David Weytsman (MR) : « Sur le narcotrafic, il y a eu un laxisme ambiant du PS et de toute la gauche»
Sécurité, narcotrafic, emploi, budget, mobilité, relations avec le PS… Pour sa rentrée politique, David Weytsman, président du MR Bruxelles-Périphérie, passe en revue les grands défis de la capitale. Avec un mot d’ordre : « ramener de l’ordre à Bruxelles ».
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- David Weytsman fait de la sécurité et de la lutte contre le narcotrafic une priorité absolue à Bruxelles.
- Le président du MR Bruxelles-Périphérie assume ses désaccords avec le PS, malgré leur participation aux mêmes majorités.
- Emploi, budget, mobilité, immigration et intégration seront également au cœur de cette interview de rentrée.
21 News : David Weytsman, bonjour, l’actualité bruxelloise a été marquée dernièrement par la reprise des fusillades liées aux narcos-trafiquants et par les polémiques entre partis de la majorité sur le même sujet…
David Weytsman : Bruxelles a beaucoup de problèmes à régler, la sécurité, le trafic de drogue, l'emploi, le budget, la propreté. C’est pour régler tous ces problèmes que nous avons été élus et je pense qu’il est capital de remettre de l’ordre dans tous ces domaines. Il faut changer de modèle et il est évident que sur la sécurité et la lutte contre les cartels de la drogue, nous n’avons pas la même approche que la gauche. La sécurité fait partie de nos priorités, alors que la gauche a toujours fait preuve de laxisme face à ce fléau.
21 News : Cela fait des années que vous alertez sur le danger que représentent les narcos-trafiquants pour notre démocratie…
David Weytsman : J’ai été parlementaire pendant sept ans. Il y a six ans, je déposais déjà des textes sur la question du narcotrafic. J’osais en parler, je parlais même du risque d’entrer dans une forme de narco-État. À l’époque, le ministre-président bruxellois et, plus largement, la gauche riaient de cela.
Pourtant, si je l’abordais, c’est parce que je lisais les annales parlementaires, ce que disait déjà le ministre de l’Intérieur à l’époque. On voyait bien que le phénomène, parti d’Amsterdam puis descendu vers Rotterdam, était en train d’arriver en Belgique.
Donc oui, cela ne va pas. Il y a eu un laxisme ambiant de la part des socialistes et de la gauche et nous héritons malheureusement aujourd’hui de ce laxisme qui a duré des années.
Il faut changer les mentalités. À tous les niveaux de pouvoir – régional, communautaire, fédéral –, il faut en faire une urgence nationale. Ce sont d’ailleurs les termes forts utilisés par le ministre de l’Intérieur.
21 News : Mais, concrètement, que fait le MR pour lutter contre les narco-trafiquants ?
David Weytsman : Il existe un grave problème de sécurité dans de nombreux quartiers bruxellois et une insécurité largement répandue. Contrairement à ce que disait l’ancien ministre-président socialiste Rudi Vervoort, ce n’est pas seulement un sentiment d’insécurité : ce sentiment est lié à de véritables problèmes de sécurité.
Aujourd’hui, nous avons enfin un ministre-président, Boris Dilliès, qui en fait une priorité. L’ancien ministre-président disait qu’il n’avait pas de compétences en la matière. Mais je connais très bien la sixième réforme de l’État : elle octroie des compétences de coordination au ministre-président.
Boris Dilliès coordonne par exemple les équipes entre la SNCB, la STIB, les services de prévention et de sécurité et le ministre de l’Intérieur dans le cadre du plan gares.
Ce plan, ce sont plus de 10 millions d’euros investis, mais aussi des caméras, davantage de policiers sur le terrain et de nouvelles actions qui seront menées dans les prochains mois, notamment sur les questions de propreté publique. Parce que toutes les études de criminologie montrent qu’il existe un lien entre une malpropreté endémique dans certains quartiers et le développement de phénomènes de criminalité. C’est la théorie de la vitre brisée, connue depuis des décennies.
