L'Iran peut-il tomber sans l'envoi de troupes au sol ?
Élu sur la promesse d’en finir avec les « guerres sans fin », Donald Trump se retrouve confronté à un dilemme stratégique majeur face à l’Iran : frapper fort sans s’enliser.
Publié par J.PE
Résumé de l'article
La guerre que livrent les États-Unis et Israël à l'Iran pourrait-elle aboutir à un changement de régime à Téhéran sans recourir à l'invasion terrestre ?
Depuis le début du conflit, les objectifs affichés par Washington oscillent entre neutralisation du programme nucléaire, affaiblissement durable des capacités militaires de Téhéran et encouragement implicite à un soulèvement populaire contre les mollahs. Officiellement, le secrétaire d’État Marco Rubio martèle que l’objectif central demeure d’empêcher l’Iran de disposer de l’arme nucléaire susceptible de menacer les États-Unis et leurs alliés régionaux.
Officieusement, le président américain laisse entendre qu’un changement de régime serait souhaitable si le peuple iranien décidait de saisir l’occasion. Mais une ligne rouge demeure : pas de déploiement massif de troupes terrestres comme en Irak ou en Afghanistan. Dans ces conditions, la question centrale s’impose : peut-on réellement faire tomber un régime uniquement depuis le ciel ?
Les frappes aériennes suffiront-elles ?
La stratégie actuelle repose sur l’obtention d’une supériorité aérienne totale. Il s’agit de détruire les systèmes de défense anti-aériens, d’interdire l’espace aérien aux forces iraniennes et de frapper à un rythme soutenu les centres de commandement, les bases de missiles et les infrastructures stratégiques afin d’empêcher toute reconstitution rapide des capacités militaires. Les responsables américains évoquent des milliers de cibles traitées en quelques jours, signe d’une intensité opérationnelle élevée. L’objectif est clair : isoler le régime, entraver son fonctionnement interne, limiter sa capacité de projection extérieure et créer un choc suffisamment profond pour fissurer son appareil de pouvoir.
Cependant, l’histoire militaire moderne invite à la prudence. En 1999, les bombardements de l’Otan contre la Serbie ont contraint Belgrade à se retirer du Kosovo, mais c’est une dynamique politique interne qui a finalement emporté Slobodan Milošević. En 2011, les frappes occidentales en Libye ont affaibli le régime de Kadafi mais ce sont des forces rebelles au sol qui ont concrètement renversé le pouvoir. Dans les deux cas, la puissance aérienne a préparé le terrain sans suffire à elle seule à provoquer l’effondrement politique. L’Iran, vaste territoire de 90 millions d’habitants, doté d’infrastructures dispersées et souvent enterrées, ne présente pas un profil plus simple. Un régime confronté à une menace existentielle tend souvent à resserrer les rangs plutôt qu’à se déliter sous la pression extérieure.
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