La France veut sauver ses châteaux, mais pousse-t-elle leurs propriétaires à les vendre ?
Toitures, normes, travaux, successions : conserver un château familial est devenu une entreprise ruineuse. En France, certains héritiers vendent désormais à des groupes hôteliers. Une solution qui sauve les murs, mais pose une question : peut-on préserver le patrimoine en chassant ceux qui l'ont transmis ?
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Accablés par le coût des travaux et de la transmission, des propriétaires vendent leurs châteaux familiaux. À leur place arrivent les hôtels de luxe.
Ils ont parfois traversé plusieurs révolutions, plusieurs monarques, des empires et des républiques, deux guerres mondiales, des occupations, des crises agricoles et plusieurs siècles de bouleversements politiques. Mais les vieux châteaux français pourraient bien buter sur un adversaire plus prosaïque : leur propre modèle économique.
Dans les vieilles familles qui les possèdent encore, hériter d'une grande demeure n'a plus nécessairement grand-chose d'un privilège. C'est recevoir avec les boiseries, les portraits et les hectares de parc une toiture à refaire, des kilomètres de câblage à surveiller, des huisseries anciennes, des jardins à entretenir et un bâtiment dont la moindre restauration peut prendre des proportions considérables.
Conséquence : certains héritiers vendent leurs propriétés familiales. Et, rapporte le Times, les acheteurs sont de plus en plus souvent des investisseurs capables de transformer ces propriétés fragiles en hôtels de luxe. La formule est économiquement séduisante : là où un château-musée doit attirer continuellement des visiteurs pour équilibrer ses comptes, un établissement hôtelier peut vendre toute l'année des chambres à plusieurs centaines d'euros la nuit. Le château est sauvé. Mais est-ce encore tout à fait le même château ?
Sauver les murs en transformant les lieux
Le problème n'est pas de caricaturer les investisseurs. Sans eux, certaines demeures seraient tout simplement condamnées.
La transformation en hôtel apporte précisément ce dont manque le patrimoine ancien : du capital. Chauffage, toiture, électricité, sécurité incendie, personnel, restauration des façades et des jardins coûtent une fortune. Et un bâtiment vide se dégrade souvent beaucoup plus rapidement qu'un bâtiment exploité.
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