Ceuta : le nouveau camp déjà saturé, plus de 2.000 migrants retournent sur les plages
À peine ouvert, le nouveau camp installé dans le port de Ceuta affiche complet. Ses 1.700 places n'ont pas suffi et plus de 2.000 migrants sont retournés vers les plages. Le transfert a été marqué par des mouvements de foule et des tirs de sommation de la police.
Publié par Harrison du Bus
• Mis à jour le
Résumé de l'article
Le nouveau camp du port de Ceuta, limité à 1.700 places, a été saturé en quelques heures. Plus de 2.000 migrants sont retournés sur les plages après une opération marquée par de fortes tensions.
L'opération devait permettre de désengorger les plages de Ceuta. Quelques heures plus tard, des milliers de migrants y étaient déjà de retour.
Vendredi, les autorités espagnoles ont transféré une partie des personnes installées depuis plusieurs semaines sur les plages de Benítez et du Trampolín vers un nouveau centre temporaire aménagé dans le port de l'enclave espagnole. Problème : celui-ci ne dispose que de 1.700 places, très loin du nombre de candidats à l'hébergement.
Le centre a donc affiché complet quelques heures seulement après son ouverture. Plus de 2.000 migrants qui n'avaient pas obtenu de place sont ensuite retournés vers les campements des plages, selon Europa Press.
Des milliers de personnes pour 1.700 places
La disproportion était connue avant même le début de l'opération. Plus de 3.000 personnes se trouvaient dans les deux principaux campements des plages, selon EFE. D'autres estimations policières citées par plusieurs médias espagnols faisaient état d'environ 5.000 personnes espérant pouvoir rejoindre le nouveau centre. Seules 1.700 pouvaient y entrer.
Les autorités ont donc organisé l'accès progressivement, par petits groupes, afin d'identifier les arrivants et d'éviter que la foule ne se précipite vers le camp. Quelque 170 policiers nationaux et 70 membres d'unités de la Guardia Civil ont participé au dispositif, selon EFE. Mais la crainte de rester dehors a rapidement provoqué des mouvements de foule.
Courses, bousculades et tirs en l'air
La matinée a ainsi été marquée par plusieurs épisodes de tension. Des migrants ont tenté de devancer les autres pour rejoindre le centre et certains ont franchi en courant le cordon établi par les forces de l'ordre.
La police a dû intervenir pour éviter une bousculade plus importante. Des tirs de sommation ont été effectués pendant ces mouvements, rapportent EFE et plusieurs médias espagnols. La situation a ensuite été maîtrisée et le transfert a pu reprendre.
ABC rapporte de son côté le mécontentement de certains policiers mobilisés. Des agents interrogés par le quotidien dénoncent notamment l'improvisation du dispositif et assurent avoir reçu pour instruction de faire preuve de retenue lorsque des migrants tentaient de franchir les cordons.
Les autorités espagnoles ont présenté un bilan sensiblement différent. Des sources gouvernementales citées par EFE estiment que l'opération s'est achevée « avec normalité, sans incidents notables », malgré les tensions survenues au cours de la matinée.
Retour sur les plages
À partir de la mi-journée, les 1.700 places étaient occupées. Pour ceux restés à l'extérieur, il n'y avait plus d'autre solution immédiate. Des groupes ont donc repris le chemin des plages de Benítez et du Trampolín, parfois pour réoccuper les installations de fortune abandonnées quelques heures auparavant.
Plus de 2.000 personnes avaient regagné ces deux zones dans l'après-midi, selon Europa Press. La ville a par conséquent suspendu les opérations de nettoyage et de désinfection qui devaient commencer après l'évacuation des campements.
L'objectif initial de vider ces plages n'a donc pas été atteint.
Jusqu'à 10.000 migrants toujours présents à Ceuta
Surtout, les 1.700 nouvelles places ne représentent qu'une fraction des besoins. Le gouvernement espagnol estime désormais qu'entre 9.000 et 10.000 migrants se trouvent toujours à Ceuta après l'entrée massive survenue depuis le Maroc les 30 et 31 juillet.
L'ouverture du camp du port porte à plus de 6.000 le nombre de places aménagées dans différents dispositifs temporaires, selon les autorités. D'autres sites sont recherchés. Parmi les solutions étudiées figurent un terrain militaire ainsi qu'une parcelle située derrière la prison de Fuerte Mendizábal, qui pourrait accueillir environ 2.000 personnes supplémentaires.
La question des mineurs demeure particulièrement délicate. Les structures qui leur sont normalement destinées sont également sous forte pression et certains sont actuellement hébergés dans des installations prévues pour les adultes.
Une crise loin d'être résorbée
Plus d'un mois et demi après les arrivées massives de la fin juillet, l'opération de vendredi illustre ainsi l'ampleur du défi auquel reste confrontée l'enclave espagnole.
Le nouveau centre du port a permis de mettre 1.700 personnes à l'abri et de commencer leur identification et l'examen de leur situation administrative. Mais sa saturation immédiate a renvoyé des milliers d'autres vers les installations précaires que l'opération devait précisément permettre d'évacuer.
L'administration espagnole devra désormais ouvrir de nouveaux lieux d'accueil tout en poursuivant l'identification des personnes présentes. Les dossiers doivent permettre de déterminer, au cas par cas, celles susceptibles de bénéficier d'une protection et celles pouvant faire l'objet d'une procédure de retour.
Vendredi soir, une certitude demeurait : malgré une importante opération policière et l'ouverture de 1.700 nouvelles places, les campements des plages de Ceuta n'avaient pas disparu.