Ben Laden « Épée d'Allah » : l'Église d'Angleterre retire en urgence le prix remis à un religieux pakistanais
L'Église d'Angleterre est plongée dans une vive polémique après avoir récompensé, le jour des 25 ans du 11-Septembre, un religieux pakistanais qui avait proposé d'attribuer à Oussama ben Laden le titre d'« Épée d'Allah ». Le prix a depuis été retiré.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Le jour des 25 ans du 11-Septembre, l'archevêque de Canterbury a récompensé un religieux pakistanais qui avait proposé d'honorer Oussama ben Laden. L'Église d'Angleterre a depuis retiré son prix.
La coïncidence est difficilement imaginable. Le 11 septembre 2026, vingt-cinq ans jour pour jour après les attentats qui ont fait près de 3.000 morts aux États-Unis, l'archevêque de Canterbury, Dame Sarah Mullally, a remis au religieux pakistanais Hafiz Muhammad Tahir Mehmood Ashrafi le prix Hubert Walter pour la « réconciliation et la coopération interreligieuse ».
Quelques jours plus tard, Lambeth Palace a dû lui retirer cette distinction. En cause : des déclarations anciennes d'Ashrafi concernant Oussama ben Laden, mais aussi d'autres prises de position controversées qui n'avaient manifestement pas empêché sa sélection.
L'affaire embarrasse d'autant plus l'Église d'Angleterre que Sarah Mullally, première femme à occuper la fonction d'archevêque de Canterbury, n'est entrée en fonction qu'en mars dernier.
Ben Laden, « Épée d'Allah »
L'épisode remonte à 2007. En réaction à l'anoblissement par le Royaume-Uni de Salman Rushdie, auteur des Versets sataniques, le Pakistan Ulema Council présidé par Ashrafi avait décidé d'accorder à Oussama ben Laden le titre de « Saifullah », soit « Épée d'Allah ».
Ashrafi déclarait alors être heureux de décerner ce titre au chef d'Al-Qaïda et présentait celui-ci comme un « moudjahid » ayant combattu pour l'islam contre les Russes, les Américains et les Britanniques. Ces propos ont refait surface après la cérémonie de Lambeth Palace.
Ils ont rapidement provoqué un tollé. Le caractère symbolique de la date a encore amplifié la polémique : le prix pour la réconciliation avait été remis à Ashrafi précisément le 11 septembre, à l'occasion du 25e anniversaire des attentats organisés par Al-Qaïda.
Lambeth Palace a finalement reconnu que ces déclarations antérieures n'avaient été découvertes qu'après la remise du prix. Dans un communiqué publié le 17 septembre, l'institution a annoncé le retrait de la distinction et expliqué qu'elle examinait désormais les circonstances ayant conduit à son attribution ainsi que, plus largement, ses procédures de nomination et de sélection.
Le niqab de son épouse provoque une deuxième polémique
L'affaire ne s'est pourtant pas arrêtée là. Une photo officielle de la cérémonie montre Sarah Mullally posant aux côtés d'Ashrafi et de son épouse, dont le visage est presque entièrement dissimulé par un niqab.

Deux responsables conservateurs, Nick Timothy et Rebecca Paul, ont écrit à l'archevêque pour dénoncer le message envoyé par cette image. Ils estiment que la publication de la photo peut apparaître comme une caution donnée à une pratique qu'ils considèrent comme une manifestation de l'oppression des femmes.
« Il est important que vous réfléchissiez au message que cela envoie aux femmes qui se battent pour les libertés que nous tenons pour acquises », écrivent-ils notamment, en évoquant la situation des femmes soumises à des obligations vestimentaires en Afghanistan et en Iran.
Kemi Badenoch s'est elle aussi emparée de l'affaire. La dirigeante conservatrice a estimé que la présence d'une femme intégralement voilée aurait dû, à elle seule, susciter des interrogations avant la cérémonie, tout en qualifiant l'invitation d'Ashrafi de « grave erreur ».
L'entourage du religieux réplique que son épouse et sa fille portent le voile en vertu de leur « droit personnel et religieux » et rejette donc l'idée que leur tenue puisse démontrer une quelconque coercition.
Des déclarations qui ne se limitaient pas à Ben Laden
La controverse s'est encore aggravée lorsque d'autres déclarations attribuées à Ashrafi ont été exhumées.
Selon les éléments rapportés par la presse britannique, le religieux a notamment diffusé cette année une théorie selon laquelle les frappes américaines et israéliennes contre l'Iran dissimulaient un projet visant le Pakistan nucléaire, en déclarant que « sous couvert de l'Iran », la cible des « juifs et des chrétiens » serait son propre pays.
Il lui est également reproché d'avoir tenu des propos extrêmement violents à l'encontre des opposants aux lois pakistanaises sur le blasphème, évoquant des mains brisées, des langues coupées et des yeux crevés.
Son porte-parole conteste toutefois l'interprétation faite de plusieurs de ces déclarations. Concernant Ben Laden, il assure notamment que les propos d'Ashrafi ont été sortis de leur contexte et qu'ils ne constituaient pas un soutien au chef d'Al-Qaïda, mais une comparaison destinée à exprimer l'indignation provoquée chez certains musulmans par l'anoblissement de Salman Rushdie. Il demande également que soit pris en compte l'engagement du religieux contre « le terrorisme et l'extrémisme violent ».
Comment a-t-il pu recevoir un prix pour la « réconciliation » ?
C'est désormais la procédure de vérification de l'Église d'Angleterre qui se retrouve au centre des interrogations. Car Ashrafi n'avait pas reçu une distinction périphérique : le Hubert Walter Award récompense précisément la réconciliation et la coopération entre religions.
Lambeth Palace explique que le prix lui avait été accordé pour son soutien de longue date aux minorités religieuses du Pakistan, notamment à la communauté chrétienne, un travail que l'Église dit reconnu par des chrétiens pakistanais et par l'Église anglicane locale.
Mais l'institution reconnaît désormais implicitement une défaillance dans son processus de sélection. « Après que ses propos précédents ont été révélés, nous avons retiré la récompense le plus rapidement possible », a indiqué Lambeth Palace, qui promet de « tirer des leçons pour l'avenir ».
La polémique dépasse désormais le seul cas Ashrafi. Dans The Spectator, le journaliste Andrew Gilligan voit dans cet épisode le symptôme d'une Église d'Angleterre qui aurait perdu de vue sa mission spirituelle au profit d'une conception mal maîtrisée de l'inclusion. Cette analyse relève de l'opinion du chroniqueur, mais l'affaire lui fournit un argument spectaculaire : un prix pour la réconciliation remis, le jour même du 25e anniversaire du 11-Septembre, à un homme dont quelques recherches auraient permis de retrouver les déclarations concernant Oussama ben Laden.
Pour l'Église d'Angleterre, qui a retiré le prix moins d'une semaine après l'avoir décerné, la question est désormais simple : comment ces éléments ont-ils pu échapper à la procédure de sélection jusqu'après la cérémonie