Nomination de Thomas Gadisseux (RTBF) : Axel Miller accuse Joëlle Milquet d'être "passée en force" (Document exclusif)
Dans une lettre de démission particulièrement sévère, Axel Miller (MR) accuse Joëlle Milquet d'avoir transformé le conseil d'administration de la RTBF en simple chambre d'entérinement. Il dénonce un « passage en force » lors de la nomination de Thomas Gadisseux.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Nous avons pu nous procurer la lettre de démission d'Axel Miller, vice-président (MR) de la RTBF
- Il accuse Joëlle Milquet de gouverner par « passages en force ».
- La nomination de Thomas Gadisseux est au cœur des tensions.
- La crise intervient avant le choix du futur administrateur général.
Sommaire
- « Vous avez une fois de plus pris le parti d'imposer votre volonté »
- « Le Conseil n'a pu jouer aucun rôle »
- Une présidence accusée d'avoir verrouillé le fonctionnement du Conseil
- Des procédures « kafkaïennes »
- Le coût des cabinets d'avocats également visés
- « Vous ne présidez pas le Conseil, vous l'utilisez »
- Une crise qui dépasse désormais le dossier Gadisseux
La crise de gouvernance qui secoue la RTBF depuis plusieurs semaines est entrée dans une nouvelle dimension. Malgré la rencontre de ce mardi entre la ministre des Médias Jacqueline Galant (MR) et la présidente du Conseil d'administration de la RTBF, Joëlle Milquet (Les Engagés), le climat reste terriblement électrique entre les deux partenaires de majorité. Après la démission spectaculaire des cinq administrateurs MR du conseil d'administration du média public, 21 News a pu consulter la lettre adressée par le vice-président démissionnaire Axel Miller (MR) à Joëlle Milquet.
Un document de six pages particulièrement sévère qui dépasse largement la seule polémique autour de la nomination de Thomas Gadisseux à la direction de l'Information et des Sports. L'ancien patron de Dexia y décrit un conseil d'administration paralysé, dépossédé de ses prérogatives et soumis, selon lui, à une gouvernance de plus en plus autoritaire.
« Vous avez une fois de plus pris le parti d'imposer votre volonté »
La rupture semble s'être cristallisée lors de la réunion du conseil d'administration du 29 mai dernier, au cours de laquelle Thomas Gadisseux a été officiellement désigné directeur de l'Information et des Sports.
Dans sa lettre (à lire ci-dessous dans son intégralité), Axel Miller affirme qu'une large majorité d'administrateurs avait pourtant demandé un temps de réflexion avant de procéder au vote.
« Alors même qu'il était demandé de mettre en continuation nos travaux pour avoir la possibilité de réfléchir rapidement ensemble aux conditions nécessaires à réunir pour rétablir la confiance (...), vous avez une fois de plus pris le parti d'imposer votre volonté en passant en force », écrit-il.
Une accusation qui fait directement écho aux critiques formulées depuis plusieurs semaines par le MR contre les conditions dans lesquelles la procédure de recrutement a été menée.
« Le Conseil n'a pu jouer aucun rôle »
Axel Miller s'attarde longuement sur la désignation du nouveau directeur de l'Information.
Selon lui, la procédure mise en place a vidé le conseil d'administration de sa substance.
« Le Conseil est purement et simplement dessaisi de ses prérogatives et ne peut plus exercer aucun jugement », écrit-il.
Puis il vise explicitement le dossier Gadisseux :
« L'exemple parfait en était le processus de désignation du directeur de l'information et des sports où (...) le Conseil n'a pu jouer aucun rôle, ni délibérer collégialement sur quoi que ce soit puisqu'il n'y avait, du fait de la procédure que vous avez mouvementée, plus qu'un seul candidat. » Une phrase particulièrement lourde de sens suit immédiatement : « Pour lequel vous n'avez jamais fait mystère depuis le début qu'il entraînait votre préférence. »
Avant de conclure : « Il n'y avait plus qu'à pousser sur le bouton... »
Une présidence accusée d'avoir verrouillé le fonctionnement du Conseil
La lettre contient également une série de griefs portant sur le fonctionnement quotidien du conseil d'administration.
Axel Miller reproche à Joëlle Milquet de préparer les procès-verbaux avant même les débats.
« Vous rentrez dans la salle du Conseil ou du Comité permanent soit avec le PV décisionnel déjà écrit, soit vous l'écrivez en séance. »
Selon lui, cette pratique témoigne d'une volonté de faire aboutir des décisions déjà arrêtées plutôt que de rechercher un consensus.
« Cela montre clairement que votre objectif n'est pas d'animer la réunion ou de chercher à bâtir un consensus (...), mais de tenter d'aboutir à toute force sur l'objectif que vous vous êtes fixé au préalable. »
Des procédures « kafkaïennes »
L'ancien vice-président décrit également ce qu'il qualifie de procédures « kafkaïennes » imposées aux administrateurs.
Anonymisation des candidatures, consultation de documents uniquement au secrétariat, dossiers transmis à la dernière minute, impossibilité d'examiner sereinement certaines pièces...
Pour Axel Miller, ces méthodes contribuent à empêcher toute délibération approfondie.
« Les administrateurs ont le sentiment d'être totalement dépossédés de leurs droits et prérogatives. »
Il reproche également à la présidente de créer régulièrement des situations d'urgence artificielles, afin de forcer des décisions immédiates.
« Vous gérez le calendrier en mettant chaque fois le CP ou le CA dans l'obligation de décider le jour même. »
Le coût des cabinets d'avocats également visés
Autre critique inhabituelle : le recours fréquent à des avis juridiques externes.
Selon Axel Miller, ceux-ci serviraient trop souvent à conforter des positions déjà arrêtées.
« Je n'ai jamais observé un tel fonctionnement dans aucun autre conseil d'administration. »
L'ancien dirigeant estime même que le conseil devrait s'interroger sur le coût de ces consultations pour l'entreprise publique.
« Vous ne présidez pas le Conseil, vous l'utilisez »
Mais c'est sans doute la conclusion de la lettre qui résume le mieux l'ampleur de la rupture.
Après avoir dénoncé une gouvernance fondée sur des majorités variables plutôt que sur la recherche du consensus, Axel Miller formule un jugement particulièrement brutal :
« Votre réponse a été, une fois de plus, de passer en force pour atteindre l'objectif que vous vous étiez fixé. »
Puis : « Si je devais résumer ma pensée et mon ressenti : vous ne présidez pas le Conseil, vous l'utilisez pour atteindre les objectifs qui vous sont propres. »
Une crise qui dépasse désormais le dossier Gadisseux
Au-delà de la nomination du nouveau directeur de l'Information, cette lettre révèle une crise beaucoup plus profonde.
Alors que la RTBF devra prochainement désigner son futur administrateur général pour les six années à venir, définir sa stratégie et préparer le futur contrat de gestion, Axel Miller estime que le climat de confiance est désormais rompu. « Ma confiance dans le bon fonctionnement du Conseil sous votre présidence était gravement ébranlée », écrit-il.
Avant de conclure : « Je n'ai donc pas d'autre choix (...) que de démissionner de ce Conseil dysfonctionnel. »
Jusqu'ici, Joëlle Milquet a refusé de réagir aux attaques de Georges-Louis Bouchez et d'Axel Miller. “Souhaitant chercher des solutions constructives d’avenir pour la RTBF dans un climat apaisé, je me garde de faire des commentaires à ce stade”, a-t-elle répondu à nos confrères de La Libre.