David Weytsman: « Actiris ne doit pas gérer le chômage, il doit remettre les gens à l’emploi »
Pour David Weytsman, Bruxelles a trop misé sur les politiques d’aide et pas assez sur l’émancipation. Le président du MR Bruxelles-Périphérie défend la réforme du chômage et appelle à revoir le rôle d’Actiris pour remettre davantage de Bruxellois à l’emploi.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- David Weytsman veut faire de l’emploi et de la formation des outils prioritaires d’émancipation.
- Il défend la réforme du chômage et veut porter les contrats d’insertion du CPAS de 900 à 1.500.
- Il réclame une évolution d’Actiris vers un accompagnement plus rapide et davantage orienté vers l’emploi.
21 News : Les dossiers ne sont pas directement liés, mais sécurité, trafic de drogue et emploi se rejoignent parfois. Le sous-emploi à Bruxelles peut-il favoriser des glissements vers l’illégalité ? La politique de l’emploi doit-elle devenir une autre priorité ?
David Weytsman : Dans son engagement sincère dans la lutte contre la pauvreté, la gauche a sous-estimé deux éléments essentiels.
Le premier, c’est l’emploi et la formation. Le second, c’est l’accès à la propriété.
Il y a de moins en moins de Bruxellois qui deviennent propriétaires de leur logement. Nous avons investi des centaines de millions dans le logement social sans soutenir suffisamment l’accès à la propriété.
Or, lorsqu’une personne vieillit et devient pensionnée, si elle reste locataire, elle risque beaucoup plus facilement de basculer dans la pauvreté.
Mais le premier volet sur lequel je me suis engagé à 200 %, et c’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles j’ai quitté mon poste de parlementaire pour venir à la Ville de Bruxelles, c’est l’accès à l’emploi et à la formation.
Il y a eu beaucoup de politiques d’aide et de soutien qui, parfois, maintiennent les gens dans leur situation. C’est cela que je dénonce lorsque je parle d’assistanat. Il n’y a pas eu suffisamment de politiques d’émancipation.
Cela a des conséquences très concrètes. Au CPAS de la Ville de Bruxelles, je réoriente des moyens vers la formation (dont l’apprentissage des langues) et l’emploi.. Concernant le patrimoine immobilier de la Ville ou du CPAS, nous voulons également orienter une partie des financements non plus uniquement vers le locatif, mais vers l’accès à la propriété, en particulier pour la classe moyenne inférieure.
21 News : La réforme du chômage peut-elle faire bouger ces lignes-là ?
David Weytsman : C’est une réforme historique, attendue depuis des décennies.
Comment comprendre que, pendant des années, la gauche ait décidé de ne plus accompagner réellement les demandeurs d’emploi qui étaient au chômage depuis plus de deux ans ?
Des personnes qui arrivent aujourd’hui au CPAS après avoir été demandeuses d’emploi pendant deux, cinq, dix ou vingt ans n’avaient parfois quasiment plus de contacts avec Actiris.
Avec cette réforme, elles ont désormais des contacts réguliers. Un véritable travail social est réalisé. Cela permet de voir si elles peuvent être davantage aidées, accompagnées, autonomisées ou responsabilisées.
Cela permet également d'identifier d'autres problèmes : logement, assuétudes, santé mentale, dépression ou situations familiales extrêmement difficiles. Et là, notre rôle est évidemment d’aider et d’accompagner.
Les premiers chiffres sont plutôt positifs. Sur l’ensemble de la Région bruxelloise, environ 30 % des bénéficiaires du CPAS sont dispensés de l’obligation de travailler pour des raisons d’équité, parce que leur situation nécessite de résoudre d’abord d’autres problèmes sociaux.
Parmi les personnes qui arrivent aujourd’hui du chômage, nous sommes plutôt autour de 20 %. Cela signifie que ces personnes sont, globalement, davantage employables.
Notre travail consiste maintenant à les orienter soit vers des partenaires publics ou privés, soit vers des formations menant à des métiers en pénurie, soit vers les outils dont disposent les CPAS, notamment les contrats d’insertion.
Nous mettons le paquet. Quand je suis arrivé, nous avions environ 500 contrats. Nous sommes aujourd’hui à 900 et j’ai fixé comme objectif d’arriver à 1.500 dans deux ans.
Mon objectif est que toutes les personnes arrivées au CPAS à la suite de la réforme du chômage en soient sorties avant la fin de la législature et soient revenues, au minimum, sur le marché de l’emploi.
Nous devons y arriver pour des raisons sociales, mais également pour atteindre l’objectif fixé par le gouvernement bruxellois : un taux d’emploi de 70 % d’ici 2030. Nous sommes autour de 63 % aujourd’hui.
Comme président de la régionale du MR, j’ai une vision globale de ce qu’il faut faire. Et comme président du CPAS, je participe directement à cette chaîne en essayant de remettre les gens à l’emploi.
21 News : Le rôle d’Actiris est fondamental. Or, on entend beaucoup de critiques, notamment dans les rangs libéraux. Comment Actiris doit-il évoluer ?
David Weytsman : Actiris ne doit pas gérer le chômage. Actiris doit remettre les gens à l’emploi.
21 News : Cela signifie qu’aujourd’hui, ou jusqu’à présent, Actiris gérait surtout le chômage ?
David Weytsman : En tout cas, les chiffres ne sont pas bons. Quand on voit qu’il y a environ 97.000 chômeurs et énormément d’emplois vacants, on comprend qu’il existe un vrai problème d’adéquation au marché du travail. Il faut en faire une priorité.
Pour moi, il faut reproduire une partie de ce que nous faisons aujourd’hui au CPAS. Quand quelqu’un arrive chez nous, dans les trente jours, il bénéficie d’une enquête sociale, de plusieurs rendez-vous et d’une orientation vers nos filières de formation et d’emploi.
Actiris doit faire la même chose. Dès que quelqu’un s’inscrit, il faut réaliser un bilan professionnel et linguistique et l’orienter le plus rapidement possible vers la formation et l’emploi.
Actiris doit prendre sa part de responsabilité. Les CPAS vont devenir en quelque sorte la deuxième ligne pour les personnes les plus éloignées de l’emploi.
Nous devons aider et accompagner les personnes, mais aussi les responsabiliser.
Et lorsque certaines personnes ne le souhaitent pas, nous les sanctionnons très clairement. Il faut travailler avec la carotte, mais également avec le bâton.
- Retrouvez les deux parties de l'interview de rentrée de David Weytsman sur la lutte contre les narcos-trafiquants et sur le repli identitaire et religieux dans certains quartiers de Bruxelles