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Les Vénézuéliens iront probablement mieux. Mais le monde ? Et l’Europe ? (Carte blanche)

par Contribution Externe
Images/ABACAPRESS.COM

En géopolitique, plus personne ne peut aujourd’hui se réclamer d’une position morale ou éthique supérieure. Ni la Chine avec les Ouïghours (Taïwan suivra), ni la Russie avec l’Ukraine (les pays baltes ensuite), ni les États-Unis avec Maduro (le Groenland viendra), ni l’ensemble des événements survenus au cours de l’année écoulée.

Une carte blanche de Peter Vandekerckhove 1

Le monde est désormais régi par de grands pays, dotés de grandes armées, de capacités hybrides étendues et de dirigeants agressifs. Tout tourne autour du pouvoir, de l’argent, de la défense de son propre système face aux autres, et du maintien au pouvoir à l’intérieur de ses frontières.

Cette dynamique annule de facto toute démocratie véritable pour la prochaine décennie. Elle enterre le multilatéralisme, les alliances classiques et les institutions internationales. L’ONU et ses agences, la Banque mondiale et le FMI se retrouvent littéralement en lambeaux, à l’image de la Société des Nations après la Première Guerre mondiale.

Nous devrions soutenir sans ambiguïté le capitalisme et une social-démocratie accessible en Europe, cesser de dépenser de l’argent dans des domaines marginaux, accepter de travailler avec un large éventail de partenaires, sans perdre l’OTAN ni les États-Unis.

Le monde est désormais solidement divisé en hémisphères, et l’instabilité se concentrera sur leurs zones de contact. Cela ne laisse aucune place aux petites entités ni aux positions hésitantes. Il faut s’attendre à ce que cette logique imprègne les pratiques économiques et sociales à tous les niveaux. Les entreprises et l’économie seront de plus en plus pilotées par les États.

De nombreux pays d’Asie, du Moyen-Orient et d’Amérique du Sud n’ont d’ailleurs jamais manifesté un réel intérêt pour notre définition de la démocratie. Ils prospéreront dans cet environnement autoritaire. À la fin, l’Europe devra choisir. Elle devra placer ses intérêts avant ses principes sur la scène géopolitique et s’adapter au monde extérieur si elle veut préserver son propre système à l’intérieur de ses frontières.

Les États-Unis savent parfaitement que l’Europe n’est pas en mesure de s’émanciper seule et exploiteront ce levier au maximum. L’Europe doit apprendre rapidement à agir vite et de manière décisive : sur les alliances, les accords commerciaux, la défense, l’immigration, la discipline budgétaire, l’énergie, la technologie, l’innovation, la dérégulation et les institutions. Nous prenons trop de temps, nous sommes lents et trop conciliants.

Nous devrions soutenir sans ambiguïté le capitalisme et une social-démocratie accessible en Europe, cesser de dépenser de l’argent dans des domaines marginaux, accepter de travailler avec un large éventail de partenaires, sans perdre l’OTAN ni les États-Unis. Car nous ne pouvons pas nous le permettre durant cette première décennie. Il faut donc s’attendre à ce que le Groenland conclue une forme d’accord avec les États-Unis, avec le plein soutien de l’OTAN et de l’Europe… puis viendront les pays baltes. L’Ukraine, elle, est déjà scellée.

Sur les marchés, il faut s’attendre à ce que tout ce qui est porté par l’inflation prospère. Les taux d’intérêt à long terme ne baisseront pas (même si les taux courts américains le feront). La concentration des richesses entre les mains des centres de pouvoir et d’intérêt s’accélérera. Les inégalités continueront de se creuser. Les matières premières poursuivront leur hausse. Les dettes continueront d’augmenter, jusqu’à ce que les marchés refusent de financer cette montagne d’endettement, poussant alors les États-Unis et la Chine à imprimer massivement de la monnaie, avec l’aval implicite du reste du monde.

Pour l’instant, la musique continue de jouer, comme le disait autrefois Chuck Prince (vous vous souvenez ?). Beaucoup d’argent reste à gagner… ou à perdre.

Peter Vandekerckhove

(Images/ABACAPRESS.COM)

    1. Né à Roulers en 1959, Peter Vandekerckhove est un financier belge à la carrière internationale. Il débute comme journaliste économique au journal De Tijd, avant de diriger Fortis Retail Belgium puis plusieurs entités du groupe KBL (aujourd’hui Quintet). Il a siégé au top 25 du groupe BNP Paribas et à de nombreux conseils d’administration en Europe. Il préside ou conseille depuis 2019 des groupes comme ING Luxembourg, Beaulieu International, CapitalatWork et Vanheede. Il accompagne également des familles industrielles dans la structuration de leur patrimoine. Sa trajectoire mêle expertise bancaire, gouvernance stratégique et engagement sociétal. ↩︎

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