Ce qui se dessine au Venezuela dépasse largement le cadre d’une opération militaire ponctuelle ou d’un changement de régime accéléré. Les États-Unis ne se contentent plus d’intervenir ; ils s’installent. À travers la prise de contrôle progressive — et revendiquée — des flux pétroliers vénézuéliens, Washington esquisse une forme de tutelle assumée, fondée moins sur la reconstruction politique que sur la maîtrise d’un levier économique central : l’or noir.
La question n’est donc plus seulement celle de l’après-Maduro, mais celle du modèle de gestion que les États-Unis entendent imposer à un pays riche en ressources, exsangue institutionnellement, et privé de souveraineté effective sur son principal actif.
Le pétrole comme clef de voûte du pouvoir
Le cœur de la stratégie américaine est limpide : contrôler la vente du pétrole vénézuélien, en superviser les revenus et conditionner toute normalisation économique ou politique à cette tutelle. Le discours officiel présente ce contrôle comme un outil transitoire, destiné à stabiliser le pays, éviter le détournement des fonds et garantir que la manne profite à la population. Mais dans les faits, aucun calendrier précis n’est avancé, et l’horizon temporel évoqué est long, potentiellement indéfini.
Ce glissement est majeur. Historiquement, les sanctions visaient à asphyxier un régime pour provoquer un changement politique. Ici, la logique s’inverse : la levée partielle des sanctions devient l’instrument d’un contrôle direct, non plus seulement sur le régime, mais sur l’économie elle-même. L’accès au marché mondial est conditionné à l’acceptation d’une supervision étrangère des revenus pétroliers. Autrement dit, le pétrole n’est plus un moyen de pression mais un mécanisme de gouvernement.
Une souveraineté suspendue
La fragilité de l’architecture politique vénézuélienne rend cette stratégie possible. Les autorités intérimaires, installées dans un contexte de rupture brutale, dépendent largement de la reconnaissance et du soutien américains. Leur marge de manœuvre est réduite et leur légitimité interne incertaine. Dans ce cadre, accepter une tutelle sur le pétrole peut apparaître comme le prix à payer pour éviter l’effondrement immédiat de l’État.
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