La Wallonie et la Flandre ont signé lundi un accord de coopération inédit pour rapprocher l’offre flamande et la demande wallonne sur un marché du travail profondément déséquilibré. Alors que la Flandre manque structurellement de main-d’œuvre, de nombreux demandeurs d’emploi wallons hésitent encore à franchir la frontière linguistique, malgré des besoins massifs en recrutement.
L’usine Soubry, à Roulers, illustre cette situation : sur 420 employés, seulement dix sont wallons, contre 180 Français. « Les Français sont plus motivés à venir travailler en Belgique », explique son CEO Michel Soubry, citant le niveau des salaires et la limitation du chômage en France.
L’accord signé par la ministre flamande de l’Emploi, Zuhal Demir (N-VA), et son homologue wallon, Pierre-Yves Jeholet (MR), présents sur la photo, prévoit un échange systématique des offres d’emploi entre le VDAB et le Forem, des salons communs, des projets pilotes transfrontaliers et une coordination renforcée dans trois zones frontalières (Ouest, Centre et Est).
Mais la principale nouveauté réside dans un contrôle accru des demandeurs d’emploi. Un Wallon qui refuserait un poste en Flandre « sans raison valable » pourra désormais être sanctionné, prévient Pierre-Yves Jeholet. L’objectif : responsabiliser les chercheurs d’emploi tout en tenant compte du bon sens. « Nous n’allons pas demander à quelqu’un d’Arlon de travailler à Roulers. Mais franchir la frontière linguistique doit être possible », insiste-t-il.
Zuhal Demir, elle, souligne l’urgence : « En Flandre, lorsqu’un poste est vacant, seuls trois candidats se présentent. Nous n’allons plus chercher hors de l’Europe : nous avons des talents en Wallonie. »
Les employeurs flamands saluent l’accord. Le Voka estime que « les pouvoirs ont été trop laxistes pendant trop longtemps » et appelle les Wallons motivés à rejoindre les entreprises flamandes.
Avec un taux d’emploi de 69 %, la Région wallonne vise désormais les 80 %. Cette coopération renforcée entre les deux Régions entend lever un frein persistant : la frontière linguistique ne doit plus être une frontière pour l’emploi.
La Rédaction
(BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK)