Sur France Télévisions, Nathalie Saint-Cricq appelle Éric Ciotti « Benito »
Lors de la soirée électorale des municipales, l’éditorialiste Nathalie Saint-Cricq a comparé Éric Ciotti à Benito Mussolini alors que son micro était resté ouvert sur l’antenne de Franceinfo. Une séquence brève mais révélatrice d’un climat médiatique où l’invective remplace souvent l’analyse, obligeant le service public à présenter des excuses en catastrophe.
Publié par Harrison du Bus
• Mis à jour le
Résumé de l'article
— Nathalie Saint-Cricq a comparé Éric Ciotti à « Benito » Mussolini lors de la soirée électorale des municipales.
— Franceinfo et la journaliste ont présenté des excuses après la diffusion de la séquence. La journaliste a été suspendue de l'antenne pour une semaine.
— L’épisode relance la question des dérives du commentaire politique dans certains médias.
Dimanche soir, au moment où les chaînes d’information commentaient les résultats du premier tour des municipales, un court instant de télévision a résumé à lui seul un malaise plus large du paysage médiatique français.
Alors que la présentatrice Myriam Encaoua s’apprêtait à lancer l’intervention en direct d’Éric Ciotti, arrivé largement en tête à Nice avec plus de 43 % des voix, un murmure a été capté par un micro resté ouvert. On entend alors l’éditorialiste Nathalie Saint-Cricq glisser, à propos du candidat niçois : « alias Benito ». Une allusion transparente au dictateur fasciste italien Benito Mussolini.
Cela n’a duré que quelques secondes. Mais la séquence a immédiatement circulé sur les réseaux sociaux, suscitant indignation et critiques. L’embarras fut tel que la chaîne publique n’a pas tardé à réagir. Le compte officiel de Franceinfo a présenté ses excuses, évoquant « un propos inapproprié et déplacé prononcé sur notre antenne par une journaliste de la rédaction de France Télévisions ».
Un peu plus tard dans la soirée, Nathalie Saint-Cricq a elle-même reconnu être l’auteur de la remarque et a présenté des excuses à l’antenne. Elle a évoqué un « manque de discernement » et reconnu avoir tenu des propos « inappropriés ».
Mais l’affaire ne s’est pas arrêtée là. La direction de France Télévisions a décidé de sanctionner immédiatement l’éditorialiste. Elle a été retirée de l’antenne pour toute la semaine, jusqu’à l’issue du second tour des élections municipales. Une décision prise par la direction de l’information du groupe public, irritée par l’ampleur prise par la polémique.
Un dérapage révélateur
L’incident pourrait être relégué au rang des maladresses de plateau, de ces paroles prononcées à voix basse que la technique transforme parfois en embarras public. Mais le problème n’est pas seulement celui d’un micro resté ouvert. Il est celui d’une culture politique et médiatique devenue incapable de regarder certains phénomènes autrement qu’à travers des caricatures historiques.
Comparer un responsable politique contemporain à Mussolini n’est pas une simple boutade. C’est une disqualification morale qui relève davantage de la diatribe militante que de l’analyse journalistique. Or Nathalie Saint-Cricq n’intervenait pas comme militante, mais comme éditorialiste sur une chaîne du service public, censée incarner une exigence particulière de neutralité et de retenue.
L’épisode souligne à quel point certaines rédactions ont intériorisé un réflexe pavlovien : face à une figure de la droite dure, la comparaison avec le fascisme devient presque automatique. Ce procédé, usé jusqu’à la corde, finit par produire l’effet inverse de celui recherché. À force d’abuser des analogies extrêmes, on banalise les références historiques les plus graves et l’on transforme le débat politique en théâtre d’indignations mécaniques.
Un climat médiatique sous tension
Ce dérapage s'est produit par ailleurs dans un contexte politique particulièrement chargé. À Nice, Éric Ciotti a réalisé un score très élevé, dépassant nettement le maire sortant Christian Estrosi et se positionnant comme favori pour le second tour.
Dans une France politique fragmentée et polarisée, chaque avancée de la droite radicale ou de ses alliés provoque une crispation médiatique croissante. Mais cette tension ne saurait justifier l’abandon des principes élémentaires du journalisme. L’éditorial n’est pas une invective. La critique politique n’est pas l’insulte historique. Le commentaire n’est pas la caricature.
C’est précisément pour éviter ces dérives que les rédactions revendiquent leur professionnalisme et leur déontologie. Lorsque ces garde-fous sautent, même brièvement, c’est toute la crédibilité de la parole journalistique qui se trouve fragilisée.
D’autant que l’épisode ne constitue pas la première polémique impliquant Nathalie Saint-Cricq. Ces derniers mois, plusieurs interventions de l’éditorialiste ont déjà suscité critiques et controverses, notamment autour de ses commentaires sur la stratégie électorale de La France insoumise et le vote musulman.
Des excuses nécessaires, mais insuffisantes
Ce qui mérite réflexion, ce n’est pas seulement la phrase prononcée à voix basse un dimanche soir. C’est le climat intellectuel qui rend cette phrase possible, presque naturelle dans certains milieux médiatiques.
Un service public de l’information ne peut pas se permettre de fonctionner sur la base de ces automatismes. La confiance des citoyens dans les médias est déjà fragile. Chaque dérapage de ce type nourrit l’idée, largement répandue, que certaines rédactions ne regardent plus la politique avec distance mais avec hostilité préétablie.
Ce soupçon, qu’il soit fondé ou non, est un poison pour le débat démocratique. La meilleure manière de le dissiper n’est pas de multiplier les indignations, mais de revenir à ce qui devrait rester la règle première du journalisme : la rigueur, la mesure et le respect du débat politique.