Zelensky craint des élections en pleine guerre : « un tsunami qui fracturerait l’Ukraine »
Volodymyr Zelensky estime que l’organisation d’élections en pleine guerre ferait courir un « risque énorme » à l’Ukraine. Alors que son mandat présidentiel a expiré en mai 2024, le chef de l’État répond ainsi à son ancien ministre de la Défense Mikhaïlo Fedorov, qui appelle à « restaurer un processus démocratique ».
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Volodymyr Zelensky estime que des élections en pleine guerre constitueraient un « tsunami » susceptible de « fracturer l’Ukraine », alors que son mandat a expiré en mai 2024.
Pas question, pour Volodymyr Zelensky, de ramener les Ukrainiens aux urnes tant que la guerre se poursuit. Interrogé lors d’une rencontre avec plusieurs journalistes, dont l’AFP, le président ukrainien a employé des mots particulièrement forts pour écarter cette perspective.
« Je pense que dans une guerre comme celle-ci, des élections en tant que telles sont un risque énorme », a-t-il déclaré. Selon lui, un scrutin provoquerait même un « tsunami susceptible de fracturer l’Ukraine ».
Le président ukrainien va jusqu’à présenter l’hypothèse comme une menace pour la survie politique du pays : « Si nous voulons détruire le pays, alors nous pouvons aller dans la direction d’élections dans ces temps de guerre. »
Fedorov réclame le retour du « processus démocratique »
Cette sortie intervient alors que la vie politique ukrainienne connaît de nouvelles turbulences. Mikhaïlo Fedorov, jeune et populaire ancien ministre de la Défense limogé à la mi-juillet, a publié mardi une vidéo aux allures de clip de campagne.
Il y dénonce notamment la corruption et appelle, sans préciser exactement les modalités d’un éventuel scrutin, à « restaurer un processus démocratique » par des élections.
Une proposition que Zelensky juge incompatible avec la situation militaire. Organiser un vote supposerait notamment de permettre aux militaires mobilisés de participer, mais également aux millions d’Ukrainiens réfugiés à l’étranger et aux citoyens vivant dans les territoires occupés par la Russie.
« C’est impossible dans les conditions que nous avons actuellement, quand Poutine n’est pas disposé à envisager d’options pour un cessez-le-feu », affirme le président.
Un mandat expiré depuis plus de deux ans
La question n’est cependant pas anodine. Élu en 2019, Volodymyr Zelensky aurait dû achever son mandat présidentiel en mai 2024.
Aucune nouvelle présidentielle n’a depuis été organisée. La loi martiale, en vigueur depuis l’invasion russe à grande échelle de février 2022, empêche la tenue d’élections dans les circonstances actuelles.
La prolongation de fait de la présidence Zelensky est régulièrement utilisée par Moscou pour contester sa légitimité. Mais la question commence également à émerger au sein même de la vie politique ukrainienne, après plus de quatre années de guerre.
La population ne semble toutefois pas réclamer massivement un retour immédiat aux urnes. Selon le dernier sondage de l’Institut international de sociologie de Kiev, réalisé en juillet et août, seuls 15 % des personnes interrogées souhaitent que des élections soient organisées avant la fin de la guerre.
Des tensions politiques de plus en plus visibles à Kiev
Le débat intervient surtout dans une période politiquement délicate pour Volodymyr Zelensky. Le limogeage de Mikhaïlo Fedorov a provoqué des manifestations rassemblant plusieurs milliers de personnes dans différentes villes du pays.
Le président a également remplacé le commandant de l’armée, Oleksandre Syrsky, considéré comme un rival de Fedorov.
Zelensky dit défendre le droit des Ukrainiens à manifester, tout en mettant en garde contre une fracture entre la société et les militaires engagés au front. « Depuis quand le marketing a commencé à prendre le pas sur les gens qui donnent leur vie ? », a-t-il lancé aux journalistes.
À mesure que la guerre se prolonge, une question longtemps reléguée au second plan revient donc progressivement au cœur du débat ukrainien : à quel moment et dans quelles conditions le pays pourra-t-il renouer avec un calendrier électoral normal ? Pour Volodymyr Zelensky, la réponse reste catégorique : pas tant que la guerre continue.