Intelligence artificielle : les embauches de jeunes chutent de 28 % dans les métiers les plus exposés
Une étude de la Banque de France et d’HEC Paris révèle un net recul des recrutements de jeunes dans les professions les plus exposées à l’intelligence artificielle. Les métiers de bureau et les emplois compatibles avec le télétravail sont particulièrement concernés, sans que l’IA puisse encore être désignée comme l’unique responsable.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Selon la Banque de France et HEC Paris, les embauches de jeunes reculent de 28,3 % dans les métiers les plus exposés à l’intelligence artificielle.
L’intelligence artificielle commence-t-elle à fermer les portes du marché du travail aux jeunes diplômés ? Selon une étude publiée le 8 octobre par la Banque de France et le Laboratoire de l’innovation et du futur du travail d’HEC Paris, les embauches en CDI des 21-29 ans ont reculé de 28,3 % dans les métiers les plus exposés à l’IA générative, entre novembre 2022 et mars 2026. Dans les professions les moins exposées, la baisse n’atteint que 7,5 %.
Cet écart de près de 21 points suggère une transformation progressive du marché de l’emploi, qui affecterait d’abord les nouveaux entrants plutôt que les salariés déjà installés.
Les métiers de bureau en première ligne
Les professions les plus vulnérables sont celles dont une grande partie des tâches peut être accomplie ou assistée par des outils numériques : rédaction, traduction, programmation, analyse de données ou gestion administrative. Les métiers compatibles avec le télétravail présentent ainsi souvent une exposition importante à l’automatisation.
Le phénomène est particulièrement marqué dans l’informatique. Selon les chercheurs, les embauches en CDI des jeunes développeurs ont chuté de 42 % depuis novembre 2022. Mais la tendance dépasse largement ce secteur : même en excluant les développeurs des calculs, l’écart de recrutement entre les métiers les plus et les moins exposés demeure de 17 points de pourcentage.
Les chercheurs soulignent néanmoins que le télétravail, la hausse des taux d’intérêt et le ralentissement du secteur technologique après la pandémie ont également pu contribuer à cette évolution. Il n’est donc pas encore possible d’attribuer l’intégralité du recul des embauches à l’intelligence artificielle.
Moins d’embauches, mais pas de licenciements massifs
L’étude met surtout en évidence un phénomène de ralentissement du renouvellement des effectifs. Chez les 21-29 ans, les fins de contrat en CDI ont également diminué de 23 % dans les métiers les plus exposés, contre 6 % dans les autres.
Les entreprises semblent ainsi ajuster leurs besoins en limitant les recrutements et les départs, plutôt qu’en procédant à des suppressions massives de postes. Le contraste est particulièrement frappant entre les générations : l’écart de recrutement dépasse 20 points chez les moins de 30 ans, mais tombe sous les quatre points chez les salariés de plus de 50 ans.
Les chercheurs ont également étudié environ 6.000 entreprises, dont près de 600 déclarant utiliser intensivement l’intelligence artificielle. Ces dernières recrutent relativement moins de jeunes que les autres, sans que leurs effectifs totaux présentent pour autant une baisse statistiquement significative.
Une menace pour la formation des futurs salariés
Au-delà des recrutements, cette évolution pourrait bouleverser les parcours professionnels. Si les entreprises confient progressivement à l’IA les tâches traditionnellement réservées aux débutants, les jeunes risquent de disposer de moins d’occasions d’acquérir l’expérience nécessaire à leur progression.
Les auteurs soulignent toutefois que ce mécanisme n’est pas encore démontré en France. Leurs résultats établissent une corrélation entre exposition à l’IA et recul des recrutements, sans permettre d’en mesurer précisément le lien de causalité.
Une chose apparaît néanmoins : les premières transformations du marché du travail liées à l’essor de l’intelligence artificielle pourraient se manifester moins par la disparition des emplois existants que par la raréfaction des possibilités d’y accéder.