David Weytsman : « On a été beaucoup trop mous sur les questions d’intégration»
Budget, mobilité, propreté, immigration économique, intégration… David Weytsman veut accélérer le changement à Bruxelles. Le président du MR Bruxelles-Périphérie plaide notamment pour un parcours d’intégration renforcé et la défense d’un « socle commun ».
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- David Weytsman estime que les Bruxellois attendent des changements plus rapides, notamment en matière de mobilité et de propreté.
- Il place le redressement budgétaire parmi les principaux défis structurels de la Région.
- Il veut favoriser la migration économique tout en renforçant fortement les exigences d’intégration et le « socle commun ».
21 News : Le mot qui revient le plus souvent dans votre discours est « ordre ». Vous considérez donc que Bruxelles est largement en désordre. Comment voyez-vous son avenir, entre toutes ses capacités inexploitées et ce sentiment de désordre qui reste perceptible ?
David Weytsman : Si je fais de la politique, c’est parce que je veux être positif. Je crois dans l’action publique et dans notre capacité à faire bouger les choses.
Je vous ai expliqué tout ce qui a déjà été réalisé en matière de sécurité. Cela ne signifie évidemment pas que tout changera du jour au lendemain. Pour déconstruire ce qu’on a laissé faire pendant longtemps, cela prendra du temps.
D’autant que, plus nous serons offensifs contre le narcotrafic, plus les narcotrafiquants vont réagir. C’est une véritable guerre contre le narcoterrorisme.
Cela montre aussi que nous pouvons changer les choses.
Bruxelles possède énormément d’atouts. C’est une grande ville cosmopolite, avec une offre culturelle intéressante. Il y a des quartiers où il fait très bon vivre et d’autres où la situation est plus compliquée. Globalement, Bruxelles bénéficie d’une qualité de vie reconnue. Mais nous avons des problèmes structurels.
Plus nous serons offensifs contre le narcotrafic, plus les narcotrafiquants vont réagir. C’est une véritable guerre contre le narcoterrorisme.
21 News : A commencer par le budget…
David Weytsman : Oui, c’est le premier problème. Remettre le budget sur les rails sera compliqué, mais cela nous permettra ensuite d’investir mieux et d’éviter que Bruxelles devienne une Région en faillite.
Sur la sécurité, nous travaillons. Sur la propreté publique, nous devons montrer rapidement la différence.
Le piétonnier était dans un état pitoyable. Nous avons commencé à replanter, à installer de petites grilles. Une partie du nettoyage de certains parcs a été confiée au privé pour pouvoir obtenir des résultats plus rapidement.
C’est pareil pour la mobilité. Pendant la campagne, j’avais dit que je voulais rouvrir certains filtres et travailler sur la fluidité. J’avais dit que je ne voulais plus que le stationnement soit payant jusqu’à 21 heures. Nous avions promis 19 heures : aujourd’hui, c’est 19 heures, sauf dans le Pentagone.
Nous n’arrivons pas encore à tout faire, mais nous avançons.
C’est également ce que nous demandent les entrepreneurs et les entreprises. Ils veulent une fiscalité qui ne soit pas excessive et ils demandent davantage d’ordre, de propreté et de sécurité. C’est pour cela que nous mettons autant d’énergie sur ces questions.
« Les Bruxellois veulent du changement, rapidement »
21 News : Les sondages ne sont actuellement pas très bons pour le MR à Bruxelles. Comment expliquez-vous cette tentation d’un retour vers le PS ou la progression du PTB ? Et que peut faire le MR, dont vous présidez la régionale ?
David Weytsman : Je n’ai jamais commenté les sondages, même lorsqu’ils étaient bons. Mais puisque vous me posez la question, je n’ai pas tout à fait la même analyse.
Si vous regardez où nous étions trois ans avant les élections précédentes, je pense que nous étions même en dessous des chiffres que certains sondages nous donnent aujourd’hui.
Mais je pense surtout qu’une partie des Bruxellois en a marre et attend de nous des changements rapides.
Et je le répète : il faut des changements rapides, même si le contexte est compliqué.
Aujourd’hui, Good Move n’existe plus. Les projets de mailles qui devaient être réalisés dans certaines communes ne le seront pas. Mais les Bruxellois veulent davantage. Ils nous disent : « Nous ne voulons pas seulement que vous arrêtiez Good Move, nous voulons aussi que vous détricotiez certaines choses qui ont déjà été faites. »
À la Ville de Bruxelles, nous nous y employons, mais certains estiment que cela ne va pas encore assez vite.
