Fusion Rossel-IPM : la date est fixée, les journalistes commencent à s'inquiéter
La fusion-absorption d’IPM par Rossel entre dans sa dernière ligne droite. Selon les informations de LPost, l’opération devrait être finalisée le 15 décembre. Réorganisations, déménagements et possibles suppressions de contrats alimentent les inquiétudes au sein des rédactions.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- 15 décembre : date annoncée pour la finalisation de la fusion-absorption d'IPM par Rossel.
- Réorganisations : regroupements de rédactions, déménagements et possibles fins de contrats inquiètent les travailleurs.
- Pluralisme : Stéphane Rosenblatt doit remettre un premier rapport sur les garanties d'indépendance éditoriale le 15 novembre.
Le paysage médiatique francophone belge s'apprête à connaître l'une de ses plus importantes transformations de ces dernières décennies. Après le feu vert donné par l'Autorité belge de la concurrence (ABC), la fusion-absorption du groupe IPM par son concurrent Rossel se précise. Selon les informations publiées par LPost, la direction d'IPM a informé plusieurs rédactions, notamment celle de La Libre Belgique, que la finalisation juridique et financière de l'opération, appelée « closing », devrait intervenir d'ici le 15 décembre prochain.
Cette étape marquera le transfert effectif de la propriété et du contrôle des titres d'IPM vers Rossel, qui renforcera ainsi considérablement sa position sur le marché de la presse francophone belge.
Mais derrière cette opération industrielle majeure, les premières conséquences organisationnelles et sociales commencent déjà à se dessiner.
Des réorganisations dès le 1er janvier 2027
Selon LPost, un courrier adressé par la direction d'IPM aux équipes de La Libre détaille les prochaines étapes de l'intégration.
Une fois l'opération finalisée, une période de deux à trois mois devrait permettre aux nouvelles instances dirigeantes de dresser un état des lieux financier, organisationnel et social du groupe fusionné. Les premières décisions concrètes n'attendront toutefois pas la fin de cet exercice.
Une réorganisation du plateau de la rédaction de La Libre serait ainsi prévue dès le 1er janvier 2027.
Plus sensible encore, la question de l'emploi commence à être ouvertement abordée. La direction n'exclurait plus la fin de certains contrats à l'issue d'une évaluation des performances des équipes. Cette perspective concernerait aussi bien les journalistes salariés que les collaborateurs indépendants, même si les conséquences contractuelles diffèrent selon leur statut.
À ce stade, aucun nombre précis de suppressions de postes n'est avancé.
Cette incertitude contribue néanmoins à alimenter un climat d'inquiétude parmi les travailleurs. « Il y a beaucoup d'inquiétudes, ça c'est sûr », confient plusieurs interlocuteurs cités par LPost. Néanmoins, selon des informations recueillies à bonnes, le rapprochement de Sudinfo et de L'Avenir dans le nouveau pôle régional wallon du groupe pourrait se faire dans la douleur, avec des pertes d'emplois estimées à une cinquantaine, selon plusieurs sources internes au groupe.
Les premiers rapprochements sont déjà en cours
Si la fusion doit encore être formellement finalisée, son intégration opérationnelle est déjà visible sur le terrain.
D'après LPost, plusieurs services administratifs et techniques d'IPM, notamment l'informatique, la comptabilité et le centre d'appels, doivent rejoindre le siège de Rossel, situé rue Royale à Bruxelles.
Le mouvement concerne également les rédactions régionales.
À Liège, les journalistes de La Gazette de Liège et de La Dernière Heure ont déjà rejoint les locaux occupés par leurs confrères de La Meuse, titre du groupe Rossel. Des rapprochements comparables sont également engagés dans le Hainaut.
À Namur, les équipes des Éditions de l'Avenir, actuellement installées à Bouge, doivent déménager vers les locaux de Sudmédia, rue de Coquelet, d'ici le 1er décembre. Une délégation représentant le npersonnel de L'Avenir a déjà visité les lieux et estime, à ce stade, que l'espace réservé aux équipes de L'Avenir par Sudmedia est trop exigu.