À côté de cela, le ministre de l’Intérieur vient de réussir une réforme historique dans un temps record. Je sais qu’une partie de la gauche est opposée à la fusion des zones de police, mais cette fusion, et peut-être demain la fusion de certaines communes ou de certains CPAS, permet d’abord de rendre du leadership politique et administratif.
C’est avoir un commandement unique, davantage de coordination. C’est aussi faire ce que nous sommes en train de faire à la Ville de Bruxelles : mutualiser les fonctions de support, fusionner des départements. Une fois ces services mutualisés, c’est autant d’argent que l’on peut consacrer à notre priorité absolue : plus de bleu en rue.
21 News : Certains estiment que les renforts policiers annoncés ne sont pas suffisants…
David Weytsman : Les 80 policiers supplémentaires à la police judiciaire ne sont pas n’importe quels policiers : ce sont des enquêteurs qui viennent renforcer un dispositif indispensable en complément des zones de police pour lutter plus efficacement contre le narcotrafic et les vendeurs de drogue. Il y a encore trois semaines, la gauche était opposée aux patrouilles mixtes Défense-police. Pourtant on voit des résultats positifs aujourd’hui. Des criminels sont interpellés par ces patrouilles. En outre, la Défense permet de sécuriser certains lieux et donc de libérer davantage de policiers pour des actions de proximité en rue.
« Tout le monde doit en faire plus »
21 News : Le fédéral en fait-il assez ? Certains en doutent et estiment que le Premier ministre veut « protéger » l’économie anversoise...
David Weytsman : Tout le monde doit en faire plus. Les communes doivent en faire plus. Ce n’est pas normal que certaines communes consacrent proportionnellement beaucoup moins de moyens à leur police que d’autres. Prenons Schaerbeek et Anderlecht, qui ont grosso modo le même nombre d’habitants. Schaerbeek verse environ 52 millions d’euros à sa zone de police, tandis qu’Anderlecht en versait environ 30 millions.
Et ce n’est pas une légende : à partir du moment où le bourgmestre d’Anderlecht n’a plus été libéral, la dotation du CPAS est devenue plus importante que celle consacrée à la police. Ce sont des choix politiques.
Ce n’est pas un hasard si de nombreux événements se déroulent à Forest, Saint-Gilles ou Anderlecht. Si les communes libérales étaient aussi laxistes, il y aurait aussi davantage de problèmes dans ces communes.
21 News : A vous entendre, le PS aurait un problème avec ces questions ?
David Weytsman : Les socialistes étaient tellement orientés vers des politiques dites de cohésion sociale qu’ils craignaient qu’en renforçant la sécurité dans certains quartiers, cela puisse ennuyer certaines personnes. J’en suis convaincu.
Il y a eu des bourgmestres qui demandaient clairement de ne pas intervenir dans certains quartiers. Pour qu’on en arrive à la situation du Peterbos à Anderlecht, c’est qu’à un moment donné, il y a eu des instructions pour dire : « N’intervenez pas au Peterbos. » C’est illégal et inadmissible. La sécurité doit être une priorité partout.
Et je le dis particulièrement aux socialistes : l’insécurité touche tous les quartiers, y compris les quartiers moins aisés et les personnes les plus vulnérables.
Aujourd’hui, je veux aussi être positif : les lignes bougent. Tout le monde essaie plus ou moins d’en faire une priorité.
Le débat sur la présence ou non de militaires est intéressant. Je vais également demander que l’on intervienne davantage aux points d’entrée du trafic de drogue à Bruxelles. Pour nous, la sécurité est la première des libertés.
Nous en sommes arrivés à un point où cela prendra des années. Malgré tout ce que nous mettons en place, il faudra continuer à intensifier les efforts pour venir à bout du trafic de drogue, de la violence et des fusillades.
Plus il y aura de démantèlements, notamment grâce au travail de la justice, plus certains trafiquants vont réagir.
