Trump sanctionné par la guerre en Iran mais aussi victime de son narcissisme (analyse)
La guerre en Iran et la hausse du coût de la vie ont lourdement pesé dans la défaite républicaine aux midterms. Mais Donald Trump paie aussi sa brutalité et son arrogance. Désormais confronté à un Congrès démocrate, saura-t-il transformer cette sanction en occasion de mieux finir son mandat ?
Publié par Nicolas de Pape
Dans son camp, on pourrait dire que Donald Trump a tout gâché. Sa victoire éclatante en 2024, avec les deux chambres du Congrès et une Cour suprême à majorité conservatrice qu’il pouvait croire à sa botte, avait tout pour lui réussir.
Qu’est-ce qui a coincé, en somme ?
L’Iran, la guerre de trop
L’Iran, tout d’abord. À l’évidence. Et il l’a lui-même reconnu. Les présidents des États-Unis sont très souvent sanctionnés aux élections de mi-mandat. Une guerre lointaine et coûteuse peut encore alourdir la facture. Or, ici, l’absence d’anticipation de la résilience du régime et de sa faculté de prendre en otage le détroit d’Ormuz et l’économie internationale est tout de même un cas d’école. Circonstance aggravante : Trump avait promis de ne pas déclencher de guerres, mais d’y mettre fin. Il aurait sans doute dû attendre les midterms pour la mener, ou la suspendre pour la reprendre ensuite. Et, politiquement, elle lui a déjà coûté très cher. Rédhibitoire.
L’Américain moyen circule énormément : il peut tout aussi bien aller jouer au golf à 100 km qu’aller rendre visite à tante Ursule à 300 km. Les villes américaines sont tentaculaires et, en dehors de certaines grandes métropoles, les transports en commun restent souvent limités. Certains font même 100 km pour aller travailler. Dès 16 ans, dans une grande partie du pays, la bagnole, c’est la liberté. Or le prix du gallon - 3,785 litres - atteint environ 4,10 dollars en moyenne nationale ce 5 novembre, contre 3,08 dollars un an plus tôt. Un tiers de plus : ça peut facilement vous irriter un redneck. À tel point que même des électeurs de bastions trumpistes se sont tournés vers les démocrates.
Double trahison : la guerre contre l’Iran et sa contribution directe au renchérissement de l’essence et du coût de la vie. Une partie du petit peuple trumpiste a eu l’impression d’être abandonnée.
« Une partie du petit peuple trumpiste a eu l’impression d’être abandonnée. »
Mais Donald Trump paie aussi ses atermoiements, ses éructations, sa violence, sa brutalité et sa versatilité apparente. Lorsqu’on se brouille avec ses meilleurs alliés - canadiens, européens -, qu’on traite comme des larbins, il y a des conséquences.
Même s’il obtient souvent ce qu’il veut : la mise sous pression du Venezuela et le renforcement de l’emprise militaire américaine sur le Groenland peuvent se lire comme des gains stratégiques. Mais c’est souvent au prix d’une violence perçue - menaces d’annexion, capture d’un dirigeant, fût-il accusé de narcotrafic - qui peut lasser même l’électeur MAGA le plus forcené.
Sa politique migratoire a obtenu des résultats pour freiner les passages irréguliers à la frontière. Mais, là aussi, on en retient la brutalité extrême et les morts parmi les citoyens américains : les horribles bavures des agents fédéraux chargés de l’immigration.
Sa politique erratique en matière de barrières douanières n’a pas vraiment amélioré la vie des gens. Elle changeait aussi souvent qu’une girouette.
Et puis cette faconde, cette arrogance… Personne dans son entourage ne lui a jamais signalé que « trop, c’est trop » ?
On lui doit toutefois d’avoir porté un sérieux coup au wokisme délirant qui avait pris tant de place aux États-Unis. Jusqu’à Alexandria Ocasio-Cortez qui prend désormais ses distances avec certaines outrances rhétoriques de son propre camp.
Un Trump bridé peut-il mieux finir ?
Et maintenant ?
Comme nous l’avons rappelé, le parti du président américain perd presque toujours des sièges à la Chambre aux élections de mi-mandat, comme si les Américains se défoulaient à chaque fois sur leur chef à peine aux affaires. Les Pères fondateurs ont voulu multiplier les contre-pouvoirs et maintenir les représentants sous le contrôle régulier des électeurs. Mais ce système fait que les députés, surtout, sont en campagne électorale permanente : leur mandat ne dure que deux ans.
Donald Trump ne va pas non plus rester inactif. Obama avant lui, sanctionné également, avait pu poursuivre son « œuvre ». Trump dispose des décrets présidentiels, dans les limites de la loi, et d’un droit de veto que le Congrès ne peut surmonter qu’à la majorité des deux tiers dans chaque chambre. Il n’échappera cependant pas à une multitude de commissions d’enquête sur lui et ses alliés. Voire une troisième tentative de le destituer mais qui paraît peu probable vu les deux échecs précédents.
Plusieurs des nouveaux sénateurs démocrates ont su parler à un électorat conservateur. Tous ne sont cependant pas des modérés, tel le Dr Abdul El-Sayed, le premier sénateur musulman de l’histoire des États-Unis, qui a employé l’expression « assoiffés de sang » à propos d’Israël sous Netanyahu. Des déclarations qui n’auront bientôt plus rien d’une incongruité.
La guerre contre l’Iran n’est pas terminée. Il revient à Donald Trump, avec un Congrès qui tient les cordons de la bourse, y compris militaire, de sortir du guêpier iranien.
Le camp de JD Vance, plus réticent aux interventions militaires, peut se trouver renforcé par ce revers, tandis que les partisans de la ligne dure, dont Marco Rubio a longtemps été l’un des visages, risquent d’en sortir affaiblis. La guerre contre l’Iran n’est pas terminée. Il revient à Donald Trump, avec un Congrès qui tient les cordons de la bourse, y compris militaire, de sortir du guêpier iranien.
Qui sait si, bridé à partir de janvier par un Congrès hostile, mais peut-être pragmatique, Trump ne va pas se calmer un peu et finir ce mandat en beauté ? Et, au final, l’histoire retiendra peut-être que Donald Trump ne fut pas un si mauvais président… C’est la conviction de Bill White, ami de longue date, dans l’interview exceptionnelle qu’il a accordée à 21News.