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Le droit international comme alibi de la lâcheté (Carte blanche)

par Contribution Externe

Une carte blanche de Melissa Amirkhizy, conseillère communale MR à Ganshoren.

Les humanistes de gauche occidentaux nous parlent de droit international comme d’un refuge moral. En réalité, ils l’utilisent comme un paravent, un mot magique pour ne pas agir, une posture confortable pour ne pas choisir. Ils réclament la nuance depuis leurs plateaux télé, leurs tribunes et leurs universités, pendant que d’autres vivent la prison, la faim, la torture et la peur au quotidien. Leur humanisme s’arrête toujours là où commence le courage. Ils exigent la patience des peuples opprimés, jamais celle des bourreaux. Ils appellent au calme face aux dictatures, jamais face à la révolte. Ils condamnent la chute d’un régime plus vite qu’ils n’ont jamais condamné ses crimes. Et surtout, ils découvrent la loi uniquement lorsque l’ordre qu’ils toléraient commence à s’effondrer. Ce double discours n’est pas de la prudence, c’est une lâcheté idéologique. L’histoire le montre sans exception, chaque fois que ces humanistes autoproclamés ont choisi la nuance plutôt que le courage, ce sont les dictateurs qui ont gagné du temps, jamais les peuples.

Un dictateur ne tombe pas par l’amour. Il ne tombe pas par des bougies, des hashtags ou des appels incantatoires à la paix. On répète aux peuples qu’ils doivent manifester, comme si la rue suffisait face à des régimes armés jusqu’aux dents. C’est l’hypocrisie absolue. Quand, dans l’histoire récente, un dictateur est-il tombé sans aide extérieure, sans pression internationale, sans rupture de ses réseaux de pouvoir ? Comment des civils désarmés peuvent-ils manifester les mains vides face aux balles, aux prisons, à la torture et aux exécutions ? Exiger des peuples qu’ils se sacrifient seuls, pendant que l’Occident leur donne des leçons de morale, n’est pas du pacifisme, c’est de la lâcheté déguisée en vertu. Un régime ne cède pas à la bonne volonté, il cède quand ses réseaux sont coupés, quand ses financements s’assèchent, quand ses alliances se brisent.

Dès que leurs dictateurs ou alliés idéologiques vacillent, le réflexe est toujours le même : on sort les drapeaux, on descend dans la rue et on insulte Israël et les Américains.

Il y a une vérité que ces donneurs de leçons refusent d’assumer. Si nous vivions sous une dictature, nous serions les premiers à espérer qu’on vienne nous libérer, sans nous demander si chaque article du droit international a été respecté. Quand on vit sous la botte, on ne débat pas de procédures, on veut survivre, respirer, être libre. Aucun prisonnier politique n’a jamais été sauvé par un communiqué. Aucun enfant n’a jamais été protégé par une résolution. Face à la torture, aux balles et aux fosses communes, le luxe de la légalité abstraite appartient toujours à ceux qui ne risquent rien.

La chute de Nicolás Maduro s’inscrit exactement dans cette logique. Elle n’est pas seulement celle d’un dictateur latino-américain, elle révèle un système plus vaste que beaucoup ont refusé de voir, l’utilisation du narcotrafic comme outil stratégique par des régimes idéologiques, au premier rang desquels la République islamique d’Iran.

Au cœur de ce système se trouve le Corps des gardiens de la révolution islamique, le IRGC. Officiellement force militaire, il est en réalité un État dans l’État. Il réprime la population iranienne, exporte la violence à l’étranger et finance l’expansion idéologique du régime. Contrairement au récit commode, ce ne sont pas les sanctions internationales qui l’ont poussé vers les économies criminelles. La drogue, les armes et le terrorisme ont toujours constitué le cœur de son modèle économique et de sa stratégie de pouvoir.

En Syrie, le régime de Bachar el-Assad n’a survécu que grâce au réseau du IRGC, patiemment construit et coordonné par Qasem Soleimani. Ce réseau repose sur des milices par procuration, des structures sécuritaires parallèles et des circuits de financement transnationaux. En échange, la Syrie s’est transformée en narco-État. Des membres de la famille Assad, intégrés aux appareils sécuritaires, ont été impliqués dans la production et l’exportation de stupéfiants, notamment le Captagon. Ces flux ont financé la survie du régime syrien, les opérations régionales de l’Iran et les groupes terroristes qui en constituent les bras armés.

