La capture de Nicolás Maduro par les forces américaines a agi comme un révélateur brutal, non pas tant des fractures géopolitiques contemporaines que d’un réflexe idéologique solidement installé à l’extrême gauche européenne, et en particulier française. Les réactions de la France insoumise, de Jean-Luc Mélenchon à ses principaux cadres, n’ont pas surpris par leur vigueur, mais par leur prévisibilité. Elles ont suivi une ligne désormais parfaitement lisible, celle de la dénonciation immédiate de l’atteinte au droit international, de l’indignation contre l’unilatéralisme américain, en faisant presque totalement abstraction de l’horreur qu’a été le régime vénézuélien lui-même, de sa nature, de son bilan et de la réalité vécue par la population.
Ce n’est pas l’illégalité supposée de l’opération américaine qui est en soi contestable dans le débat public, ce qui interroge davantage est la constance avec laquelle cette gauche radicale mobilise le droit international comme un absolu intangible lorsqu’il protège des régimes hostiles à l’Occident, et la facilité avec laquelle elle en relativise l’esprit, voire le sens, lorsqu’il s’agit de peuples opprimés par ces mêmes régimes. Le droit devient alors un instrument rhétorique, non une boussole morale.
Le Venezuela offre à cet égard un cas d’école. Défendre Maduro, ou exiger son retour immédiat au pouvoir, revient à abstraire le régime chaviste de toute incarnation concrète. Il ne s’agit plus d’un système autoritaire ayant détruit son économie, vidé le pays d’une partie de sa population et emprisonné ses opposants, mais d’un symbole. Un symbole commode, parce qu’il se définit avant tout par son opposition aux États-Unis. Dès lors, peu importe la faim, l’exil, la répression. Le peuple réel devient un dommage collatéral acceptable, puisque le récit idéologique est sauf.
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