« Sauve un enfant, poignarde un touriste israélien » : l’inscription glaçante découverte par Shannon Seban à Athènes
Après avoir recueilli des propos justifiant le Hamas lors d'une manifestation pro-palestinienne à Athènes, Shannon Seban publie le deuxième volet de son immersion. Appel à « poignarder un touriste israélien », défense de la violence et fantasme d'un contrôle « du monde » par les sionistes : l'élue annonce saisir la police grecque.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
À Athènes, Shannon Seban filme un appel à « poignarder un touriste israélien » et recueille un discours affirmant que les « sionistes » contrôlent médias, UE, OTAN et veulent « conquérir le monde ». Elle annonce saisir la police grecque.
Le premier volet était déjà difficile à entendre. Le second franchit encore un degré. Après s'être rendue au cœur d'une manifestation pro-palestinienne organisée à Athènes lors du « Jour de la colère », Shannon Seban dévoile de nouvelles images de son reportage. Elle dit y avoir documenté « justification du terrorisme, clichés antisémites et détournement de la mémoire de la Shoah » et annonce, devant la gravité des éléments recueillis, son intention de saisir la police hellénique.
Et cette fois, il ne s'agit pas seulement de slogans ambigus ou d'une discussion sur la politique du gouvernement israélien. À quelques mètres de la place Monastiraki, en plein centre d'Athènes, Shannon Seban filme une inscription particulièrement explicite sur un mur : « Save a child, stab an Israeli tourist ». En français : « Sauve un enfant, poignarde un touriste israélien. »
La cible n'est donc même pas ici un gouvernement ou une armée. C'est un touriste israélien au hasard, désigné comme cible d'une attaque au couteau en raison de sa nationalité.
PARTIE 2 - Mon infiltration dans une manifestation pro-palestinienne à Athènes, lors du « Jour de la colère » : entre justification du terrorisme, clichés antisémites et détournement de la mémoire de la Shoah.
— Shannon Seban (@ShannonSeban) August 13, 2026
Des propos qui glacent le sang. Face à la gravité de ce que j’ai… pic.twitter.com/Vtsx9NTiG2
« Nous soutenons le Hamas »
Les échanges filmés dans la manifestation ne dissipent guère le malaise. « Ce qui se passe à Gaza, c'est une sorte d'Holocauste », affirme d'abord un manifestant.
Un autre — ou le même interlocuteur selon le montage de la séquence — déclare ensuite : « Nous soutenons le Hamas. — Pourquoi ? — Parce qu'il se bat pour libérer la Palestine. »
Shannon Seban lui demande alors s'il ne considère pas l'organisation comme violente, voire terroriste. La réponse est sans détour : « Il faut utiliser la violence pour être libre. »
Plus loin, lorsqu'elle rappelle que quelque 1.200 personnes ont été tuées lors des attaques du 7 octobre 2023, elle reçoit encore cette réponse : « Il faut utiliser la violence. »
La discussion pourrait s'arrêter à cette justification assumée de la violence. Mais elle bascule alors dans un tout autre registre.
« Ils contrôlent les médias, ils ont corrompu le Parlement américain »…
L'un des interlocuteurs développe devant la caméra une véritable litanie complotiste. Ce que fait le Hamas ne serait qu'un « minuscule grain de sable », explique-t-il avant de s'en prendre au « sionisme ».
Puis viennent les accusations : les sionistes seraient de brillants politiciens, posséderaient « tous les médias et toutes les plateformes sociales ». Parmi les milliardaires, poursuit-il, la plupart des « sionistes » contrôleraient le monde.
Ils auraient « corrompu le Parlement américain », contrôleraient « l'Union européenne, l'Otan, les médias et les plateformes sociales ».
Et la conclusion tombe : « Ils veulent conquérir le monde. » Difficile, à ce stade, de réduire ces propos à une critique radicale du gouvernement israélien.
Un très vieux mythe sous un vocabulaire nouveau
Car cette représentation d'un groupe occulte, immensément riche, contrôlant simultanément la presse, la finance et les gouvernements pour étendre secrètement sa domination mondiale appartient à l'un des répertoires les plus anciens du complotisme antisémite. Les mots évoluent ; la mécanique demeure.
Pendant des siècles, les Juifs ont été accusés des calamités les plus diverses. Au Moyen Âge circulaient les accusations de profanation d'hosties, de meurtres rituels ou d'empoisonnement des puits. À l'époque contemporaine s'y est substitué le fantasme d'une puissance juive clandestine contrôlant banques, presse et gouvernements, dont les faux Protocoles des Sages de Sion ont fourni l'une des expressions les plus tristement célèbres.
Dans les propos recueillis à Athènes, le mot employé est « sionistes ». Mais lorsque ceux-ci deviennent simultanément les détenteurs des médias, des réseaux sociaux, des milliards, du Parlement américain, de l'Union européenne et de l'Otan, avant de se voir attribuer l'ambition de « conquérir le monde », la structure du vieux récit conspirationniste est difficile à manquer.
Ce n'est plus une discussion sur Benyamin Netanyahou, la conduite de la guerre à Gaza, les colonies ou la solution à deux États. C'est le fantasme d'une puissance cachée qui tirerait les ficelles du monde.
Jusqu'à retourner la mémoire de la Shoah
À cette rhétorique s'ajoute une autre référence particulièrement lourde : « Ce qui se passe à Gaza, c'est une sorte d'Holocauste », entend Shannon Seban.
La comparaison entre la guerre à Gaza et l'extermination industrielle des Juifs d'Europe sous le nazisme est ainsi introduite au milieu d'une séquence dans laquelle le Hamas est défendu et la violence présentée comme nécessaire.
Le télescopage est saisissant : la mémoire de l'extermination des Juifs est convoquée pour caractériser Israël tandis que, quelques instants plus tard, ressurgit précisément l'un des imaginaires qui ont accompagné historiquement l'antisémitisme européen : celui d'un pouvoir juif ou « sioniste » tentaculaire cherchant à dominer le monde.
Shannon Seban annonce saisir la police grecque
La responsable politique française ne compte cette fois pas en rester à la publication de son reportage. « Face à la gravité de ce que j'ai entendu et documenté, j'ai décidé de saisir la police hellénique », annonce-t-elle.
Il appartiendra évidemment aux autorités grecques de déterminer si les inscriptions et propos documentés peuvent recevoir une qualification pénale au regard du droit grec.
Mais une chose ne nécessite guère d'expertise juridique : « Sauve un enfant, poignarde un touriste israélien » n'est pas un appel à la paix. « Il faut utiliser la violence » n'est pas une profession de pacifisme. Et décrire des « sionistes » qui contrôleraient les médias, Washington, Bruxelles, l'Otan et voudraient conquérir le monde n'a plus rien d'une critique ordinaire de la politique israélienne.
Après le premier volet de son reportage, Shannon Seban avait déjà montré jusqu'où pouvait aller le soutien au Hamas chez certains participants rencontrés à Athènes. Ce deuxième épisode documente quelque chose de plus inquiétant encore : la facilité avec laquelle, au milieu d'une mobilisation contemporaine sur Gaza, peuvent refaire surface des mythes antisémites vieux de plusieurs siècles, simplement rhabillés du vocabulaire politique du moment.