Mexique : Claudia Sheinbaum prise au piège de la méthode Trump
En multipliant les concessions sécuritaires pour éviter une crise avec Washington, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a durci la guerre contre les cartels. Mais la mort de deux agents américains lors d’une opération non autorisée au Chihuahua révèle le prix politique de cette stratégie : satisfaire Donald Trump sans humilier le Mexique ni fracturer sa propre base.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Claudia Sheinbaum durcit la guerre contre les cartels pour apaiser Donald Trump, mais les tensions avec Washington fragilisent sa ligne souverainiste.
Claudia Sheinbaum pensait peut-être avoir trouvé la formule. Face à Donald Trump, dont les menaces tarifaires et militaires pèsent directement sur l’économie et la souveraineté du Mexique, la présidente mexicaine avait choisi une ligne de froideur stratégique : ne pas céder à la surenchère verbale, éviter l’affrontement public, donner des gages concrets à Washington sur les dossiers migratoire, douanier et sécuritaire. Pendant plusieurs mois, cette méthode a pu passer pour une réussite. Elle avait déployé la Garde nationale à la frontière, durci la lutte contre les cartels, multiplié les extraditions de narcotrafiquants vers les États-Unis, tout en répétant qu’il fallait « garder son sang-froid » face au président américain.
Mais cette diplomatie de l’apaisement rencontre aujourd’hui sa limite. La mort de deux agents américains, identifiés par la presse comme membres de la CIA, dans un accident de voiture survenu après une opération antidrogue dans l’État de Chihuahua, a brutalement ramené au premier plan la question la plus inflammable de la relation entre les deux pays : jusqu’où le Mexique peut-il coopérer avec Washington sans donner le sentiment de renoncer à sa souveraineté ?
La souveraineté mexicaine mise à l’épreuve
L’affaire est explosive. Selon les autorités mexicaines, les agents américains présents dans cette opération n’étaient pas accrédités pour participer à des activités de sécurité sur le territoire national. L’un d’eux serait même entré au Mexique comme simple visiteur. Or la loi mexicaine interdit aux agents étrangers de prendre part à des opérations sur son sol. Claudia Sheinbaum a donc adressé une note diplomatique à l’ambassade des États-Unis, demandant des explications et rappelant que la coopération devait se faire « dans le cadre de nos lois ».
La formule est prudente. Elle dit tout de l’équilibre que cherche la présidente mexicaine. D’un côté, elle ne peut pas laisser croire que des agents américains opèrent au Mexique sans contrôle fédéral. De l’autre, elle ne veut pas transformer l’incident en crise ouverte avec Washington. « Nous ne souhaitons pas entrer en conflit avec les États-Unis, a-t-elle insisté, tout en affirmant que la souveraineté mexicaine n’était pas négociable ».
La retenue n’a pourtant pas suffi à Washington. La Maison-Blanche a aussitôt rappelé que le Mexique devait « redoubler d’efforts » contre les cartels, laissant entendre que les concessions déjà consenties par Mexico ne suffisaient toujours pas. C’est tout le paradoxe de la relation Trump-Sheinbaum : chaque geste d’apaisement semble aussitôt susciter une exigence supplémentaire.
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