« Ce n’est pas parce que je suis en majorité avec les socialistes que je dois brader mes valeurs »
21 News : Revenons au PS. Vous êtes en majorité avec les socialistes à la Région comme à la Ville de Bruxelles. Comment gérer les conflits et les compromis sans perdre les convictions que vous venez d’exprimer ?
David Weytsman : Nous avons des visions de société différentes. Nous avons un accord de majorité, qui est le fruit de compromis. Parfois, c’est compliqué, mais c’est inscrit dans cet accord.
En revanche, lorsque quelque chose n’est pas prévu dans l’accord de majorité, il ne faut pas systématiquement considérer nos échanges et nos négociations comme des combats politiciens stériles. Ce n’est pas parce que je suis en partenariat avec les socialistes, parce que les électeurs l’ont souhaité, que je deviens subitement socialiste.
Et ce n’est pas parce que je gouverne avec les socialistes que je dois brader mes valeurs, notamment sur les questions de gouvernance. C’est ce qui s’est posé autour de la SLRB.
21 News : Le retour de Lotfi Mostefa (PS) à la présidence du Foyer anderlechtois vous pose problème, après la commission d’enquête parlementaire ?
David Weytsman : Ce n’est pas parce que nous sommes en majorité avec les socialistes que nous devons accepter qu’une personne qui a manifestement posé problème à la tête d’une société anderlechtoise puisse être reconduite sans que nous exprimions notre désaccord.
J’ai beaucoup de respect pour nos partenaires, mais cela nous arrive très souvent de ne pas être d’accord. Nous essayons alors de trouver un chemin qui corresponde le mieux possible aux engagements que nous avons pris.
Mais je veux le dire à tous les libéraux : nous avons été élus pour changer la dynamique. Nous avons été élus pour ramener de l’ordre.
Cela doit se traduire dans les perspectives budgétaires, la mobilité, les choix en matière de sécurité, la qualité de vie et la propreté.
Les gens en ont marre. Ils en ont marre.
Nous essayons donc d’incarner ce changement et d’apporter de nouvelles solutions avec des partenaires qui, parfois, veulent moins de changements parce qu’ils sont là depuis plus longtemps que nous.
Donc, de temps en temps, ça gueule. C’est normal. C’est aussi cela, la démocratie.
Foyer anderlechtois : « L’image renvoyée est catastrophique »
21 News : Quand vous voyez l’affaire du Foyer anderlechtois, la réélection de son président, ou encore certains propos de Jean Spinette, pensez-vous qu’il soit malgré tout possible de trouver un terrain d’entente avec le PS sur la gouvernance ?
David Weytsman : J’ai réagi tout de suite, et peut-être un peu vertement. Dans les deux cas, ce n’est tout simplement pas admissible.
21 News : Qui vous a reproché d’avoir réagi « vertement » ?
David Weytsman : Le parti socialiste. Mais peu importe. Cela m’est égal. Je suis aussi là pour fixer des lignes.
Quelles que soient les intentions des uns ou des autres, l’image renvoyée est catastrophique. Les images que nous avons vues dans les rues de Saint-Gilles incarnent un laxisme inadmissible. Je l’ai dit et répété.
Concernant le Foyer anderlechtois, lorsqu’on met en place une commission et que cette commission aboutit à des recommandations et qu’une personne se trouve au cœur de cette problématique – en lui laissant évidemment le bénéfice du doute –, la renommer ensuite à la même fonction, sincèrement, je crois que personne ne le comprend.
Faire un pas de côté me semblait être la chose la plus logique.
Georges-Louis Bouchez ose dire les choses : cela ne va pas et il n’y aura pas de financement aussi longtemps que cette personne restera en place.
Je suis désolé que nous soyons obligés d’entrer dans un rapport de force de ce type, mais si Georges-Louis ne le faisait pas… Il est absolument nécessaire de montrer qu’il y a des choses qu’on ne peut pas tolérer.
- Retrouvez la suite de l'interview de Dvid Weytsman où il aborde la problématique de l'emploi et de la progression des phénomènes de repli identitaire et religieux dans certains quartiers bruxellois