Matthieu Pigasse célèbre la décapitation de Louis XVI : « Le 21 janvier est un jour de fête »
Invité de Darius Rochebin, Matthieu Pigasse a affirmé considérer le 21 janvier, date de l'exécution de Louis XVI, comme « un jour de fête ». Le banquier voit dans la mort du souverain la naissance d'une France émancipée et confie son émotion devant les paroles de Saint-Just, figure de la Terreur révolutionnaire.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Matthieu Pigasse affirme considérer le 21 janvier, date de la mort de Louis XVI, comme un jour de fête et confie son émotion devant Saint-Just.
Sommaire
Le 21 janvier 1793, Louis XVI montait sur l'échafaud, place de la Révolution, à Paris. Plus de deux siècles après ce régicide, la date demeure pour beaucoup un moment tragique de l'histoire nationale. Pour Matthieu Pigasse, elle serait au contraire un motif de réjouissance.
Interrogé par Darius Rochebin dans Le Grand Entretien, le banquier et homme d'affaires a livré une profession de foi révolutionnaire particulièrement saisissante, allant jusqu'à revendiquer le caractère festif de l'anniversaire de l'exécution du dernier roi de France à avoir régné avant la chute de la monarchie en 1792.
«Je considère le 21 janvier, où on a coupé la tête de Louis XVI, comme un jour de fête.»
— Darius Rochebin (@DariusRochebin) October 21, 2026
L’importance de la décapitation du roi dans l’histoire politique de la France.
Écouter les deux avis. @MPigasse: «Tout assumer sans tout approuver. Je n’approuve pas la Terreur.»
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« J'ai toujours considéré le 21 janvier comme un jour de fête »
« Moi, j'ai toujours considéré le 21 janvier, qui était le jour anniversaire de la mort du roi, comme un jour de fête », déclare Matthieu Pigasse, avant de préciser qu'il assume entièrement cette position.
Moi, j'ai toujours considéré le 21 janvier, qui était le jour anniversaire de la mort du roi, comme un jour de fête.
Matthieu Pigasse
À ses yeux, la décapitation de Louis XVI représenterait « la naissance d'une France nouvelle », celle de la nation française et de son émancipation.
Une affirmation qui soulève une objection historique élémentaire : la France n'est pas née sur l'échafaud de Louis XVI. Bien avant 1793, elle possédait une histoire, une identité politique, des institutions, une langue de gouvernement et une conscience nationale progressivement constituée au fil des siècles. La monarchie capétienne, à partir de 987, avait joué un rôle déterminant dans la formation et l'unification du royaume.
Il est parfaitement possible de considérer la Révolution comme une étape majeure dans l'avènement de la souveraineté populaire. Il est autrement plus contestable de faire de l'exécution d'un homme désarmé et prisonnier le symbole indispensable de la naissance d'une nation.
Car ce 21 janvier n'est pas seulement une date institutionnelle. C'est celle de la mise à mort d'un souverain déchu, père de famille, dont le procès et la condamnation divisèrent profondément les révolutionnaires eux-mêmes.
Louis XVI, ce roi que l'on présente trop facilement comme un tyran
La célébration de son exécution repose implicitement sur une représentation de Louis XVI comme incarnation d'une oppression dont la France aurait dû se libérer par la mort.
Or, le portrait historique du souverain est infiniment plus complexe. Louis XVI ne fut ni un monarque sanguinaire ni un despote comparable aux figures les plus brutales de l'absolutisme européen. Son règne fut marqué par des tentatives de réforme, notamment l'abolition de la question préparatoire, forme de torture judiciaire, en 1780, puis de la question préalable en 1788. Il soutint également l'engagement français dans la guerre d'indépendance américaine.
Sa personnalité, souvent décrite comme hésitante, pieuse et soucieuse de ses devoirs, contraste singulièrement avec l'image d'un tyran assoiffé de sang.
Cela ne signifie pas que son règne soit exempt de responsabilités politiques. Ses résistances à certaines décisions révolutionnaires, sa fuite à Varennes et ses correspondances secrètes avec les puissances étrangères alimentèrent une crise de confiance majeure. Mais reconnaître ces faits ne contraint nullement à considérer sa décapitation comme une nécessité morale, encore moins comme un événement à célébrer.