Ces regroupements immobiliers et organisationnels illustrent la volonté de mutualiser les moyens des deux groupes. Ils soulèvent aussi des interrogations sur le maintien de rédactions réellement distinctes, alors que plusieurs titres historiquement concurrents vont désormais cohabiter au sein d'un même ensemble.
Stéphane Rosenblatt chargé de veiller à l'indépendance des rédactions
La question du pluralisme constitue précisément l'un des principaux enjeux de cette opération.
Pour encadrer la fusion, l'Autorité belge de la concurrence a assorti son autorisation d'engagements destinés notamment à préserver l'autonomie éditoriale des différents titres.
Un mandataire indépendant a été désigné pour contrôler le respect de ces obligations. Il s'agit de Stéphane Rosenblatt, figure bien connue du paysage audiovisuel francophone belge, officiellement chargé de cette mission depuis le 15 octobre.
Ancien responsable éditorial et dirigeant de RTL-TVI, il a également participé au développement de LN24 avant de devenir directeur général du pôle audiovisuel d'IPM.
Sa première échéance est fixée au 15 novembre, date à laquelle il devra remettre un premier rapport portant notamment sur la conformité des chartes rédactionnelles aux engagements pris par Rossel.
Interrogé par LPost, Stéphane Rosenblatt précise le périmètre de sa mission :
« Il s'agit de vérifier la conformité des chartes rédactionnelles aux engagements pris par Rossel concernant notamment l'autonomie des rédactions. Je dois aussi mettre en place un plan de contrôle complet sur le long terme de l'ensemble des engagements. Les engagements socio-économiques ne font pas partie de ma mission. »
Cette dernière précision est importante : si le mandataire doit veiller au respect des garanties éditoriales, il n'est pas chargé de contrôler les conséquences sociales de la fusion.
Stéphane Rosenblatt insiste également sur la dimension constructive de sa mission :
« J'espère être utile et mettre mon expérience au service de cette mission passionnante qui arrive à un moment-clé de transformation du paysage médiatique francophone belge. C'est une mission de concertation », explique-t-il.
Un bouleversement majeur pour la presse francophone
Au-delà des déménagements et des réorganisations, cette fusion pose une question fondamentale : comment garantir la diversité de l'information lorsque des titres historiquement concurrents se retrouvent sous le contrôle d'un même groupe ?
Avec l'intégration d'IPM, Rossel réunira notamment dans son périmètre Le Soir, Sudinfo, La Libre Belgique, La Dernière Heure et L'Avenir, ainsi que plusieurs magazines et activités numériques.
Cette concentration pourrait permettre de réaliser des économies d'échelle, de mutualiser certains investissements technologiques et de renforcer les capacités financières du nouvel ensemble dans un secteur confronté à l'érosion de la presse imprimée et à la concurrence des grandes plateformes numériques.
Mais elle comporte également des risques : uniformisation progressive des contenus, réduction des effectifs, mutualisation excessive des moyens rédactionnels ou affaiblissement de la concurrence entre titres.
Ces préoccupations prennent une résonance particulière alors que des auditions ont débuté au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles sur la situation de la presse francophone.
L'enjeu ne se limite donc pas à l'avenir économique des deux groupes. Il touche aussi à la diversité des opinions, à l'indépendance journalistique et, plus largement, au fonctionnement du débat démocratique.
Les prochaines semaines seront décisives
Trois échéances doivent désormais retenir l'attention : le 15 novembre, avec le premier rapport du mandataire de contrôle ; le 15 décembre, date annoncée pour la finalisation de l'opération ; et le 1er janvier 2027, avec les premières réorganisations attendues au sein de La Libre.
Le premier trimestre 2027 devrait ensuite permettre de mesurer plus précisément les conséquences économiques, sociales et éditoriales de cette concentration.