Le miracle indien se fissure : 370 millions de jeunes, mais pas assez d’emplois
Avec 370 millions de jeunes âgés de 15 à 29 ans, l’Inde devait transformer sa démographie en avantage décisif face à la Chine vieillissante. Mais derrière une croissance toujours spectaculaire, le pays peine à créer suffisamment d’emplois qualifiés.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
L’Inde affiche une croissance spectaculaire, mais sa jeunesse peine à en récolter les fruits. Avec 36 % de chômage chez les 20-24 ans et des concours entachés de fraudes, la génération qui devait porter le « miracle indien » commence à se retourner contre le système Modi.
Sommaire
- Les concours comme symbole d’un ascenseur social grippé
- 36 % de chômage chez les 20-24 ans
- Le paradoxe du miracle indien
- Beaucoup de croissance, pas assez d’usines
- Le « dividende démographique » peut se retourner
- Les erreurs économiques de Modi en accusation
- Modi rattrapé par la rue ?
- Le BJP a déjà reçu un avertissement
- Une superpuissance ne se construit pas seulement avec le PIB
Ce devait être l’un des grands avantages de l’Inde sur la Chine : une population immense, jeune, de mieux en mieux formée, capable de fournir pendant des décennies les travailleurs, consommateurs et entrepreneurs d’une nouvelle superpuissance.
Ce « dividende démographique » commence pourtant à révéler son envers. L’économie indienne continue de croître rapidement, mais pas assez de bons emplois avec elle. Et la génération qui devait porter le miracle indien commence à demander des comptes.
Lundi encore, dans l’État du Jharkhand, des milliers de jeunes ont marché vers le Parlement régional pour protester contre des irrégularités présumées dans les concours de recrutement de la fonction publique. La police a répondu avec des gaz lacrymogènes, des canons à eau et des matraques.
Ce nouvel épisode intervient à peine quelques semaines après une vague de manifestations massives à Delhi, qui avait déjà contraint le gouvernement de Narendra Modi à un rare recul.
Les concours comme symbole d’un ascenseur social grippé
L’étincelle est partie des examens. Des fuites de sujets et des soupçons de fraude dans les concours universitaires et administratifs ont provoqué une mobilisation d’abord limitée, puis beaucoup plus large. Le mouvement a fini par rassembler jusqu’à 50.000 jeunes dans les rues de Delhi, selon Reuters.
La contestation a pris une ampleur telle que le ministre de l’Éducation, Dharmendra Pradhan, a fini par démissionner en juillet. Le gouvernement a également accepté plusieurs revendications, notamment la mise en place de réformes du système d’examens. Mais le calme n’a pas duré, car pour une grande partie de la jeunesse indienne, ces scandales dépassent désormais la seule question de la fraude scolaire.
Dans un pays où des millions de jeunes se disputent un nombre insuffisant de bonnes places, truquer un concours revient à truquer l’ascenseur social lui-même. C’est exactement ce qui donne à la révolte actuelle sa puissance politique.
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