Kushner, ou la diplomatie privatisée de Trump
Entre missions diplomatiques sensibles, levées de fonds dans le Golfe et influence familiale au sommet de l’État, les Kushner incarnent mieux que quiconque la manière dont Donald Trump confond pouvoir, loyauté et affaires. Cette dynastie ne gravite pas autour de la présidence : elle en est devenue l’un des prolongements les plus opaques.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
— Le clan Kushner agit comme un pouvoir parallèle au sein du trumpisme, entre négociations stratégiques et réseaux familiaux.
— Les activités de Jared Kushner au Moyen-Orient nourrissent de lourds soupçons de conflits d’intérêts et de vulnérabilité politique.
— Avec Charles Kushner à Paris, c’est toute une diplomatie de cour, plus patrimoniale qu’institutionnelle, qui s’installe.
Dans les régimes classiques, la diplomatie relève d’un appareil d’État, d’une chaîne hiérarchique identifiable, de responsables investis d’un mandat clair et soumis à des règles. Dans l’univers trumpiste, elle ressemble de plus en plus à autre chose : une affaire de famille, de réseaux privés, de coups de téléphone, de relations personnelles et de deals. Jared Kushner en est l’incarnation la plus nette. Officiellement, il n’est presque rien. En pratique, il se retrouve au cœur des dossiers les plus explosifs, de Gaza à l’Iran, de l’Ukraine au Golfe. Il négocie, parle, sonde, transmet, arbitre parfois, sans avoir à rendre de comptes comme le ferait un secrétaire d’État ou un envoyé officiel pleinement institué.
C’est cela, au fond, qui frappe le plus. Le gendre du président ne se contente pas d’exister dans l’ombre du pouvoir ; il en exerce une part décisive sans en assumer les contraintes ordinaires. Il ne passe pas par les filtres habituels, ne dépend pas d’un appareil administratif classique, et ne s’inscrit pas dans la vieille grammaire de l’État. Il relève d’une autre logique, celle de Donald Trump lui-même : la confiance personnelle vaut mandat, la proximité familiale vaut légitimité, et l’absence de statut devient presque un avantage, puisqu’elle affranchit de plusieurs contrôles.
Une Maison-Blanche gérée comme une entreprise familiale
Le trait n’a rien d’une métaphore commode. Toute la structure du trumpisme de pouvoir confirme cette logique. On y voit les fonctions sensibles confiées à des proches, à des amis d’affaires, à des hommes de réseau plus qu’à des serviteurs de l’État. Jared Kushner n’est pas un accident dans ce dispositif ; il en est la pièce maîtresse. Son rôle ne procède pas seulement du népotisme au sens banal du terme. Il procède d’une conception patrimoniale du pouvoir, où la politique étrangère elle-même est absorbée dans un cercle de loyautés privées.
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