Près de 40 ans après l'avoir abandonné, l'Italie relance le nucléaire
Sortie du nucléaire après la catastrophe de Tchernobyl puis confortée dans ce choix après Fukushima, l'Italie s'apprête à renouer avec l'atome. Le gouvernement de Giorgia Meloni entend miser sur une nouvelle génération de petits réacteurs afin de réduire la dépendance énergétique du pays et de renforcer sa souveraineté.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Près de quarante ans après avoir fermé ses centrales à la suite du référendum organisé après Tchernobyl, l'Italie s'apprête à relancer le nucléaire sous l'impulsion de Giorgia Meloni.
L'Italie s'apprête à tourner l'une des plus importantes pages de sa politique énergétique. La semaine prochaine, le Sénat devrait adopter une loi-cadre ouvrant la voie au retour du nucléaire civil, près de quarante ans après le référendum de 1987 qui avait conduit à l'arrêt progressif des centrales italiennes à la suite de la catastrophe de Tchernobyl.
Un second référendum, organisé après l'accident de Fukushima en 2011, avait ensuite confirmé le rejet de cette technologie par une très large majorité des électeurs.
La souveraineté énergétique comme priorité
Pour Giorgia Meloni, le contexte a profondément changé.
La guerre en Ukraine, la flambée des prix de l'énergie et les tensions géopolitiques, notamment autour du détroit d'Ormuz, ont mis en évidence la vulnérabilité énergétique de l'Italie, très dépendante des importations de gaz et d'électricité.
Aujourd'hui, Rome souhaite développer des petits réacteurs modulaires (SMR), présentés comme plus souples, plus sûrs et plus rapides à déployer que les centrales nucléaires traditionnelles.
« C'est comme si la France avait trois réacteurs nucléaires en service pour l'Italie depuis plus de trente ans », résume l'analyste italien Davide Tabarelli, cité par Politico, pour illustrer la dépendance italienne vis-à-vis des importations d'électricité françaises.
Une relance qui prendra du temps
Même si le texte est adopté, le retour de l'atome ne sera pas immédiat.
Le gouvernement devra d'abord mettre en place une nouvelle autorité de régulation, définir les règles de gestion des déchets radioactifs et élaborer l'ensemble du cadre juridique avant de pouvoir délivrer les premières autorisations de construction.
Le processus devrait prendre plusieurs années avant le lancement effectif d'un premier chantier.
Parmi les entreprises prêtes à se positionner figure notamment Newcleo, société franco-italienne qui développe des petits réacteurs utilisant du combustible recyclé. Son dirigeant, Stefano Buono, affirme déjà recevoir des demandes d'industriels souhaitant sécuriser leur approvisionnement électrique.
Un débat loin d'être clos
Le projet ne fait toutefois pas l'unanimité.
Les industriels favorables aux énergies renouvelables estiment que les priorités devraient être ailleurs. Selon le Financial Times, près de 130 gigawatts de projets solaires et éoliens attendent toujours une autorisation administrative en Italie, soit une capacité théorique supérieure à celle du parc nucléaire français.
Le gouvernement répond que la géographie italienne limite le développement massif des énergies renouvelables.
« L'Italie est un pays dont les deux tiers sont vallonnés ou montagneux. On ne peut pas la recouvrir de panneaux solaires et d'éoliennes », a récemment déclaré le ministre de l'Environnement Gilberto Pichetto Fratin.
Malgré ce changement de cap, les enquêtes d'opinion montrent qu'une partie importante de la population demeure prudente à l'égard du nucléaire, près de quatre décennies après l'abandon de cette technologie. Le débat, qui semblait clos depuis Tchernobyl, est désormais pleinement rouvert.