L'accord avec l'Iran soulage les marchés, mais pas l'économie mondiale (analyse)
La perspective d’un accord entre Washington et Téhéran fait déjà reculer les prix de l’énergie et soutient les marchés financiers. Mais derrière le soulagement immédiat, la guerre en Iran a révélé une économie mondiale plus vulnérable, plus militarisée et plus dépendante des routes énergétiques.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
L’accord entre les États-Unis et l’Iran soulage les marchés, mais la guerre a durablement fragilisé l’économie mondiale.
Sommaire
- Le pétrole recule, les marchés respirent
- Un soulagement monétaire pour les banques centrales
- Le « dividende de paix » n’est pas un retour au monde d’avant
- Une économie mondiale plus militarisée
- La recomposition énergétique s’accélère
- Le Medef salue une bonne nouvelle, mais reste prudent
- Un répit plus qu’une paix économique
La perspective d’un accord entre les États-Unis et l’Iran produit déjà ses premiers effets sur les marchés. Après plusieurs mois de guerre, de flambée des prix de l’énergie et de paralysie partielle du détroit d’Ormuz, les investisseurs espèrent désormais un « dividende de paix » : baisse du pétrole, reflux des tensions inflationnistes, détente obligataire et rebond des actions.
Selon le Financial Times, Washington et Téhéran doivent se retrouver vendredi à Genève pour signer un mémorandum d’entente censé mettre fin au conflit et rouvrir le détroit d’Ormuz. Cette perspective a suffi à déclencher une nette détente sur les marchés. Le Wall Street Journal rapporte que le Dow Jones a clôturé à un niveau record, que le Nasdaq a progressé de 3,1 % et que le S&P 500 a gagné 1,7 %. En Europe, le Stoxx Europe 600 a lui aussi effacé ses pertes liées à la guerre pour atteindre un record.
Le pétrole recule, les marchés respirent
Le premier effet de l’accord est énergétique. Le Brent a reculé de près de 5 %, autour de 83 dollars le baril, même s’il reste encore au-dessus de son niveau d’avant-guerre, lorsqu’il évoluait autour de 70 dollars. Les prix du gaz européen ont également chuté. Pour les marchés, c’est un signal majeur : si le pétrole baisse, l’inflation peut refluer, les banques centrales peuvent éviter de relever davantage leurs taux, et les entreprises peuvent retrouver de meilleures perspectives de marges.
Edward Yardeni, président de Yardeni Research, rappelle dans le Financial Times que la consommation mondiale de pétrole représentait avant la guerre environ 105 millions de barils par jour. Avec un Brent autour de 65 dollars, la facture mondiale atteignait près de 2.500 milliards de dollars par an. La hausse d’environ 50 % provoquée par la guerre aurait alourdi cette facture de 1.300 milliards de dollars en rythme annuel. Aux États-Unis, les dépenses d’essence des ménages étaient passées d’environ 3.000 à 4.000 dollars par an, soit près de 100 milliards de dollars supplémentaires en rythme annuel.
La guerre a donc fonctionné comme une taxe mondiale sur la consommation. Sa fin, ou du moins son interruption, agit mécaniquement comme un allégement.
Un soulagement monétaire pour les banques centrales
La détente énergétique a aussi une conséquence directe sur les anticipations de taux. L’une des grandes craintes des investisseurs était que l’envolée du pétrole rallume durablement l’inflation et pousse la Réserve fédérale à relever encore ses taux. Or, si l’accord avec l’Iran tient et si Ormuz rouvre progressivement, la poussée inflationniste pourrait rester transitoire.
C’est précisément ce qui soutient les marchés obligataires. Le Wall Street Journal note que les rendements mondiaux se sont repliés et que les investisseurs voient désormais une probabilité plus élevée que la Fed ne relève plus ses taux d’ici la fin de l’année. Pour les actions, ce changement de perception est décisif : moins de pression sur les taux signifie généralement des valorisations plus élevées, surtout pour les secteurs de croissance comme la technologie et l’intelligence artificielle.
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