« L’hypocrisie a ses limites » : Bart De Wever charge Magnette et Di Rupo
Dans un climat politique de plus en plus tendu autour du dossier ukrainien, Bart De Wever a violemment attaqué le PS en commission parlementaire, accusant Paul Magnette de mise en scène médiatique et exhumant une déclaration controversée d’Elio Di Rupo. Une séquence révélatrice de la crispation du débat politique sur la guerre en Ukraine et du durcissement des échanges au sommet de l’État.
Publié par Demetrio Scagliola
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Résumé de l'article
> Bart De Wever accuse le PS d’instrumentaliser le Parlement pour des clips politiques destinés aux réseaux sociaux
> Le Premier ministre exhume une déclaration d’Elio Di Rupo jugée contradictoire avec la ligne actuelle du PS sur l’Ukraine
> Il défend sa position sur une « paix durable » et rejette toute complaisance envers la Russie
> L’épisode illustre une polarisation croissante du débat politique belge sur le conflit ukrainien
Visiblement très irrité, le Premier ministre Bart De Wever a profité ce mardi d'une commission parlementaire pour répondre aux attaques du PS concernant ses positions sur l’Ukraine. Entre dénonciation d’une mise en scène médiatique et rappel de citations embarrassantes d'Elio Di Rupo, le chef du gouvernement n’a pas mâché ses mots.
L’ambiance était électrique en commission parlementaire ce mardi. Alors que le président du PS, Paul Magnette, venait de l’interpeller sur ses déclarations jugées « hallucinantes » à propos du conflit russo-ukrainien, Bart De Wever a répliqué avec une virulence rare, déplorant d’abord l’attitude de son contradicteur, parti sitôt son intervention terminée.
« Je constate que cette commission est réduite à une simple plateforme pour enregistrer des clips destinés aux réseaux sociaux ; le Parlement se laisse dégrader par ce genre de spectacle »
Une « dégradation » du Parlement
Pour le Premier ministre, la manœuvre était purement électorale. « Je constate que cette commission est réduite à une simple plateforme pour enregistrer des clips destinés aux réseaux sociaux ; le Parlement se laisse dégrader par ce genre de spectacle », a-t-il lancé, soulignant que le député et sa camerawoman avaient quitté la salle dès la séquence enregistrée.
Mais c’est sur le fond du dossier ukrainien que Bart De Wever a porté ses coups les plus rudes. Accusé de faire le jeu de Vladimir Poutine en évoquant une paix durable, il a retourné l’accusation d’indécence contre le Parti Socialiste en exhumant une déclaration d'Elio Di Rupo datant du forum de Davos.
L’archive qui fâche : Di Rupo et la « facture » ukrainienne
Le Premier ministre a ainsi lu à haute voix les mots de l’ancien ministre-président wallon : « Le président [Zelensky] semble avoir fait son choix, les États-Unis, très bien. Mais alors que les choses soient claires : les Européens doivent cesser de payer la facture et arrêter de s'épuiser à vouloir faire entrer l'Ukraine dans l'Union européenne ».
Selon Bart De Wever, cette sortie de Di Rupo, qui réagissait à la frustration de Zelensky quant au soutien européen, était le véritable aveu de la position du PS : « On laisse tomber l'Ukraine comme une vieille chaussette et ils ne doivent plus rêver d'adhérer à l'Union européenne ».
Le droit de parler de « paix durable »
Défendant ses propres propos, le leader de la N-VA a maintenu qu'envisager une normalisation des relations après une guerre était une évidence diplomatique. « Qu'on m'explique quel est l'objectif de conclure une paix avec quelqu'un si ce n'est pas, à terme, de normaliser les relations ? », s'est-il interrogé, dénonçant un recadrage de ses propos visant à faire croire qu’il veut désormais « faire les yeux doux » au Kremlin.
Habitué aux tempêtes médiatiques — qu’il qualifie lui-même de « shitstorms » — Bart De Wever a conclu son intervention sur un ton sans appel : « Tenir des propos du niveau de ceux de Monsieur Di Rupo, pour ensuite venir me faire des reproches ici... L'hypocrisie a ses limites. Et là, ces limites sont largement dépassées ».