Exportations en hausse : la Wallonie valide le CETA et renforce ses liens avec le Canada
À quelques jours d’une mission économique au Canada, le gouvernement wallon franchit une nouvelle étape dans le dossier sensible du CETA. L’exécutif régional a validé en deuxième lecture le décret d’assentiment à l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada, affichant sa volonté de tourner la page des tensions passées et de sécuriser un partenariat jugé stratégique.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- La Wallonie a validé en deuxième lecture le décret d’assentiment au CETA
- L’accord a été renforcé depuis 2016, notamment sur les mécanismes de protection des États
- Les échanges avec le Canada progressent fortement (+271,5 % d’exportations en 2025)
- Cette décision précède une mission stratégique d’Adrien Dolimont au Canada
Près de dix ans après la crise politique qui avait secoué la Belgique autour du CETA en 2016, la Wallonie avance vers une ratification dans un climat bien différent.
Le gouvernement wallon souligne que les principales préoccupations exprimées à l’époque ont été progressivement prises en compte, permettant aujourd’hui d’aborder le texte « dans un cadre clarifié et plus équilibré ».
« Depuis la signature du CETA en 2016, plusieurs préoccupations […] ont fait l’objet d’un travail approfondi au niveau européen », indique l’exécutif régional.
Parmi les points sensibles, le mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États (ICS) a été renforcé, avec davantage de transparence et un mécanisme d’appel.
Ce système permet désormais de « garantir la protection des investissements, tout en préservant clairement le droit des États à légiférer », notamment en matière de santé ou d’environnement.
Des craintes agricoles atténuées
Autre sujet de crispation historique : l’impact sur l’agriculture européenne. Selon le gouvernement wallon, l’expérience depuis l’application provisoire du CETA en 2017 tend à rassurer. « Les importations agroalimentaires canadiennes restent marginales, tandis que les normes européennes continuent de s’appliquer pleinement », assure le ministre-président wallon Adrien Dolimont (MR). Un argument central pour convaincre les derniers sceptiques, alors que le débat reste sensible dans certains secteurs.
Des retombées économiques déjà visibles
Sur le plan économique, l’exécutif met en avant des résultats jugés positifs. Depuis 2017, les échanges commerciaux entre la Wallonie et le Canada ont progressé, avec un excédent commercial de 64,8 millions d’euros en 2024 et une hausse spectaculaire des exportations de +271,5 % au premier semestre 2025, tirée notamment par le secteur pharmaceutique. Le CETA est présenté comme un levier d’accès au marché canadien, en particulier pour les PME. Ces chiffres confirment les résultats que le ministre wallon Pierre-Yves Jeholet avait dévoilé lors de son grand entretien pour 21 News.
Un choix stratégique dans un monde plus instable
Au-delà des chiffres, la décision s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu. Entre tensions commerciales, fragilisation des chaînes d’approvisionnement et retour du protectionnisme, la Wallonie veut sécuriser ses débouchés. « Disposer d’un cadre commercial stable avec un partenaire fiable comme le Canada revêt une importance accrue », souligne le gouvernement.
L’accord est ainsi présenté comme un outil de diversification économique et de réduction des dépendances à des marchés jugés plus incertains.
Un signal politique avant une mission au Canada
Le timing de cette validation n’est pas anodin. Le ministre-président Adrien Dolimont doit s’envoler dès dimanche pour le Canada, avec des étapes à Montréal, Québec et Toronto. Pour le gouvernement, cette décision constitue « un signal clair et fort aux partenaires canadiens » quant à la volonté de la Wallonie de « s’inscrire dans une relation économique durable ».
L’objectif affiché est désormais de transformer les bons résultats commerciaux en partenariats concrets, notamment dans les secteurs industriels, scientifiques et technologiques.
Vers une ratification définitive ?
La validation en deuxième lecture marque une étape importante, mais le processus n’est pas encore totalement bouclé. La ratification complète du CETA par l’ensemble des entités reste un enjeu politique, même si le climat s’est nettement apaisé depuis 2016.
Une chose est sûre : en relançant ce dossier à la veille d’une mission économique, la Wallonie entend clairement reprendre la main sur un accord longtemps symbole de blocage… pour en faire aujourd’hui un levier de développement international.