Le ministère français de la Justice rappelle lui-même, dans son dossier historique consacré au procès de Louis XVI, que la procédure demeure contestable au regard des règles juridiques de l'époque. Les députés de la Convention furent simultanément acteurs du conflit politique et juges du souverain qu'ils avaient renversé.
Quant à la condamnation à mort, elle fut loin de faire l'unanimité : sur 721 votants, 361 se prononcèrent pour la mort sans condition, auxquels s'ajoutèrent 26 voix favorables à la mort mais assorties d'une demande de discussion sur son éventuel report.
Loin de l'image d'une nation unanimement soulagée de voir tomber la tête de son roi, l'exécution du 21 janvier 1793 fut donc l'aboutissement d'un choix politique profondément disputé.
La Révolution serait « un bloc » : jusqu'où faut-il tout assumer ?
Matthieu Pigasse invoque ensuite la célèbre formule de Georges Clemenceau selon laquelle la Révolution française formerait « un bloc ». —« Je ne fais aucune dissociation entre 89, la mort du roi, 93, c'est-à-dire la Terreur », explique-t-il.
L'homme d'affaires prend soin de préciser qu'il n'approuve pas la Terreur et qu'il est possible, selon lui, de tout assumer sans tout approuver. Cette distinction doit être entendue. Elle n'efface toutefois pas la question que soulève son raisonnement : pourquoi faudrait-il considérer la décapitation de Louis XVI comme indissociable des conquêtes politiques de 1789 ?
La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen avait été adoptée en août 1789. La monarchie constitutionnelle fut instaurée en 1791. La République elle-même fut proclamée en septembre 1792, quatre mois avant l'exécution du roi.
Ni les droits de l'homme, ni la souveraineté nationale, ni même la proclamation de la République n'ont donc attendu que Louis XVI soit guillotiné pour exister. La thèse selon laquelle l'émancipation française aurait eu besoin de cette mort ne tient pas.
Saint-Just, l'homme qui émeut Matthieu Pigasse
L'entretien prend une tournure plus surprenante encore lorsque Matthieu Pigasse confie son admiration pour certaines paroles de Saint-Just, l'une des grandes figures du gouvernement révolutionnaire et de la Terreur. « Je suis profondément ému par des phrases de Saint-Just », explique-t-il, avant d'évoquer notamment la célèbre formule : « Le bonheur est une idée neuve en Europe. »
Il faut rappeler qui fut Saint-Just. Membre du Comité de salut public, proche de Robespierre, il participa à la politique d'exception mise en œuvre pendant la Terreur. Il fut aussi l'un des défenseurs les plus déterminés de la condamnation du roi.
Ses discours, souvent empreints d'un idéalisme exalté, ne sauraient être séparés de son action politique. L'ambition de régénérer la société et de faire advenir le bonheur collectif s'est accompagnée, dans la pratique révolutionnaire, d'une répression impitoyable des ennemis désignés de la République.
Il est évidemment permis d'être sensible à la puissance littéraire ou philosophique de certaines formules de Saint-Just. Mais leur beauté proclamée ne dispense pas d'examiner ce qu'elles ont côtoyé dans l'histoire : tribunaux d'exception, condamnations politiques et exécutions.
« Donc Matthieu Pigasse est pour la peine de mort ? »
Les propos du banquier ont inspiré une remarque ironique au journaliste Jean-Dominique Merchet, qui s'est demandé sur X si Matthieu Pigasse était, dès lors, favorable à la peine de mort.
La boutade met le doigt sur une contradiction apparente : comment célébrer publiquement l'exécution capitale d'un homme tout en se réclamant d'un idéal contemporain d'émancipation et de droits fondamentaux ?
Tiens, @MPigasse est pour la peine de mort. https://t.co/KPgbqx0A7c
— jean-dominique merchet (@jdomerchet) October 21, 2026
Il serait excessif d'en déduire que Matthieu Pigasse défend aujourd'hui le rétablissement de la peine capitale. Mais la question souligne la différence entre reconnaître la portée historique d'un événement et en faire personnellement un motif de fête.
Deux cent trente-trois ans après la mort de Louis XVI, chacun demeure libre de porter sur la Révolution française le jugement historique et politique qu'il souhaite. Il existe cependant une différence fondamentale entre célébrer la fin de la monarchie absolue, l'avènement des libertés publiques ou la naissance de la République, et se réjouir expressément de la décapitation d'un homme.