Ce dispositif ne s’est pas limité au Moyen-Orient. Sous Maduro, le Venezuela est devenu un hub logistique majeur de cette économie parallèle. Routes aériennes, ports, faux passeports, protection politique, tout était en place pour permettre au narcotrafic de prospérer à l’échelle transatlantique. Là où l’État s’est effondré, le crime organisé a pris le relais avec la bénédiction du pouvoir. Le Venezuela n’était plus un simple allié idéologique de Téhéran, mais une plateforme financière et opérationnelle. Ces trafics constituent une économie structurée destinée à financer des milices, des groupes armés et des opérations de déstabilisation, de Beyrouth à Sanaa, de Damas à Kiev. Les drones, les missiles et les réseaux armés iraniens ne tombent pas du ciel, ils sont payés.

Derrière ces réseaux, il y a des peuples. Au Venezuela, l’oppression s’est incarnée dans la faim, l’exil et la peur, hôpitaux sans médicaments, enfants morts de malnutrition, millions de réfugiés, prisons pleines d’opposants torturés. En Iran, l’oppression est méthodique et assumée, femmes battues, arrêtées, violées pour un voile, adolescents pendus à des grues, prisonniers politiques effacés dans des fosses communes. Lors du soulèvement Femme Vie Liberté, des jeunes filles sortaient de détention en demandant comment éviter une grossesse après avoir été violées par leurs geôliers. Et puis il y a les ordres d’ouverture du feu, tirer sur des innocents dont le seul crime est de vouloir du pain, de la dignité, une liberté élémentaire. Voilà la réalité d’un régime que certains persistent à traiter comme un acteur respectable du droit international.

C’est ici que l’hypocrisie éclate au grand jour. Une partie de la gauche européenne reprend, consciemment ou non, le rôle que Ali Khamenei prétend jouer pour le monde musulman, une posture de faux protecteur des opprimés, une mise en scène permanente de la résistance, tout en fermant les yeux sur la répression, le terrorisme et le sang versé au nom de cette cause. Dès que leurs dictateurs ou alliés idéologiques vacillent, le réflexe est toujours le même : on sort les drapeaux, on descend dans la rue et on insulte Israël et les Américains. Jamais les bourreaux, toujours les mêmes cibles commodes. Bien au chaud dans leurs démocraties, ces ayatollahs gauchistes rouges expliquent ce qui serait bon pour ceux qui ont connu la prison, la peur et la dictature, pendant que des Iraniens crient mort au dictateur dans les rues et appellent à l’aide internationale.

La comparaison avec Saddam Hussein est volontairement malhonnête. Le problème n’a jamais été sa chute, mais le fait d’avoir laissé intacte la véritable matrice du chaos régional, la République islamique et ses réseaux, patiemment construits entre 1979 et la chute de Saddam. Dès son arrivée au pouvoir, Téhéran a instrumentalisé la religion et la cause palestinienne comme boucliers idéologiques afin de neutraliser les critiques et se protéger derrière le fameux droit international, trop souvent relayé sans esprit critique. Résultat, le vide laissé après Saddam n’a pas été causé par son renversement, mais par l’aveuglement stratégique qui a laissé prospérer les réseaux iraniens, aussitôt remplis par des milices financées par Téhéran.

Au fond, tout est là. C’est une question de pouvoir, de réseaux criminels et de courage politique. Quand un maillon tombe, Caracas aujourd’hui, demain peut-être Téhéran, les peuples applaudissent, espèrent, réclament de l’aide. Et pendant ce temps, les gauchistes occidentaux pleurent leurs dictateurs déchus. Logique implacable, les tyrans et leurs idiots utiles marchent toujours main dans la main. Dans ce théâtre cynique, la souffrance des peuples opprimés est devenue un fonds de commerce idéologique, un jeu de pouvoir où les victimes réelles comptent moins que le confort moral de ceux qui parlent en leur nom. Parce que la loi qui protège les bourreaux n’est pas de la justice, et le silence face à l’oppression n’est pas de la neutralité.

Melissa Amirkhizy, conseillère communale MR à Ganshoren

(Photo : Juan Barreto / AFP)

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