Sébastien Lévi : « Mamdani n’est pas antisémite, mais il légitime un antisionisme radical »
À New York, Zohran Mamdani rassure une partie de la gauche par son discours social, mais inquiète une partie de la communauté juive par son antisionisme assumé. Sébastien Lévi, correspondant de Radio J et de Libre Journal aux États-Unis, décrypte l’ascension d’un maire charismatique, habile, mais profondément clivant.
Publié par Nicolas de Pape
• Mis à jour le
Résumé de l'article
Sébastien Lévi voit dans la victoire de Zohran Mamdani le résultat d’un cocktail efficace : charisme personnel, discours sur le pouvoir d’achat, promesses sociales concrètes et faiblesse du Parti démocrate face à des candidats discrédités.
Il souligne que Mamdani n’est pas antisémite et qu’il a tenu un discours clair contre l’antisémitisme, mais juge son antisionisme dangereux car il peut légitimer un climat hostile aux Juifs identifiés à Israël.
Selon lui, le nouveau maire de New York avance surtout sur les crèches publiques, mais ses promesses sur les bus gratuits et les loyers se heurtent déjà aux limites budgétaires et institutionnelles.
Correspondant de Radio J et du journal.info aux États-Unis, Sébastien Lévi suit de près la politique américaine, la vie new-yorkaise et les relations entre Israël et les États-Unis. Il intervient aussi régulièrement sur i24 et Kan en français, et contribue occasionnellement au Jerusalem Post, à la Revue K et à Tenoua ainsi qu’à la nouvelle revue de Laurent Joffrin, Libre Journal. Situé plutôt à gauche de l’échiquier politique et favorable à la solution à deux Etats, il est installé à New York depuis neuf ans. Français, juif, également citoyen israélien et américain, il porte sur l’ascension de Zohran Mamdani un regard à la fois inquiet, nuancé et informé. Pour lui, le nouveau maire de New York a su incarner le pouvoir d’achat et la fraîcheur politique, mais ses positions antisionistes posent un problème majeur pour une partie de la communauté juive.
« Mamdani n’est pas antisémite. Le problème, c’est qu’il donne une forme de permission à un antisionisme radical qui peut parfois laisser libre cours à l’antisémitisme. »
21 News : Zohran Mamdani semblait porté par une dynamique très forte. Il a un certain charisme, il parle bien, mais il dégage aussi quelque chose de très idéologique et même inquiétant parfois. Comment a-t-il réussi à gagner ?
Il a d’abord su jouer sur un sujet fondamental : le coût de la vie. À New York, c’est une question absolument centrale. Je gagne correctement ma vie, nous avons un niveau de vie correct, nous ne sommes pas à plaindre, mais le coût de la vie est extrêmement important ici.
Mamdani s’est présenté comme le candidat du pouvoir d’achat, de l’“affordability”. Il a insisté sur des besoins très concrets des New-Yorkais : les crèches publiques, le coût du logement, l’encadrement des loyers, même si le pouvoir du maire reste limité sur ce point. Il est parti de sujets très “bread and butter”, très quotidiens.
Ensuite, il a compris qu’il existait aujourd’hui une forte hausse de l’impopularité d’Israël. Il a réussi à faire de son antisionisme un marqueur culturel. Il faut être juste : il n’en a pas fait le thème principal de sa campagne. Mais il est clairement identifié comme un candidat qui durcit le ton sur Israël et qui s’affirme comme antisioniste. Il considère qu’il n’y a pas de vraie légitimité à l’existence d’Israël comme État du peuple juif.
En même temps, il faut aussi être juste sur un autre point : selon moi, Mamdani n’est pas antisémite. Il a toujours tenu un discours très net contre l’antisémitisme et en faveur de la protection de la communauté juive.
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