La colère gronde à nouveau en Iran, mais cette fois avec une intensité et une tonalité qui inquiètent le pouvoir. Depuis la fin décembre, des manifestations se multiplient à travers le pays, de Téhéran aux villes de province, mêlant revendications économiques et slogans politiques d’une radicalité rarement atteinte depuis la révolution islamique de 1979. « Mort à Khamenei », « À bas le dictateur », « Longue vie au chah » : dans les rues comme sur les campus universitaires, la contestation vise désormais frontalement la République islamique et son guide suprême, Ali Khamenei.
À l’origine du mouvement, une crise économique devenue insupportable. L’hyperinflation, qui dépasse les 50 %, a provoqué l’effondrement du rial et une flambée des prix des produits de première nécessité. Riz, pain, produits laitiers : l’alimentation de base est hors de portée pour une partie croissante de la population. À Téhéran, la protestation est partie du grand marché des téléphones portables avant de gagner le Bazar, baromètre historique de la stabilité sociale. Commerçants, bijoutiers et agents de change ont baissé leurs rideaux de fer, avant que la colère ne déborde dans l’espace public.
Mais très vite, la grogne économique s’est transformée en défi politique. Dans les quartiers centraux de la capitale, puis dans des villes aussi diverses que Chiraz, Ispahan, Kermanchah ou la très conservatrice Qom, les slogans se sont radicalisés. « Ni Gaza, ni le Liban », scandent certains manifestants, dénonçant les priorités régionales du régime au détriment de la population iranienne. D’autres invoquent la monarchie déchue, un tabou longtemps impensable dans l’espace public iranien.
Une contestation transclasse et territorialisée
Fait notable, le mouvement ne se limite plus aux catégories traditionnellement contestataires. La classe moyenne, longtemps pilier de la stabilité relative du régime, est désormais en première ligne. La mobilisation des commerçants du Bazar, historiquement prudents et parfois favorables au pouvoir, est perçue comme un signal d’alarme majeur. Certains d’entre eux reprennent même des slogans pro-chah, une rupture symbolique lourde de sens.
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