Thomas Gadisseux (RTBF): « Beaucoup de journalistes de la rédaction ont le contact d’un directeur de CPAS, peu ont celui d’un grand patron wallon »
La question du manque de pluralisme au sein d'une RTBF qui pencherait trop à gauche revient souvent dans l'actualité. Thomas Gadisseux a donné une interview a deux médias ce week-end pour exposer notamment sa vision du pluralisme.
Publié par J.PE
En pleine polémique sur le sketch d’humoristique durant la conférence de presse de rentrée de la RTBF, son nouveau directeur de l’information a donné une interview à deux médias à savoir Le Soir et l’Echo pour expliquer sa vision de sa nouvelle mission et du pluralisme. Pour rappel, plusieurs médias ont annoncé porter plainte contre la RTBF qui a permis durant sa conférence de rentrée diffusée sur auvio, un sketch de Pierre Scheurette comportant une séquence signalant que « Thomas Gadisseux n’était ni le premier, ni le second ni le troisième choix du MR et donnant « 50 personnalités que le MR aurait préférées à Thomas Gadisseux » mêlant journalistes, élus du MR, assassin ou dictateur comme Poutine. Les amalgames colportés durant son sketch ont suscité un tollé. Le monde politique à la veille d’un conclave budgétaire important en communauté française est resté relativement discret sur l’épisode même si beaucoup en coulisse estiment que la ligne rouge a été définitivement franchie avec cette séquence. Le député Denis Ducarme a lui demandé l’organisation d’une commission d’enquête sur le financement et l’organisation du pluralisme au sein de la RTBF.
Interrogé par le Soir sur le fait que la RTBF serait jugé trop à gauche le nouveau directeur signale « Si on veut parler à tout le monde, il y a un travail à faire. Il faut mettre la question du pluralisme au cœur de chaque équipe. Il n’y a pas de pluralité des faits, mais le pluralisme des idées, j’en veux encore plus, bien évidemment. Je souhaite qu’on travaille davantage à la rédaction sur le cadrage de l’info. Quels sont les thèmes que nous mettons au cœur ? Un exemple : l’économie, ce n’est pas seulement parler de la casse sociale, même si c’est important d’en parler, mais il y a aussi un moteur derrière. On n’est pas juste des observateurs de ce que l’actualité nous amène, ce serait hypocrite. »
Interrogé par l’Echo aussi sur cette question du pluralisme à garantir à la RTBF, Thomas Gadisseux répond également en prenant l’exemple du traitement de l’information économique : « On met des marqueurs dans l’information qui n’existaient pas avant. L’économie est un bon exemple. Beaucoup de journalistes de la rédaction ont le contact d’un directeur de CPAS, peu ont celui d’un grand patron wallon. C’est une réalité dans nos rédactions. L’économie, ce n’est pas qu’un conflit social. Dans le cadrage de l’information, je crois qu’il y a un travail à faire. Pourquoi on parle de tel sujet et pas de tel autre ? »
Interrogé enfin par l’Echo avec une question très d’actualité à avoir si la RTBF n’entretient pas elle-même la critique avec des humoristes qui tirent toujours dans le même sens à savoir à gauche, Thomas Gadisseux répond d’une manière diplomatique montrant là qu’il maitrise parfaitement les codes de l’interview pour l’avoir lui-même pratiqué pendant des années : « La responsabilité des humoristes est à la hauteur de leur liberté, comme pour l’ensemble du personnel de la rédaction. Nous avons des réflexions sur la diversité de l’humour. Je suis aussi conscient que c’est extrêmement complexe dans un contexte de polarisation. Je ne souhaite pas que l’humour et l’audace, qui sont des valeurs de l’entreprise auxquelles je tiens, détériorent ou dévalorisent le travail de l’ensemble de la rédaction. C’est un point de vigilance chez moi. »
La suite de l'affaire Pierre Scheurette sera fort suivie dans les prochaines semaines. Plusieurs personnalités ont demandé des excuses publiques de l'entreprise de service public. Un conseil d'administration se réunira dans les prochaines semaines et le point devrait être à l'ordre du jour si la situation n'évolue pas d'ici là. Le CDJ va être lui de son côté saisi par un très large panel de médias.