Et parfois, c’est compliqué. Regardez certaines entrées de Bruxelles. Des aménagements ont été réalisés malgré les avertissements et nous nous retrouvons aujourd’hui avec des embouteillages énormes, qui sont catastrophiques pour l’économie bruxelloise.
Que doit-on faire ? Démolir des aménagements déjà réalisés ? Mettre en place des voiries modulables permettant, par exemple, d'avoir deux bandes pour entrer ou sortir selon les besoins ?
Tout cela prend du temps. Et cela prend aussi du temps parce que les écologistes, qui sont conservateurs sur ces questions de mobilité, sont toujours représentés au gouvernement bruxellois. Et puis il y a d'autres débats qui doivent arriver aussi, le débat de l'immigration, le débat sur la migration économiques.
Mais les gens se moquent de savoir que c’est compliqué. Ils veulent du changement.
Migration économique et intégration : « On a été beaucoup trop mous »
21 News : Vous évoquez également le débat sur l’immigration économique. C’est un débat qui risque d’être sensible dans la majorité régionale…
David Weytsman : Il faut absolument réorienter notre politique vers davantage de migration économique. Nous avons des métiers en pénurie. Nous devons donc pouvoir attirer des personnes qui correspondent aux besoins du marché de l’emploi.
Mais je vais même aller plus loin : nous avons été beaucoup trop mous sur les questions d’intégration. Beaucoup, beaucoup trop mous. Cela n’a pas fonctionné.
On voit qu’il existe un repli identitaire, un repli communautaire et des phénomènes religieux qui ne sont pas acceptables dans l’espace public. Nous devons donc aller beaucoup plus loin.
Pendant quinze ans, les libéraux ont demandé un parcours d’intégration obligatoire. L’objectif est de permettre à chacun d’avoir les mêmes chances et de pouvoir entrer sur le marché de l’emploi. À l’époque, on nous traitait de racistes. Aujourd’hui, tout le monde met ce parcours en place.
Mais il ne va pas assez loin.
Tout le monde doit respecter nos valeurs. Tout le monde doit comprendre l’histoire de la Belgique. Tout le monde doit être soutenu dans l’apprentissage des langues.
Je le constate comme président du CPAS : une grande partie des formations que nous proposons sont des formations linguistiques. Certaines personnes sont ici depuis dix, quinze ou vingt ans et ne parlent pas une langue nationale. Cela ne va pas.
Nous devons accueillir les gens le plus correctement possible. Je veux une politique sociale dans ce domaine. Mais il faut également que les personnes acceptent de faire des efforts pour s’intégrer.
Il faut aussi orienter davantage nos politiques migratoires vers les besoins économiques. Nous avons besoin de main-d’œuvre, certes, mais nous ne pouvons pas accueillir tout le monde.
Et lorsqu’une personne est en séjour irrégulier et qu’en plus elle commet des faits criminels, il faut l’expulser. Tout de suite.
Je demande très clairement au gouvernement fédéral davantage de centres fermés. Lorsqu’un bourgmestre fait arrêter quelqu’un qui est en séjour illégal et qui a commis un crime, il faut que cette personne puisse être renvoyée dans son pays. C’est non-négociable.
il faut aller plus loin sur l’histoire de la Belgique, les valeurs de la Belgique, l’égalité entre les femmes et les hommes.
21 News : Lorsque vous parlez de phénomènes religieux et de communautarisme dans certains quartiers, comment les faire reculer, notamment avec un partenaire socialiste qui a historiquement eu une autre approche sur ces questions ?
David Weytsman : Le parcours d’intégration doit aller plus loin, précisément pour donner à chaque personne les moyens de s’intégrer correctement et d’accéder au marché de l’emploi.
Il faut renforcer l’accompagnement linguistique. Mais je pense aussi qu’il faut aller plus loin sur l’histoire de la Belgique, les valeurs de la Belgique, l’égalité entre les femmes et les hommes. Ce sont des éléments fondamentaux.
Concernant le repli religieux et identitaire, il faut oser en parler partout.
L’État doit être présent partout pour porter ce débat : dans les clubs sportifs, les centres culturels, les écoles. Nous devons en faire une priorité parce qu’il s’agit d’un véritable problème de cohésion sociale à Bruxelles.
Et cela ne s’inscrit absolument pas, contrairement à l’extrême droite ou à l’extrême gauche, dans une démarche de rejet d’une partie de la population.
C’est exactement l’inverse.
Nous devons tous avoir les mêmes chances. Mais pour avoir les mêmes chances, nous devons avoir un fondement, un socle commun. Et ce socle commun, nous devons le défendre.
- Retrouvez les deux autres parties de l'interview de rentrée de David Weytsman, sur la lutte contre les narcos-trafiquants et sur l'emploi à Bruxelles