Vanden Burre sur le nucléaire : « Nous disons que c’est une mauvaise affaire et qu’il y a mieux à faire : investir massivement dans le renouvelable »
Invité de Bel RTL, Gilles Vanden Burre a longuement détaillé son opposition au projet gouvernemental de reprise du parc nucléaire d’Engie Electrabel. Entre incertitudes majeures, coût potentiellement colossal et délais jugés incompatibles avec l’urgence énergétique, le co-président d’Ecolo livre une critique frontale.
Publié par Harrison du Bus
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Résumé de l'article
Gilles Vanden Burre critique vivement le projet de rachat du nucléaire belge, jugé flou, coûteux et inadapté à l’urgence énergétique.
Le ton est donné d’emblée. Pour Gilles Vanden Burre, la décision du gouvernement d’ouvrir des négociations pour reprendre le parc nucléaire belge relève d’un pari risqué, sinon d’une faute stratégique.
« La préoccupation aujourd’hui de nos concitoyens, c’est d’avoir une énergie accessible, bon marché et qui nous garantisse notre autonomie. Et justement, aucune de ces conditions n’est remplie », affirme-t-il.
« On ne sait pas ce qu’on va racheter »
Son premier axe de critique : l’incertitude même de l’opération. « Ce que le gouvernement annonce, c’est un saut dans le vide. On ne sait pas quoi… on ne sait pas ce qu’on va racheter », insiste-t-il.
Selon lui, le parc concerné est vieillissant, en partie déjà à l’arrêt ou délaissé par l’opérateur. « Le vieux parc nucléaire belge aujourd’hui ne fonctionne plus, n’est plus fonctionnel par l’opérateur privé. »
Une facture potentiellement "colossale"
Mais au-delà de l’objet, c’est le coût qui cristallise ses inquiétudes. « On parle de potentiellement des dizaines de milliards d’euros », avance-t-il, en soulignant que l’achat des réacteurs ne constitue qu’une partie du problème.
Le véritable enjeu, selon lui, réside dans le passif nucléaire : « il n’y a pas que les réacteurs. Il y a le démantèlement de certaines centrales… et les déchets nucléaires, un débat qui dure depuis des décennies. »
Sa conclusion directe : « c’est le citoyen qui va payer, vous et moi. »
Des délais incompatibles avec l’urgence
Autre critique majeure : le facteur temps. « Relancer une centrale nucléaire ou en construire une nouvelle, c’est 20, 30 ans, peut-être plus. On n’a pas le temps d’attendre. »
Pour le responsable écologiste, le calendrier du nucléaire est en contradiction frontale avec l’urgence énergétique et climatique. À ses yeux, le gouvernement se trompe de priorité.
Le renouvelable comme alternative centrale
Face à ce constat, Ecolo défend une ligne claire : accélérer les investissements dans les énergies renouvelables. « Que ce soit le coût du mégawattheure, le temps d’installation ou l’autonomie, c’est le renouvelable qui coche toutes les cases. »
Il reconnaît toutefois une phase transitoire : « il y a un mix énergétique aujourd’hui, avec du nucléaire et du gaz, et on l’assume complètement. »
Mais il insiste : ce mix doit être temporaire et orienté vers un objectif clair, ce qu’il estime absent aujourd’hui.
Une critique du "non-choix politique"
Au-delà du nucléaire, c’est la méthode gouvernementale qui est visée. « Aujourd’hui, on n’a pas de décision d’investissement. On a une décision d’aller négocier quelque chose qu’on ne connaît pas. »
Pour lui, l’exécutif temporise au lieu d’agir : « ce gouvernement n’arrête pas d’attendre. Et c’est ça le problème. »
Sa métaphore de la 2CV
Pour illustrer son propos, le co-président d’Ecolo recourt à une image volontairement frappante :
« C’est comme si votre grand-père vous disait : “Venez dans mon garage, il y a une vieille Citroën 2CV qui ne fonctionne plus, qui n’a plus de moteur et qui a 300.000 km au compteur.” Vous pensez que c’est une bonne idée d’aller investir dedans ? »
Une comparaison qui résume sa thèse : le gouvernement s’apprêterait à investir massivement dans un outil obsolète.
« Une mauvaise affaire »
La conclusion est donc sans ambiguïté. « Nous disons que c’est une mauvaise affaire et qu’il y a mieux à faire : investir massivement dans le renouvelable. »
Selon lui, cette stratégie serait « moins chère pour le portefeuille des Belges » et plus cohérente avec les objectifs d’autonomie énergétique.
Derrière cette intervention, c’est un clivage fondamental qui réapparaît dans le débat énergétique belge : entre une approche de sécurisation immédiate par le nucléaire, et une stratégie d’investissement accéléré dans les alternatives.
Le gouvernement a ouvert la négociation. Mais pour Gilles Vanden Burre, c’est bien le coût — politique, économique et stratégique — de cette décision qui pourrait, in fine, structurer le débat.