Quand le progrès se défie du peuple : la tentation post-démocratique de Geoffroy de Lagasnerie
À l’occasion de la parution de L’Âme noire de la démocratie (Flammarion), Geoffroy de Lagasnerie propose un geste théorique radical : sortir du cadre démocratique pour sauver ce qu’il estime être l’idéal progressiste. Une position qui, sous ses airs de lucidité intellectuelle, repose sur un déplacement discret mais décisif : le peuple n’est plus la source ultime de la légitimité, seulement un acteur parmi d’autres — parfois encombrant.
Publié par Harrison du Bus
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Résumé de l'article
À travers son dernier essai L’Âme noire de la démocratie, Geoffroy de Lagasnerie avance l’idée qu’il faudrait sortir du cadre démocratique pour produire un régime plus rationnel et plus juste, substituant à la légitimité électorale une légitimité fondée sur les droits et la connaissance ; une position qui, en faisant du suffrage un mécanisme acceptable seulement lorsqu’il confirme l’idéal progressiste, révèle la tentation d’un pouvoir moralement légitimé mais détaché du consentement populaire.
La thèse est désormais connue. Pour Geoffroy de Lagasnerie, la démocratie ne serait pas en panne ; elle fonctionnerait exactement comme prévu — et c’est précisément le problème. Si les urnes produisent des politiques jugées inégalitaires, répressives ou conservatrices, c’est que le mécanisme lui-même est vicié.
Invité de Radio France, le philosophe affirme que la souveraineté populaire, la volonté générale ou la primauté du vote relèvent « d'abstractions » qui empêchent de gouverner selon des impératifs plus élevés tels que les droits individuels, la rationalité, la connaissance. Le renversement est net : la démocratie n’est plus la condition du progrès, elle en devient le frein potentiel.
Le peuple, figure noble… mais peu fiable
Le cœur du raisonnement tient en une observation que Lagasnerie formule lui-même : les aspirations populaires apparaissent aujourd’hui « plutôt conservatrices ».
À partir de là, le problème cesse d’être stratégique — comment convaincre, transformer, persuader — pour devenir institutionnel : faut-il encore faire dépendre la décision politique du vote majoritaire ? On touche ici à un point d’inflexion. Le peuple est célébré lorsqu’il incarne la révolte, la rue, l’émancipation ; il devient suspect lorsqu’il s’exprime dans les urnes et contredit l’idéal progressiste.
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