« Il a sali sa fonction » : cinq ans d'inéligibilité immédiate requis contre Sébastien Delogu
Le député LFI Sébastien Delogu risque une lourde sanction judiciaire. Poursuivi pour avoir diffusé des documents privés volés à un ancien responsable du Crif, l'élu marseillais a fait l'objet de réquisitions sévères : deux ans de prison avec sursis, 10 000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire. Verdict le 11 décembre.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Cinq ans d'inéligibilité immédiate, deux ans de prison avec sursis et 10.000 euros d'amende requis contre Sébastien Delogu. Verdict le 11 décembre.
Les ennuis judiciaires s'accumulent pour Sébastien Delogu. Mercredi 21 octobre, devant le tribunal correctionnel de Marseille, le parquet a requis une peine de cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire contre le député de La France insoumise (LFI). Une sanction qui, si elle était prononcée, pourrait compromettre sérieusement son avenir politique.
La procureur Audrey Jouaneton n'a pas ménagé le parlementaire, accusé d'avoir diffusé sur les réseaux sociaux des documents personnels dérobés à un chef d'entreprise marseillais. Elle a estimé qu'il avait « définitivement franchi la ligne rouge » et « sali sa fonction » de député. Le ministère public a également réclamé deux ans de prison avec sursis et 10.000 euros d'amende.
Des documents privés volés puis diffusés sur Instagram
L'affaire remonte à septembre 2024, sur fond de conflit social au sein de Laser Propreté, une entreprise chargée notamment du nettoyage de la gare Saint-Charles de Marseille.
Le 19 septembre, des grévistes investissent le bureau d'Isidore Aragones, alors récemment nommé à la tête de l'entreprise. Cet ancien bâtonnier de Marseille, également ancien président local du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), affirme avoir été séquestré pendant plusieurs heures. Des documents personnels, des correspondances privées et d'autres effets lui sont dérobés.
Cinq jours plus tard, certains de ces documents apparaissent sur un compte Instagram lié à Sébastien Delogu.
Parmi eux figurent des échanges concernant un projet de déplacement d'Isidore Aragones en Israël, où celui-ci souhaitait exprimer sa reconnaissance à l'armée israélienne. Le député insoumis, engagé dans la défense de la cause palestinienne, avait alors publiquement dénoncé ces liens.
Sébastien Delogu est poursuivi notamment pour recel de biens provenant d'un vol, divulgation d'informations personnelles susceptibles d'exposer une personne à un risque direct et atteinte au secret des correspondances. L'enquête n'a pas permis d'identifier l'auteur du vol, et le député n'est pas accusé d'avoir personnellement dérobé les documents.
« Il a été jeté en pâture »
À l'audience, Isidore Aragones a décrit les conséquences de cette exposition publique sur sa vie personnelle et celle de ses proches. « J'ai été mis en danger, j'ai toujours peur qu'il m'arrive quelque chose », a-t-il déclaré, reprochant au député d'avoir fait de lui une cible.
La procureur a dénoncé l'instrumentalisation d'un conflit social pour exposer publiquement un homme en raison, selon elle, de son appartenance à la communauté juive et de ses positions sur Israël.
Elle a également insisté sur la portée des publications diffusées par un parlementaire disposant d'une importante audience sur les réseaux sociaux. Pour le ministère public, l'élu aurait utilisé la visibilité attachée à son mandat d'une manière incompatible avec ses responsabilités. L'avocat du plaignant, Dominique Mattei, a pour sa part dénoncé un homme « jeté en pâture ».
Delogu présente ses excuses et invoque de mauvais conseils
Devant les juges, Sébastien Delogu a largement fait usage de son droit au silence. Il a néanmoins présenté ses excuses à Isidore Aragones, reconnaissant avoir commis des « erreurs » et des « maladresses ».
Le député a expliqué avoir agi dans l'urgence et avoir été « peut-être mal conseillé ». Il a assuré n'avoir jamais voulu mettre en danger le chef d'entreprise ou sa famille. Il a également contesté toute intention de stigmatiser la communauté juive.
Son avocat, Yones Taguelmint, a dénoncé les approximations du dossier et plaidé contre une peine d'inéligibilité, soulignant le rôle politique que son client joue auprès des habitants des quartiers nord de Marseille.
Un nouveau rendez-vous judiciaire en novembre
Ce procès s'inscrit dans une série de démêlés judiciaires pour le député insoumis. En février 2025, Sébastien Delogu avait déjà été condamné à 5.000 euros d'amende pour des violences aggravées commises à l'encontre de personnels de l'Éducation nationale.
Il doit également comparaître le 13 novembre dans une autre affaire, notamment pour outrage à des policiers.
La décision du tribunal correctionnel de Marseille est attendue le 11 décembre. Si les juges suivent les réquisitions du parquet et prononcent une inéligibilité assortie de l'exécution provisoire, celle-ci pourrait produire ses effets sans attendre l'issue d'un éventuel appel.