Sécurité à Bruxelles : Ahmed Laaouej avait tendu un piège au MR, Jean Spinette l’a fait voler en éclats
Ahmed Laaouej pensait placer le MR sous pression en exigeant davantage de moyens contre le narcotrafic à Bruxelles. Mais les images de Jean Spinette interpellant familièrement des dealers à Saint-Gilles ont brutalement retourné la séquence contre le PS.
Publié par Demetrio Scagliola
• Mis à jour le
Résumé de l'article
- Ahmed Laaouej tente de renvoyer la responsabilité de la crise sécuritaire bruxelloise vers le gouvernement fédéral et le ministre de l’Intérieur Bernard Quintin.
- La vidéo de Jean Spinette s’adressant familièrement à des dealers brouille le message de fermeté que voulait porter le PS bruxellois.
- La polémique offre aux adversaires du PS des images susceptibles d’alimenter les accusations de laxisme en matière de sécurité.
Il y avait, dans la sortie d’Ahmed Laaouej sur la sécurité à Bruxelles, une vraie habileté politique. En réclamant du ministre fédéral de l’Intérieur Bernard Quintin (MR) qu’il « agisse sérieusement » contre la criminalité organisée, le chef de file du PS bruxellois plaçait la pression au bon endroit : sur le gouvernement fédéral et sur sa capacité à enrayer une série de violences qui inquiète désormais toute la capitale. Depuis deux ans, on le sait le patron du PS bruxellois est l’un des hommes politiques bruxellois les plus machiavéliques, expérimentés et redoutables. La façon dont il a maintenu le PS au pouvoir à Bruxelles, pendant que les socialistes reculaient partout ailleurs et la manière dont il a obtenu énormément de poids dans les négociations bruxelloises le confirment.
Le contexte sécuritaire lui donnait d’ailleurs des arguments difficiles à balayer. Au 31 juillet, la police fédérale avait recensé 57 fusillades dans les 19 communes bruxelloises depuis le début de l’année, avec deux morts et 21 blessés. Quelques jours plus tôt, un commissariat d’Anderlecht avait lui-même été pris pour cible. Laaouej pouvait donc marteler son « Ça suffit ! » et réclamer davantage de moyens pour la police judiciaire, les zones de police, la justice et le parquet.
Politiquement, la stratégie était plutôt maligne : reconnaître la gravité de la situation, soutenir les policiers et renvoyer le gouvernement fédéral à ses responsabilités. Quitte à exposer le PS à la réplique de l’opposition sur son propre bilan, Laaouej avait au moins réussi à remettre la sécurité au centre du débat et pouvait pratiquer facilement une belle triangulation politique à savoir aller sur un terrain de l’adversaire et compter les points. En plus, cela permettait d’adoucir l’image de communautarisme et de laxisme qui collent au PS bruxellois. Enfin, il pouvait mettre en difficulté le MR, qui dispose de deux postes stratégiques en terme de sécurité, la Ministre-Présidence via Boris Dilliès et l’intérieur via Bernard Quintin. Bref , la sortie était à faire et l’a géré parfaitement.
Et puis Jean Spinette est arrivé.
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