« À un moment donné, j’arrêterais d’investir » : Rodolphe Saadé cherche encore le modèle économique de ses médias
Le patron de CMA CGM reconnaît ne pas avoir encore trouvé de modèle économique pérenne pour CMA Media. Malgré plusieurs acquisitions majeures, de BFM à RMC en passant par la presse, Rodolphe Saadé prévient qu’il ne compte pas financer indéfiniment des activités déficitaires.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Rodolphe Saadé reconnaît ne pas avoir encore trouvé le modèle économique de CMA Media et prévient qu’il ne financera pas indéfiniment des médias déficitaires.
Rodolphe Saadé assume avoir beaucoup investi dans les médias. Mais pas à n’importe quel prix, ni indéfiniment. Dans un entretien accordé à L’Orient-Le Jour, le patron de CMA CGM reconnaît que le modèle économique susceptible de rendre durablement rentable son nouvel empire médiatique reste encore à trouver.
Interrogé sur le caractère pérenne de ses investissements dans un secteur qui constitue jusqu’ici une exception parmi ses activités, l’homme d’affaires ne cherche pas à masquer la difficulté. « Pour l’instant, je ne l’ai pas trouvé », répond-il lorsqu’on lui demande s’il existe aujourd’hui un véritable modèle économique pour ses médias.
Il assure toutefois vouloir poursuivre le développement de CMA Media, une division qu’il décrit comme « toute jeune », présente à la fois dans l’audiovisuel et dans la presse.
« Parce qu’on a de l’argent », il ne faut pas le dépenser sans limite
Depuis 2022, CMA CGM a considérablement élargi son portefeuille médiatique : La Provence, La Tribune, La Tribune Dimanche, puis BFM-TV et RMC, rachetés pour 1,5 milliard d’euros, avant de poursuivre sa diversification avec notamment Brut. Selon Le Monde, CMA Media représentait au printemps environ 600 millions d’euros de chiffre d’affaires.
Rodolphe Saadé présente ces acquisitions comme une diversification entrepreneuriale davantage que comme la constitution d’un simple instrument d’influence. « J’ai souhaité investir dans les médias en regardant les médias comme un investissement dans de la diversification, explique-t-il. J’aime les médias, je trouve que c’est bien de pouvoir mieux comprendre ce secteur. »
Mais le dirigeant pose désormais une limite très claire. « Je ne souhaite pas que ça donne l’impression que, parce qu’on a de l’argent, parce qu’on est entrepreneur, on va le dépenser sur les médias, prévient-il. Je ne voudrais pas ça, parce qu’à un moment donné, j’arrêterais d’investir. »
Cette préoccupation n’est pas nouvelle. Au printemps, le patron de CMA CGM rejetait déjà auprès du Monde l’idée selon laquelle la puissance financière du groupe maritime devait lui permettre de subventionner durablement ses médias, estimant que ce n’était « pas une bonne approche ».
Réduire les coûts et retrouver des recettes publicitaires
Saadé ne parle cependant pas d’un désengagement immédiat. « Moi, je pense qu’il y a un modèle qu’il faut trouver », insiste-t-il, en assurant que ses équipes travaillent sur « différentes possibilités ».
Le patron de CMA CGM dit également être satisfait de son investissement et des équipes réunies au sein de CMA Media, citant expressément RMC, BFM et le pôle presse. L’étape suivante sera financière : « Il faut continuer à travailler pour réduire nos coûts et en même temps générer du revenu lié à la publicité qui se casse plutôt la figure en ce moment. »
Le défi est réel. Plusieurs actifs du groupe restent déficitaires : Le Monde rapportait notamment que La Provence avait perdu 12 millions d’euros en 2025. Brut, acquis plus récemment, avait enregistré 34,7 millions d’euros de pertes nettes la même année, même si ce résultat était fortement affecté par des éléments exceptionnels et que son Ebitda aurait été positif hors ceux-ci.
Après plusieurs années consacrées aux acquisitions, Rodolphe Saadé entre donc dans une nouvelle phase : celle de la recherche de rentabilité. Son groupe continuera, assure-t-il, à développer CMA Media. Mais avec une condition désormais explicitement posée : que ses médias finissent par trouver un modèle qui leur permette de ne pas dépendre indéfiniment des moyens considérables de CMA CGM.