Argent liquide: bientôt des distributeurs dans les commerces
Marche-arrière, toute. Face à la disparition rapide des distributeurs de billets, le gouvernement fédéral veut reprendre la main. Objectif : garantir un accès équitable à l’argent liquide partout en Belgique, malgré la digitalisation croissante des paiements.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Le gouvernement veut garantir un accès au cash partout en Belgique malgré la disparition des distributeurs
- Des distances maximales seront imposées et de nouveaux ATM devront être installés, notamment à Bruxelles
- Des distributeurs pourraient faire leur retour dans les commerces dès 2027
C’est un phénomène discret, mais bien réel que chacun constate depuis des années : les distributeurs de billets disparaissent progressivement du paysage belge. Entre 2015 et 2022, près de 40 % d’entre eux ont été supprimés. Une évolution qui s’est accélérée avec la mise en place des points CASH, opérés par les grandes banques.
Fin 2021, la Belgique comptait encore 5.479 distributeurs. Trois ans plus tard, ils n’étaient plus que 3.379. Une chute brutale qui complique l’accès à l’argent liquide, en particulier pour les personnes les plus vulnérables ou celles qui restent attachées au cash.
Un accès au cash désormais encadré par la loi
Face à cette situation, le gouvernement fédéral a décidé d’agir. Comme il s’y était engagé, il a évalué le protocole conclu en 2023 avec Febelfin. Si les objectifs globaux sont globalement atteints, des lacunes importantes subsistent sur le terrain.
Pour y remédier, un plan d’action a été élaboré par plusieurs ministres, dont Rob Beenders, Jan Jambon et David Clarinval.
La mesure phare consiste à inscrire dans la loi un principe simple : chaque citoyen doit pouvoir accéder facilement à un distributeur. Concrètement, des distances maximales seront imposées. En ville, un distributeur devra se situer dans un rayon de 2 kilomètres. Cette distance passera à 3 kilomètres dans les zones mixtes et à 5 kilomètres dans les zones rurales. Chaque commune devra également disposer d’au moins un distributeur.
Des inégalités persistantes, surtout à Bruxelles
Malgré ces avancées, la situation reste contrastée. Certaines communes, comme Estinnes, Wasseiges ou Mont-Saint-Guibert, ne disposent toujours pas de distributeur.
Mais c’est surtout en Région de Bruxelles-Capitale que les difficultés sont les plus marquées. La capitale ne respecte pas encore le critère de capacité prévu par le protocole, qui impose un distributeur pour 2.500 habitants en zone urbaine. Pour atteindre cet objectif, 44 distributeurs supplémentaires devront encore être installés.
Moins de cash… mais toujours indispensable
Cette volonté politique intervient dans un contexte paradoxal. L’utilisation du cash ne cesse de reculer en Belgique : elle représentait 58 % des paiements en 2020, contre 39 % en 2024. Le pays figure désormais parmi ceux de la zone euro où les espèces sont le moins utilisées.
Mais dans le même temps, le besoin reste bien réel. Près de 60 % des Belges estiment qu’il est important, voire essentiel, de pouvoir payer en liquide. Un constat qui souligne le rôle du cash comme outil d’inclusion financière.
Une piste: des distributeurs dans les commerces
Parmi les pistes envisagées, l’une des plus concrètes concerne les commerces. Le gouvernement souhaite faciliter l’installation de distributeurs dans les magasins, notamment les supermarchés de proximité.
Aujourd’hui, cette pratique est freinée par une législation stricte, qui assimile l’approvisionnement des distributeurs à une activité de transport de fonds. Une contrainte lourde qui rend le modèle peu rentable. Le gouvernement veut donc adapter le cadre légal pour permettre aux commerçants d’alimenter eux-mêmes les machines, une mesure soutenue notamment par Buurtsuper.be.
Davantage de garanties pour les utilisateurs
Le plan d’action prévoit également des améliorations concrètes pour les usagers. Les exploitants de distributeurs devront être joignables par téléphone en cas de problème, par exemple si une carte est avalée ou si un retrait échoue.
Par ailleurs, un accord avec les banques garantit déjà un minimum de 24 retraits gratuits par an pour chaque citoyen, quel que soit le distributeur utilisé.
Un cadre plus contraignant pour les banques
Enfin, le gouvernement entend responsabiliser davantage le secteur bancaire. Un accord contraignant est prévu pour la période 2027-2032, avec des contrôles renforcés par l’inspection économique et des sanctions en cas de manquement.
Les banques digitales, qui ne disposent pas de réseau physique, pourraient également être mises davantage à contribution pour financer l’infrastructure.