étrangère d’investir dans la périphérie flamande ou dans la Région bruxelloise dépendra surtout d’autres facteurs, que Bruxelles devrait traiter comme des priorités : la sécurité, la propreté, la mobilité et la fiscalité des entreprises.
En bref, tout le réseau bruxellois à l’étranger a surtout été mis en place pour l’honneur et la gloire des responsables politiques bruxellois qui veulent absolument se placer sur un pied d’égalité avec leurs homologues flamands et wallons. Cela s’est également illustré lors de la récente visite d’État en Norvège, où tous les ministres-présidents des entités fédérées étaient représentés, même s’il n’y avait en réalité aucune raison valable d’y être. Il existe déjà une « Norway House » à Bruxelles, sur la place Schuman. Les Norvégiens n’avaient pas besoin de la visite de Boris Dilliès pour savoir que Bruxelles se trouve en Belgique et joue un rôle important comme capitale européenne.
Compte tenu de la situation budgétaire catastrophique de la Région bruxelloise, qui devra faire face d’ici la fin de la législature à une dette de près de 20 milliards d’euros et à des charges d’intérêts annuelles avoisinant les 700 millions, il est grand temps de faire des choix plus audacieux plutôt que de recourir à la méthode du « coup de ciseaux », consistant à réduire linéairement les moyens sans aucune vision.
Le gouvernement bruxellois ferait donc mieux de fermer tous ses bureaux à l’étranger et de conclure des accords de coopération avec le FIT et l’AWEX afin que les entrepreneurs bruxellois puissent utiliser ce réseau. De cette manière, les maigres ressources disponibles pourraient être mobilisées pour rendre Bruxelles à nouveau attractive. Bruxelles ne manquera jamais de notoriété tant qu’elle restera la capitale européenne. Le gouvernement bruxellois doit avant tout veiller à ce que la marque « Bruxelles » soit reconnue comme une capitale moderne et efficace, un centre d’affaires attractif et facilement accessible, ainsi qu’une destination touristique, plutôt que comme un marécage chaotique où l’argent public est dilapidé au détriment des Bruxellois.