Le choix n’est pas entre les canadairs et le F-35. Il faut les deux, investir plus dans le régalien et moins ailleurs. L’argent magique n’existe pas.
Opposer les F-35 aux Canadairs est un faux débat : la Belgique doit financer ses missions régaliennes en faisant des choix budgétaires, car l’argent magique n’existe pas.
Publié par J.PE
Résumé de l'article
Le débat ne doit pas opposer les F-35 aux Canadairs, mais porter sur les priorités budgétaires de l’État belge. Police, pompiers, justice, renseignement, Défense et sécurité civile doivent être correctement financés en réduisant certaines dépenses ailleurs.
Il est assez savoureux de voir circuler des visuels de partis comme Ecolo, le PTB ou le PS opposant l’achat de F-35 à l’achat de canadairs pour la Belgique. Comme si la Belgique devait choisir entre pouvoir défendre son territoire et pouvoir lutter contre les incendies. Comme si chaque euro consacré à la Défense était nécessairement un euro qui ne pouvait pas être consacré aux pompiers. C’est un faux débat.
Le véritable choix est ailleurs : le choix est entre dépenser moins dans certains domaines et davantage dans le régalien. Car la Belgique n’est pas un pays pauvre. Elle est l’un des pays les plus riches du monde, mais également l’un des pays où la pression fiscale est la plus élevée. Comment est-il alors possible qu’avec un tel niveau de prélèvements, l’État belge semble régulièrement manquer de moyens précisément pour assurer ses missions fondamentales ?
En 2015, en pleine menace terroriste et après les attentats, la Belgique découvre les failles de ses services de police et de renseignement. En 2021, les inondations mettent en lumière les difficultés auxquelles sont confrontés les services de secours et la Protection civile. Avec la guerre en Ukraine, nous découvrons une armée belge qui a été pendant des années sous-financée et dont certaines capacités avaient été réduites au minimum. Et en 2026, alors que les incendies se multiplient, les pompiers réclament encore des moyens supplémentaires.
Le problème n’est donc pas de choisir entre un F-35 et un canadair. La Belgique commence enfin à respecter les critères d’investissement de l’Otan alors qu’elle en abrite le siège, cela montre le niveau de retard pris depuis des décennies.
Le problème est de savoir pourquoi un État qui prélève autant d’argent auprès de ses citoyens éprouve autant de difficultés à financer ses missions régaliennes. Police, pompiers, justice, renseignement, Défense, sécurité civile : ce sont pourtant les fonctions les plus élémentaires d’un État.
Depuis des années, le débat politique belge tourne davantage autour de la manière de préserver ou d’augmenter les dépenses existantes que de savoir lesquelles sont réellement prioritaires et de réduire les dépenses là où c’est possible. Il est devenu extrêmement difficile de toucher au nombre de fonctionnaires, au chômage, à certaines dépenses sociales, aux mécanismes d’indexation, aux subsides, aux structures institutionnelles ou encore au fonctionnement de nos administrations. Même lorsqu’il est question de rationaliser la lasagne institutionnelle belge ou de réduire le nombre de structures et d’élus, les résistances sont immédiates.
Il ne s’agit évidemment pas de supprimer l’État social. Une société moderne doit protéger ceux qui en ont besoin. Mais protéger notre modèle social ne signifie pas considérer chaque dépense comme sacrée et chaque réforme comme une attaque contre la solidarité. Il faut aussi être capable de déterminer ce que l’État doit absolument être capable de faire.
Et parmi ces missions, il y a protéger la population, assurer la sécurité, rendre la justice et défendre le territoire. Si nous voulons davantage de pompiers, davantage de policiers, davantage de magistrats, davantage de moyens pour la sécurité civile et davantage de capacités militaires, alors il faut accepter de faire des choix budgétaires.
C’est précisément là que le débat sur les F-35 et les canadairs devient révélateur. Oui, la Belgique doit pouvoir investir dans ses moyens de lutte contre les incendies. Oui, elle doit pouvoir donner aux pompiers et à la Protection civile les équipements dont ils ont besoin. Mais elle doit aussi être capable de défendre son espace aérien et de respecter ses engagements militaires. Pourquoi faudrait-il nécessairement opposer les deux en pleine période où les conflits mondiaux se multiplient ?
Le choix politique n’est donc pas « F-35 ou canadairs ». Le choix est de savoir si nous sommes prêts à réduire certaines dépenses ailleurs pour financer correctement les missions régaliennes. Et c’est précisément cette question que le débat politique évite trop souvent.
Car l’argent magique n’existe pas. Chaque euro dépensé pour une nouvelle politique doit venir de quelque part. Il peut venir d’une économie sur une autre dépense, d’une réforme, d’une suppression de dépenses moins prioritaires ou d’un impôt supplémentaire. Mais il ne peut pas apparaître par magie.
La Belgique doit donc enfin accepter un débat sur ses priorités. Voulons-nous un État qui dépense beaucoup partout, mais qui manque de moyens là où les citoyens ont besoin de lui dans les moments les plus graves ? Ou voulons-nous un État qui concentre davantage ses ressources sur ses missions essentielles ?
Les canadairs sont nécessaires ? Achetons-les. Les pompiers ont besoin de moyens ? Donnons-les-leur. La police, la justice, le renseignement et la Défense doivent être renforcés ? Faisons-le.
Mais ayons alors le courage de poser la vraie question : quelles dépenses sommes-nous prêts à réduire pour y parvenir ?
C’est ce débat-là que la Belgique devrait avoir. Pas celui, caricatural, qui consiste à opposer les canadairs aux F-35.