Pour Louisa Yousfi, « les blancs ne sont pas rattachés à ce qu’on appelle l’humanité générique »
Dans le podcast C’est Réel, l'essayiste Louisa Yousfi affirme que les blancs ne sont « pas rattachés à ce qu’on appelle l’humanité générique ». « C’est horrible d’être dans leur situation », ajoute-t-elle, qui décrit la société à travers la race, le rapport de force et la « guerre ».
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Louisa Yousfi affirme que les blancs ne sont « pas rattachés à ce qu’on appelle l’humanité générique » et développe une vision radicalement racialisée de la société.
Dans un entretien diffusé par le podcast C'est Réel, dans l'émission Angle mort, l'essaysite Louisa Yousfi développe pendant de longues minutes une conception du monde structurée par les catégories raciales, le conflit et l'opposition entre un « nous » et « les blancs ». Jusqu'à cette formule : ces derniers ne seraient « pas rattachés à ce qu'on appelle l'humanité générique ». « C'est des blancs », conclut-elle.
La phrase n'est pas isolée. Elle intervient après avoir expliqué que les blancs seraient « aliénés » par leur position dominante et qu'il serait « horrible d'être dans leur situation ». Elle est suivie d'un développement sur le rapport de force, la « guerre », l'intégration, les musulmans et la nécessité de « se réarmer spirituellement ».
🔴 LOUISA YOUSFI : « LES BLANCS NE SONT PAS RATTACHÉS À L’HUMANITÉ »
— SIRÈNES (@SirenesFR) September 16, 2026
🎓 Après des études brillantes, elle écrit pour Society, a été rédactrice en chef de Paroles d’honneur, liée au Parti des Indigènes de la République.
📚 Dans "Rester barbare" elle s’accuse elle-même : « J’ai…
« C'est vous qu'il faut sauver »
Louisa Yousfi commence par expliquer à qui elle s'adresse. Pas aux « islamophobes », dit-elle, mais « aux miens », à ceux dont la foi aurait été « abîmée par une vie d'exil, une vie de dépossession, une vie d'un pays islamophobe ».
Puis elle renverse le vieux discours occidental sur l'Afrique. « Faut pas sauver l'Afrique, comme eux disent. Faut pas venir chercher à nous sauver. Nous, on n'a pas à être sauvés. C'est vous qu'il faut sauver. C'est vous qui êtes aliénés. » Qui désigne ce « vous » ? Les blancs.
Faut pas sauver l'Afrique, comme eux disent. Faut pas venir chercher à nous sauver. Nous, on n'a pas à être sauvés. C'est vous qu'il faut sauver. C'est vous qui êtes aliénés. (sic)
« Vous êtes aliénés dans un rapport de domination qui est en votre faveur, mais qui est terrible », poursuit-elle. « C'est la pire position. »
Et Louisa Yousfi insiste : « Moi, je ne les envie à aucun moment. C'est horrible d'être dans leur situation. C'est le pire endroit d'appartenir à ce côté-là de l'histoire. »
Vient alors la phrase centrale : « Eux-mêmes, du coup, ils sont pas rattachés à ce qu'on appelle l'humanité générique, en fait. C'est des blancs. »
Eux-mêmes, du coup, ils sont pas rattachés à ce qu'on appelle l'humanité générique, en fait. C'est des blancs. (sic)
Louisa Yousfi
Il ne s'agit donc pas d'un mot lâché accidentellement au détour d'une conversation. Un groupe humain défini par sa couleur de peau vient d'être collectivement situé du « mauvais » côté de l'Histoire, décrit comme aliéné par sa domination, puis distingué de ce que l'oratrice appelle « l'humanité générique ».
Les Gaulois contre Fanon et le FLN
Louisa Yousfi évoque le traditionnel « nos ancêtres les Gaulois », présenté comme une généalogie imposée aux descendants de l'immigration. Elle rapporte alors un raisonnement d'Houria Bouteldja : soit, acceptons cette assimilation, mais à condition que les blancs acceptent réciproquement parmi leurs ancêtres Frantz Fanon, le FLN et les combattants de l'indépendance algérienne.
