Proximus taille dans ses effectifs : 1.200 postes en moins d’ici 2030 et un signal d’alarme pour le modèle
Proximus entre dans une nouvelle phase de sa transformation, et le signal envoyé est doublement brutal. L’opérateur télécom, détenu majoritairement par l’État belge, prévoit de supprimer 1.200 équivalents temps plein d’ici 2030. Dans le même temps, son action a plongé en Bourse, perdant jusqu’à plus de 20 % en séance après l’annonce de ce plan stratégique. Derrière les formules de « simplification et d’efficacité » c’est tout un modèle qui se retrouve sous pression.
Publié par Harrison du Bus
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Résumé de l'article
L’opérateur télécom Proximus, détenu majoritairement par l’État belge, prévoit de réduire ses effectifs de 1.200 équivalents temps plein d’ici 2030, principalement via des départs naturels et des mises à la retraite non remplacées. Cette annonce s’inscrit dans un plan stratégique visant à renforcer l’efficacité et à accélérer la digitalisation, notamment grâce à l’intelligence artificielle. Malgré un chiffre d’affaires en légère hausse à 6,6 milliards d’euros en 2025, le bénéfice net a reculé de 11 %, tandis que la branche internationale a subi une dépréciation de 275 millions d’euros. Les marchés ont sévèrement sanctionné ces annonces, l’action chutant de plus de 20 %, sur fond de réduction du dividende et d’incertitudes persistantes sur la rentabilité future du groupe.
À la fin de l’an dernier, Proximus employait environ 13.000 personnes. La diminution nette annoncée représente donc près de 10 % de l'effectif actuel. La direction assure qu’il n’y aura pas de licenciements secs et que la réduction se fera « sans perturbation sociale », en s’appuyant principalement sur les départs naturels et les mises à la retraite.
Selon les projections internes, environ 800 collaborateurs partiront à la retraite dans les prochaines années. L’entreprise ne remplacera qu’une partie de ces départs. La RTBF précise qu’un tiers seulement des départs seraient compensés. À cela s’ajoute le turnover naturel, c’est-à-dire les salariés qui quittent l’entreprise de leur propre initiative. On parle de la possibilité de licenciements économiques ciblés, mais présentés comme marginaux.
Les fonctions commerciales et certains métiers techniques jugés stratégiques, comme les soudeurs ou les profils difficiles à recruter, ne seraient pas concernés. Ce sont plutôt les postes qualifiés de « non essentiels » qui seraient appelés à disparaître.
IA, simplification et pression sur les marges
La direction, emmenée par le CEO Stijn Bijnens depuis septembre dernier, inscrit cette décision dans un plan plus large visant à faire de Proximus, d’ici 2030, un « champion des infrastructures digitales ». L’entreprise veut « réinventer son mode de fonctionnement » en misant sur la simplification des processus et sur l’intelligence artificielle afin de réduire la charge de travail et d’augmenter l’efficacité.
Le contexte financier explique en partie cette inflexion. En 2025, Proximus a réalisé un chiffre d’affaires de 6,6 milliards d’euros, en légère hausse d'1,2 % par rapport à l’année précédente. Mais le bénéfice net a reculé de 11 %, à 398 millions d’euros. Surtout, la branche internationale a récemment subi une dépréciation de 275 millions d’euros, révélant des difficultés structurelles.
Le marché n’a pas été convaincu. L’action s’est effondrée dès l’ouverture, passant de 8,31 euros à 6,56 euros en cours de séance. Les investisseurs semblent avoir interprété ces annonces non comme un simple assainissement, mais comme le symptôme d’une entreprise confrontée à une pression durable sur ses marges.
Dividendes en baisse et gouvernance sous tension
Autre élément significatif : la réduction du dividende. Pour l’exercice 2025, les actionnaires percevront 0,60 euro brut par action. Ce montant sera ramené à 0,30 euro pour l’exercice 2026, avant une remontée progressive envisagée en 2027 et 2028. Ce signal de prudence financière ajoute à la défiance boursière.
La séquence intervient aussi dans un contexte de transition à la tête de l’entreprise. Après le départ de Guillaume Boutin en 2025, Stijn Bijnens a pris les rênes. La présidence doit également changer cette année, sur fond de débats politiques autour de la gouvernance d’un groupe où l’État reste actionnaire majoritaire.
Une question de fond pour l’actionnaire public
La suppression de 1.200 postes sur cinq ans ne constitue pas un plan social classique. Elle est étalée, graduelle, et officiellement maîtrisée. Mais elle marque un tournant. Proximus, longtemps perçue comme un bastion public relativement stable, s’aligne désormais sur une logique d’optimisation continue, où l’IA et la réduction des coûts deviennent des axes centraux.
Pour l’État-actionnaire, la question dépasse le seul rendement financier. Elle touche au rôle stratégique d’un opérateur clé dans les infrastructures numériques du pays. La transformation est sans doute nécessaire pour rester compétitif dans un secteur en mutation rapide. Mais elle pose une interrogation plus large : comment concilier ambition technologique, exigence boursière et responsabilité sociale, quand l’entreprise publique adopte les codes les plus stricts du capitalisme contemporain ?
Le plan Proximus est présenté comme une modernisation. Il est aussi, objectivement, un ajustement douloureux. Et la réaction des marchés montre qu’il ne suffira pas, à lui seul, à restaurer la confiance.