« Vous, là, les blancs là, les fachos, etc. tout le monde, les fachos compris », lance-t-elle en exposant ce raisonnement. Et demande : « Est-ce que vous êtes prêts à le dire ça ? » Sa réponse est immédiate : « Évidemment, non, ils sont pas prêts à le dire. »
Pour Yousfi, la question est explicitement celle du « rapport de force ». Si certains espaces se sont ouverts aux personnes issues de l'immigration, explique-t-elle, ce n'est pas grâce à une évolution spontanée de la société : « C'est parce qu'en fait, on a lutté de manière à ce qu'il y ait plus choix. »
La France elle-même n'aurait, selon elle, véritablement décolonisé que lorsqu'elle acceptera de parler non plus de la « perte de l'Algérie », mais de la « victoire algérienne ».
« J'écris comme si on était en guerre »
Puis le vocabulaire change encore de registre. « La guerre, c'est l'état de la vie », affirme Louisa Yousfi. « L'état de guerre, c'est ça l'instant vital. » Et elle précise : « Ce que j'ai envie d'explorer, à la fois sur le plan littéraire et politique, c'est la guerre. » Avant cette formule : « J'écris comme si on était en guerre. »
La société n'est alors plus seulement décrite à travers des groupes racialisés. Elle devient un champ de confrontation entre des communautés dont certaines résisteraient encore à leur absorption.
« La communauté de l'immigration constitue une menace », explique Yousfi, avant de préciser le rôle particulier de l'islam, qui pousserait selon elle à appartenir à une « communauté de destin ». Cette communauté aurait une qualité essentielle : elle « n'a pas été avalée encore ».
La formule fait directement écho à l'univers intellectuel de Rester barbare, son essai publié en 2022. Son éditeur, La Fabrique, présente le livre comme une réflexion sur la résistance des populations postcoloniales à l'assimilation. Dans un extrait publié par la maison d'édition, Yousfi décrit cette « espèce de barbarie » comme ce qui n'aurait pas été « contaminé » par « l'intégration dans l'Empire ».
La cohérence est donc réelle. Le podcast ne révèle pas soudainement une pensée qui aurait échappé à son auteur. Il donne à entendre, dans une langue orale et particulièrement crue, des thèmes qu'elle travaille depuis plusieurs années.
L'intégration jusque dans « leur putain de tête »
C'est probablement le passage le plus révélateur. Louisa Yousfi décrit ce qu'elle appelle « la bête intégrationniste raciale » comme une entreprise qui ne chercherait pas seulement à contrôler les corps ou les forces de travail des descendants de l'immigration.
Elle voudrait pénétrer leur intimité. « Comment on peut rentrer dans leur putain de tête », lance-t-elle en mimant cette logique, avant de parler de « l'endroit de leur âme ».
C'est à ce moment qu'elle introduit elle-même le fascisme : « S'il fallait donner une définition plus claire du fascisme, c'est ça. » L'intégration est ainsi décrite non comme l'adhésion à des règles civiques communes, mais comme une entreprise de domestication suffisamment intrusive pour être rapprochée du fascisme.
Le voile devient dans ce système une manifestation de ce qui échappe encore à cette prise. Les femmes voilées, explique Yousfi, « veulent pas être dans le commerce des hommes blancs ». « On n'arrive pas à les prendre », poursuit-elle en décrivant la frustration qu'elle prête au système dominant.
L'opposition est à nouveau complète : « eux », « nous », les musulmans, « les hommes blancs », l'assimilation et ceux qui lui échappent.
Une « barbarie » accueillie par les institutions
Le paradoxe est enfin institutionnel. Louisa Yousfi n'écrit pas depuis les marges absolues du monde culturel français. Journaliste et écrivain, auteur de Rester barbare puis de La Grande Méthode, elle a été pensionnaire de la Villa Médicis en 2024-2025. Son éditeur présente officiellement son premier essai comme une réflexion esthétique et politique sur la résistance à l'assimilation. Son deuxième livre, publié en février dernier, a bénéficié du soutien de l'Académie de France à Rome.
Il n'y a rien d'anormal à ce que des institutions culturelles accueillent des pensées radicales. Mais cette reconnaissance rend d'autant plus légitime l'examen critique du discours.
Car Louisa Yousfi ne se contente pas ici de dénoncer des discriminations, l'héritage colonial français ou des politiques qu'elle juge hostiles aux musulmans. Elle déploie une vision où « les blancs » existent comme catégorie politique collective, où l'intégration devient une entreprise de domestication, où la communauté musulmane tire précisément sa force de n'avoir « pas été avalée » et où la guerre fournit une métaphore centrale de l'existence politique.